La techno ou la philo ? L’éthique ou l’informatique ? Que faudra-t-il savoir pour réussir dans le monde de demain ? Howard Gardner, vedette mondiale de la psychologie, a réfléchi à la question. Ses réponses étonnent.

L’intelligence, c’est bien. S’en servir intelligemment, c’est mieux, dit le neuropsychologue américain Howard Gardner. Et pour bien l’utiliser, il faut s’adapter au contexte.
Spécialiste de l’éducation, diplômé de Harvard, Gardner est célèbre dans le monde entier pour sa théorie portant sur les intelligences multiples, selon laquelle l’espèce humaine ne possède pas une seule intelligence générale, mais sept, huit ou même neuf formes d’intelligences : spatiale, logico-mathématique, linguistique, musicale, créative, etc. Controversée chez les spécialistes, cette théorie est toutefois appréciée des éducateurs et sert de base au programme pédagogique de nombreuses écoles en Occident.
Mais Howard Gardner a des centres d’intérêt plus larges. Dans Cinq formes d’intelligence pour affronter l’avenir (Gallimard), il s’interroge sur les dispositions et les qualités à cultiver pour surmonter les défis posés par la civilisation actuelle. Plus question ici d’intelligences, mais de compétences. Il en a retenu cinq : discipline, esprit de synthèse, créativité, respect et éthique.
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits en une trentaine de langues, récipiendaire d’une vingtaine de doctorats honorifiques et titulaire de la chaire de cognition et d’éducation de la Harvard Graduate School of Education, Gardner faisait partie, en 2008, des cinq Top influential business thinkers, listecompilée par le Wall Street Journal. Il participe depuis plus de 10 ans au GoodWork Project, qui réunit des penseurs des sciences sociales afin de discuter du rôle et de l’éthique du travail dans la société contemporaine.
L’actualité l’a joint à son bureau de l’Université Harvard, à Cambridge.
Faut-il utiliser notre intelligence différemment d’il y a 50 ans ou même 20 ans ?
— Je le crois. La mondialisation, la grande quantité d’information accessible et l’informatisation changent profondément le monde dans lequel nous vivons. Il faut y adapter notre intelligence et nos façons de l’utiliser. Le cours de la créativité, par exemple, est assurément à la hausse. Si une machine peut faire mon boulot, je deviens inutile. Mais si je fais un travail original, si je sais poser des questions inédites et apporter des réponses, je vais garder ma valeur.


