Et si on annexait Haïti ?

Le Canada devrait annexer Haïti pour en faire un petit paradis tropical. Au point où on en est… ce serait au moins une idée !

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Le premier ministre des îles Turks et Caicos, Michael Misick, réitérait encore récemment à Paul Martin sa proposition que le Canada « annexe » son archipel (troisième économie en croissance dans les Caraïbes, 20 000 habitants, anglophones). Son peuple y gagnerait l’assurance maladie; les Canadiens, un paradis tropical pas cher où aller sans passeport. Paul Martin n’a pas dit non.

Si le Canada veut son paradis tropical à lui, pourquoi n’annexerait-il pas plutôt Haïti ? Évidemment, 8,2 millions de francophones de plus et une économie mal en point (152e sur 171 pays), c’est moins tentant.

Mais il y a des avantages. Quelque 120 000 Haïtiens vivent au Canada. Leur pays d’origine survit en bonne partie grâce à l’argent qu’ils y envoient. Au Québec, Haïti fait partie de la famille. Des chauffeurs de taxi, une chef d’antenne, des artistes charismatiques, des écrivains, des orphelins adoptés jusqu’au Saguenay ainsi que des travailleurs humanitaires ont contribué à faire de Petit-Goâve, des Gonaïves, de Cité Soleil et de Cap-Haïtien des noms aussi connus ici que Brossard ou Baie-Comeau.

Des milliers de Québécois qui, il y a 20 ans, n’auraient pas versé une larme devant les violences des derniers jours suivent aujourd’hui passionnément les nouvelles. Le sujet anime les conversations jusque dans les résidences pour personnes âgées.

Alors, pourquoi ne pas frapper un bon coup ? Ottawa pourrait annoncer une initiative unique: une offre d’annexion. Avec un vrai plan de développement à long terme. Objectif: relancer l’économie de cette 11e province.

Puisque ce petit pays des Caraïbes n’a plus de terres arables, pas de pétrole ni d’autres ressources naturelles à exploiter (excepté le café, le sucre, les mangues, l’excellent rhum Barbancourt et l’incroyable résistance de ses habitants), il faudrait rapidement transformer ce caillou désertique en une nouvelle Varadero. Le dollar canadien y aurait cours. Et l’anglais serait langue officielle avec le créole et le français.

Pendant ce temps, on pourrait reboiser l’île, former des gens, travailler sérieusement avec les Haïtiens à l’émergence d’entreprises locales. (Les Albertains pourraient les aider à aménager des pâturages, comme ceux de la fertile République dominicaine voisine, pour y élever des troupeaux.)

Certes, l’idée est farfelue. Les difficultés sont innombrables. Et les avantages pour le Canada, presque inexistants (sinon ceux d’avoir trouvé une province où se chauffer la couenne l’hiver et, à long terme, d’éprouver le sentiment d’avoir au moins réussi à vraiment faire du développement!).

Depuis des années, le Canada et la communauté internationale saupoudrent de l’aide. Pour constamment revenir à la case départ. Plus de 80% des 8,2 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de la pauvreté, dans une misère abjecte, privés d’eau et d’électricité. Le pays a désespérément besoin – pour un temps du moins – d’une tutelle semblable à celle dont nous parlait, il y a déjà un an, notre journaliste Michel Vastel (« Haïti mise en tutelle par l’ONU? »).

Ce plan a échoué. Mais tandis que la violence explose en Haïti, comme le prédisait Jaquelin Télémaque (« Dernière chance pour Haïti ? »), l’idée refait son chemin et suscite l’intérêt de nombreuses personnes qui la négligeaient il y a quelques mois.

Certes, on peut – et il le faut, même – envoyer de l’argent à Développement et Paix. Mais pensons-y: Haïti, 11e province canadienne ?

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