Ma vie à contre-Coran. Une femme témoigne sur les islamistes. Extrait publié avec l'aimable autorisation de VLB éditeur, coll. «Partis pris actuels», 2009.
L’auteure, Djemila Benhabib, a dû fuir l’Algérie, où elle a grandi, parce qu’elle et sa famille étaient menacés de mort. «J’ai vécu les prémisses d’une dictature islamiste, écrit-elle dans son introduction. C’était au début des années 1990. Je n’avais pas encore 18 ans. J’étais coupable d’être femme, féministe et laïque. J’habitais Oran en Algérie. Une dictature politico-religieuse sous l’égide du Front islamique du salut (FIS) menaçait mon pays. On ne frôle pas une dictature sans être quelque peu, sinon beaucoup, transformé, et pour toujours. La vie prend tout son sens. La mort aussi.» Elle vit maintenant au Québec. Voici un extrait de son livre.
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Je ne suis qu’une femme ordinaire. Je ne me sens pas l’âme d’une personne à la destinée exceptionnelle. Ma seule motivation à écrire ce livre était de permettre à chacun de nourrir sa propre réflexion sur l’islamisme politique et de rendre l’expérience algérienne plus compréhensible. Cette expérience unique et universelle montre comment une idéologie jalonnée de mépris pour la pensée et la vie humaine se fraye un chemin dans un pays qui a failli s’affranchir et qui s’est finalement perdu en cours de route.
Croyez-moi, lorsque j’ai quitté Oran, je n’avais qu’une seule envie : oublier. Ce que nous avions vécu était trop dur. J’étais accablée et meurtrie par tant de barbarie. Ma première année à Paris fut terrible. Ma fragilité me trahissait sans arrêt. Maîtrisant mal ma nervosité, je passais du rire aux pleurs en une fraction de seconde, sans transition aucune. Mon expérience, je la croyais scellée pour toujours dans les caveaux de l’Histoire. Je pensais qu’en Occident plus rien ne pouvait contrarier ma liberté. La menace islamiste ne serait qu’un lointain souvenir sordide. J’espérais pouvoir vivre une vie « normale» sans trop d’histoires, comme tout un chacun. J’avais tout faux. J’ai réalisé à quel point le monde n’était qu’un, que cet Occident que je croyais au-dessus de toute menace islamiste était tout aussi vulnérable que l’Orient. Pour moi, l’interconnexion de ces deux parties devenait chaque jour un peu plus évidente. (…)
Se mobiliser contre les intégrismes religieux
Je n’ai pas honte d’être née femme. Je n’ai pas à m’en excuser. Je n’ai pas à m’en cacher. Les islamistes rendent les femmes coupables de leurs désirs, de leurs misères et de leurs frustrations sexuelles. Ce sont des malades du sexe. La haine et la soumission des femmes cristallisent leur idéologie. Il ne peut y avoir de femmes libres et émancipées dans un État islamiste, ni d’hommes d’ailleurs. Engels avait raison de dire que « le degré d’émancipation de la femme est la mesure du degré d’émancipation générale ».






