1 877 ÉTHIQUE

La chasse aux élus corrompus bat son plein en cette fin d’automne. Les panaches de maires s’accumulent — parfois sans trop de preuves — sur le capot de l’opinion publique. Mascouche ? Terrebonne ? Saint-Jérôme ? Saint-Étienne-des-Innocents ? Qui sera le prochain dans la mire ? s’interrogent les Québécois.

par Carole Beaulieu
1 877 éthique

Photo : Francis Vachon

La réalité, c’est que la plupart des maires sont intègres et veulent servir la population. Mais le sens moral d’un certain nombre s’égare parfois dans les sous-bois. Il y batifole en bonne compagnie, avec celui de quelques avocats, ingénieurs, promoteurs et gens ordinaires qui ont échoué au cours d’éthique 101.

Pour remettre de l’ordre, il faudra chasser les corrupteurs autant que les corrompus !

Le gouvernement aura beau adopter son projet de loi 109, qui forcera les municipalités à avoir un code d’éthique, ce dernier ne réglera pas tout. Il aura même des effets pervers. Car un code d’éthique peut aussi paralyser le gros bon sens.

Le maire d’une petite ville, par exemple, devra-t-il obligatoirement renoncer à faire appel aux services du seul entrepreneur de sa région ? Pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts, devra-t-il toujours embaucher hors de sa municipalité ou de son coin de pays ? Que feront les gens qui veulent encourager l’emploi dans leur région ?

Ajustons donc notre tir. Le maire d’une municipalité en plein boum de construction est beaucoup plus exposé aux tentatives de corruption que celui d’une petite bourgade de 300 habitants qui n’a pas de grands travaux en cours, sauf l’entretien des routes !

Avec des revenus de 100 000 dollars par année (toutes fonctions annexes et allocations de dépenses comprises), les maires des villes de taille moyenne devraient être à l’abri des tentations. Mais la chair est faible.

Quand tous les modèles moraux sont fragilisés – celui de la religion comme les autres -, pourquoi se priver d’un cadeau offert par son bon ami l’entrepreneur ? Et tant pis si la facture d’impôt foncier des résidants augmente parce qu’on aura renvoyé l’ascenseur à ce bon ami au moment d’accorder un contrat lucratif. C’est cet aveuglement qu’il faut combattre. En rendant la tâche des corrupteurs difficile.

Et en ce domaine, les initiatives sont rares. Saluons donc celle de l’Ordre des ingénieurs, dont des membres ont souvent été montrés du doigt depuis un an dans des affaires douteuses. L’Ordre prend l’orignal par le panache cet automne en lançant la ligne 1 877 ÉTHIQUE, accessible aux membres de l’Ordre.

L’an prochain, après une période de rodage de quelques mois, ce sont tous les Québécois qui pourront composer ce numéro pour dénoncer confidentiellement un ingénieur qui, selon eux, n’a pas agi avec éthique dans l’exercice de ses fonctions.

Au bout du fil, une équipe d’enquêteurs. Pas seulement des ingénieurs capables d’évaluer la pertinence de choix techniques. L’Ordre a embauché des recherchistes, des avocats, d’anciens policiers. Le soutien sera réel. Près de 1,5 million de dollars ont été ajoutés au budget du syndic. Mais attention à l’exagération ! Dénoncer un ingénieur qui paie un repas au restaurant à un client, même à un maire, c’est aller trop loin. Il y a des pratiques qui ont leur place dans les relations d’affaires.

Pour la présidente de l’Ordre des ingénieurs, Maud Cohen, une faute professionnelle n’est pas nécessairement technique ! Un ingénieur serait aussi fautif de ne pas dénoncer des cas de collusion dont il pourrait avoir été témoin. Dans toutes les régions du Québec, les ingénieurs sont bien placés pour déceler des connivences sur les chantiers.

De plus, les ingénieurs pourront demander conseil s’ils se trouvent dans une position inconfortable par rapport à un client ou à un patron. Pas facile de dénoncer des collègues. Encore moins des clients ! L’Ordre rappellera à ses membres qu’il dispose d’un fonds de défense à l’intention de ceux qui subissent des pertes financières parce qu’ils ont choisi de suivre le code d’éthique plutôt que de fermer les yeux sur les agissements d’un client…

Souhaitons que d’autres organismes suivent l’exemple de l’Ordre des ingénieurs. Et proposent des moyens d’action. Comme interdire à un professionnel fautif de présenter une soumission pour des travaux publics pendant cinq ans, par exemple.

Demandons-nous aussi s’il ne faut pas réformer la politique municipale. Le Québec détient le record canadien du plus haut taux de conseillers municipaux élus par acclamation. Il a trois fois plus de conseillers que l’Ontario ! Si on s’intéresse si peu à la vie municipale, pourquoi avoir tant de postes ?

Allons, faisons tous un effort. Et n’oublions pas de nous demander où se situe notre sens de l’éthique lorsque nous embauchons un ouvrier au noir pour rénover notre maison.

ET ENCORE…

ÉLECTIONS MUNICIPALES AU QUÉBEC EN 2009
Participation : 45 %
Nombre de maires et de conseillers : 8 078
Élus par acclamation : 4 498 (55,7 %)

NDLR

Ce texte est légèrement différent de celui publié dans notre édition du 15 décembre 2010, l’Ordre des ingénieurs ayant modifié son calendrier de mise en fonction de la ligne 1 877 ETHIQUE après notre envoi aux presses.

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