Dure envolée scolaire

Imaginez un avion dont seuls 75% des passagers se rendraient à destination… Que dirait-on du transporteur aérien?

par Carole Beaulieu

Depuis maintenant cinq ans que L’actualité anime chaque automne un débat sur l’éducation par la publication d’un classement des écoles secondaires, les critiques se sont bornés à en dénoncer l’existence. Sans faire les constats qui s’imposent ni proposer des solutions au scandale de la sous-diplomation.

Que dirait-on d’un avion qui ne mènerait à destination que 75% de ses passagers? Et encore, certaines écoles québécoises perdent la moitié de leurs passagers en vol. Et ne leur offrent aucun parachute!

Pourtant, enseignants et directeurs font un travail de titans dans ces établissements. Ils connaissent les problèmes. Ils connaissent même les solutions, parfois! Mais ils n’ont ni la liberté d’agir ni les budgets pour le faire (voir « Sale temps pour les directeurs »). Et les milieux politiques et scolaires semblent incapables de débattre de solutions qui sortent du carcan actuel.

L’actualité vous invite donc à donner votre avis dans son site sur quelques idées qui permettraient peut-être de mener à destination un peu plus de passagers!

Arrêter d’utiliser les jeunes profs comme de la chair à canon! En médecine, en droit, en journalisme, en soins infirmiers, les plus jeunes se voient attribuer des tâches proportionnelles à leur expérience. Un avocat débutant ne plaidera pas en Cour suprême. Une jeune infirmière s’occupera de moins de patients que ses collègues… et pas des cas les plus graves! Pourquoi les jeunes profs héritent-ils des classes et des tâches les plus difficiles et les plus casse-cou?

Donner plus de pouvoir aux directeurs pour embaucher le personnel qui répond le mieux aux besoins de leur population scolaire. Ce qui veut dire introduire de la flexibilité dans les conventions collectives. Pour éviter le favoritisme, un comité indépendant pourrait embaucher selon un profil défini et rendre des comptes.

Augmenter le salaire des enseignants les plus compétents, pas seulement des plus anciens (les récompenser, comme dans les universités, suivant des critères préétablis). Pour financer cette hausse salariale, on pourrait réduire le nombre de profs, surtout dans les dernières années du secondaire, où les jeunes sont capables de travail autonome. Un auteur américain a récemment proposé de doubler ce salaire, jusqu’à 130 000 dollars par année! Chris Whittle, auteur de Crash Course: Imagining a Better Future for Public Education (Riverhead Books), estime qu’on pourrait réduire du tiers le nombre d’enseignants en incluant dans les « devoirs d’apprentissage » des élèves plus âgés le soutien aux plus jeunes.

Mettre à profit l’énergie et le savoir-faire des élèves. Quelle école secondaire ne compte pas un petit rusé de l’informatique, qui lit des manuels de programmation dans ses temps libres et pourrait gagner des « crédits » en aidant l’école à entretenir son parc d’ordinateurs?

Admettre que les élèves sont différents les uns des autres, que certains fonctionnent mieux dans un environnement discipliné… et d’autres non. Laisser fleurir au sein du réseau public des dizaines d’écoles différentes auxquelles parents et enfants pourraient s’identifier.

Resserrer les contrôles de correction des examens officiels du Ministère (voir « Halte aux tricheurs! », p. 48). Et mieux soutenir les enseignants qui voudraient dénoncer la culture de tolérance à l’égard de la tricherie qui existerait dans leur établissement. Certains ont contacté L’actualité pour le faire, mais refusent qu’on donne leur identité de peur d’être congédiés. Si cette culture existe, elle doit être dénoncée. Au nom des enfants. Mais aussi de la profession d’enseignant.

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