Santé »

Le réveil des mâles


2 Mars 2009

« Moi, malade ? Jamais ! » se disent encore beaucoup d’hommes. Mais au Québec comme ailleurs, les mâles sont de plus en plus nombreux à se préoccuper de leur santé. En prenant pour modèles… les femmes !

Photo : Jocelyn Michel

Les vrais hommes ne pleurent pas. C’est bien connu. Pas plus qu’ils ne se préoccupent de leur santé. « Ils attendent d’être en état de crise avant de consulter, et quand ils le font, ils n’écoutent pas leur médecin », dit le Dr Jean Drouin, qui exerce depuis plus de 30 ans à Québec. Mais le vent est peut-être en train de tourner, selon cet expert en santé des hommes.

Quand il a prononcé sa toute première conférence sur le sujet, au début des années 1990, il n’y avait dans l’assistance… que des femmes ! « Les hommes, eux, étaient assis au bar », se souvient l’omnipraticien. Une quinzaine d’années plus tard, les conférences qu’il donne dans les locaux de sa clinique, à L’Ancienne-Lorette, attirent autant d’hommes que de femmes. « Ils sont souvent assis à l’arrière de la salle, mais au moins, ils sont présents. »

« Moi, malade ? Jamais ! » se disent encore beaucoup d’hommes. Mais leur carapace commence à se lézarder, constate l’endocrinologue Jean Mailhot, fondateur d’une clinique de Laval où l’on traite l’andropause. « On est en train de vaincre cette culture occidentale de l’homme invincible. »

Il est grand temps, dit le Dr Harvey B. Simon, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Harvard. « Peu d’hommes vont s’en rendre compte, et encore moins l’admettre, mais les hommes sont le sexe faible. » Bien sûr, ils ont une plus grosse ossature, ils sont plus musclés et ils courent plus vite. Mais en matière de santé, les femmes sont — et de loin — les plus fortes.

Dans la plupart des pays, les hommes vivent moins longtemps que les femmes (l’écart est de cinq ans en moyenne au Canada). Ils succombent plus souvent — et à un plus jeune âge — à des maladies cardiovasculaires, au cancer ou au sida, ils sont les champions incontestés des accidents de la route ou du travail ainsi que du suicide, et ils sont plus fréquemment victimes d’homicide.

Aussi préoccupantes soient-elles, ces données n’ont longtemps suscité, au mieux, qu’un haussement d’épaules. Comme si les hommes étaient biologiquement programmés pour mourir prématurément. L’Autrichien Siegfried Meryn a été l’un des premiers à sonner l’alarme. En 2001, ce professeur de médecine de l’Université médicale de Vienne a publié, dans le British Medical Journal, un article-choc sur la crise silencieuse qui affecte les hommes, dans lequel il se demandait si ceux-ci n’étaient pas en voie d’extinction ! « Je m’inquiétais de l’écart grandissant entre l’espérance de vie des hommes et des femmes depuis le début du 20e siècle et je voulais provoquer un débat », explique-t-il. Pari réussi.

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