Devant le café, les sucreries ou les frites, nous ne sommes pas tous égaux ! Selon que l’on est porteur d’un gène ou d’un autre, ces petites douceurs peuvent constituer de sérieux risques de maladie. La nutrigénomique nous donnera-t-elle de nouvelles idées pour manger santé ?
Boire plus de trois tasses de café par jour augmente votre risque de faire un infarctus... seulement si vous êtes porteur du CYP1A2*1F. Non, il ne s’agit pas du code d’accès à la machine à café ! Plutôt d’une version particulière d’un gène qui a pour effet de ralentir la dégradation de la caféine dans le foie. Si vous faites partie des 30 % de la population qui a une autre version de ce gène, vous pouvez siroter votre café en paix !
Le chercheur canadien Ahmed El-Sohemy est arrivé à cette conclusion en étudiant le profil génétique de 2 000 Costaricains. Titulaire d’une chaire de recherche en nutrigénomique à l’Université de Toronto, il est un des premiers au Canada à s’être lancé dans cette nouvelle discipline, qui analyse les liens entre l’alimentation et les gènes.
En étudiant la façon dont les gènes interagissent avec ce que l’on mange, les scientifiques espèrent pouvoir déterminer un jour ce qui est bon ou mauvais pour chacun, en fonction de son patrimoine génétique. Cuisinera-t-on bientôt un repas pour son chéri, porteur d’une version d’un gène susceptible de faire exploser son taux de cholestérol au moindre morceau de beurre, et un autre plat pour son grand ado, qui a besoin de plus d’antioxydants que d’autres pour éviter le cancer ? On est encore loin de ça. Mais bien des gens en discutent !
Les chercheurs de différents pays ont jusqu’ici repéré des centaines de mutations génétiques influant sur le métabolisme des aliments ou le mode d’action des éléments nutritifs. « Depuis cinq ans, il s’est publié plus de 200 études cliniques visant à vérifier l’effet de ces mutations », estime Béatrice Godard, professeure de bioéthique à l’Université de Montréal.
José Ordovas, professeur à la Friedman School of Nutrition Science and Policy, de l’Université Tufts, à Boston, est l’un des pionniers de la nutrigénomique. Dans les années 1990, lui et d’autres chercheurs ont identifié de nombreux gènes qui influencent par exemple le métabolisme des matières grasses. Ainsi, votre belle-sœur, qui engraisse à la seule vue de trois frites, est peut-être porteuse d’une version modifiée d’un gène que n’a pas son frère — qui, lui, ne se prive de rien et conserve sa taille de jeune homme ! Celui-ci peut en revanche être porteur d’une version d’un gène qui l’empêche de bien assimiler l’acide folique présent dans les aliments, ce qui l’expose à un risque accru de problèmes cardiaques. Devant la bouffe, nous ne sommes pas tous génétiquement égaux !
« Au début, ces études donnaient des résultats en apparence tellement contradictoires qu’on ne savait pas quoi en déduire », explique José Ordovas.


