Monde »

Le train de la mort


30 Mars 2009

Chaque année, des centaines de milliers de migrants venus d’Amérique centrale traversent clandestinement tout le Mexique pour se rendre aux États-Unis. Au péril de leur vie.

Le sifflet du train de marchandises qui remonte le Mexique vers le nord retentit comme un cri dans la nuit. C’est le signal qu’attendaient des centaines de sans-papiers venus d’Amérique centrale pour s’élancer vers le convoi avant même qu’il s’arrête. Les plus chanceux se réfugieront dans des wagons vides, les autres devront s’agripper aux flancs rouillés du monstre de fer ou s’attacher sur le toit. Le « train de la mort » vient d’entrer en gare, chuchotent les passants d’Arriaga, petite ville pauvre de l’État du Chiapas.

Le train de la compagnie américaine Chiapas-Mayab transporte du ciment et du pétrole jusqu’à la frontière nord du Mexique, près de la Californie. Mais aussi des centaines de milliers d’émigrants par an, qui risquent leur vie dans l’espoir d’améliorer leur sort. Direction : l’eldorado américain. « Si Dios quiere… »

Ces émigrants, des hommes âgés de 15 à 35 ans pour la plupart, viennent du Honduras, du Salvador, du Guatemala et du Nicaragua. Ils fuient la misère, les travaux des champs 12 heures par jour ou la dure vie à l’usine pour un salaire d’un dollar l’heure. Certains vont rejoindre une mère, un cousin, un proche qui a « réussi » au pays de l’Oncle Sam. D’autres laissent derrière eux femmes et enfants, en quête de jours meilleurs.

Avec en moyenne 300 000 sans-papiers qui la traversent annuellement et 600 expulsions par jour, la frontière sud du Mexique est la plus mouvementée du continent américain. Elle est pourtant beaucoup moins surveillée que la frontière nord. Les capitales mexicaine et guatémaltèque promettent depuis longtemps à Washington de s’occuper de cet « avant-poste frontalier des États-Unis », extrêmement poreux. Mais les moyens, ou la volonté, manquent. La corruption et les agressions envers les migrants sont endémiques.

Nombre de sans-papiers entreprennent le voyage en autocar avec des coyotes, ces passeurs qui, moyennant de l’argent, les aident à traverser tout le Mexique puis à franchir la frontière américaine. Mais parce qu’il permet de faire le trajet du sud au nord sans payer, le train est le moyen de transport le plus populaire.

Depuis que l’ouragan Stan a détruit de grands tronçons de la voie ferrée, en octobre 2005, les migrants clandestins n’ont d’autre choix que de mettre le cap sur Arriaga. Une marche de 300 km depuis la frontière avec le Guatemala, entre 10 et 12 jours à se crevasser les pieds sous un soleil de plomb ou les pluies tropicales, suivant la saison, à dormir dans des montagnes couvertes d’une forêt dense où pullulent des insectes et des serpents redoutables. D’Arriaga, ils mettront en moyenne un mois à se rendre aux États-Unis en train, selon qu’ils s’arrêtent ou pas en chemin pour gagner quelques pesos en travaillant dans des fermes.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4 (3 votes)

Commentaires (1)

cest un tres bon article

cest un tres bon article

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage