Le monde d’Obama en 2009

Dans moins d’un demi-siècle, les descendants des Européens blancs qui ont peuplé les États-Unis ne formeront plus la majorité de la population du pays de Davy Crockett et de Steve Jobs. Relisez doucement. Respirez.

par Carole Beaulieu

Si vous avez été exposé récemment au discours identitaire frileux du chef de l’ADQ, Mario Dumont, l’idée pourrait vous donner des palpitations. Au revoir Bruce Springsteen comme modèle de l’Américain moyen. Bonjour Latinos, Afro-Américains et Asiatiques!

L’élection à la présidence du jeune sénateur de l’Illinois est le symbole le plus puissant du grand métissage mondial qui bouscule l’Occident. Des faubourgs de Marseille aux ruelles de Londres, un nouveau monde prend forme, un monde que Barack Obama incarne de façon sereine, réconciliant des paradoxes en apparence indomptables.

Hier encore, l’image des États-Unis était celle d’une ploutocratie obèse et blanche, qui voulait imposer sa volonté au reste de la planète. C’était l’Amérique du «Lone Ranger» de l’Alaska défendue par Sarah Palin. L’image était simpliste et cachait une réalité complexe, que le scrutin du 4 novembre vient de confirmer.

Obama est-il d’Afrique, d’Europe ou d’Asie? A-t-il été formé par une petite école musulmane d’Indonésie ou par la grande Faculté de droit de Harvard? Les réponses que ce jeune père de famille donne à ces questions interpellent les Arabes de France comme les Turcs d’Allemagne, les Libanais d’Australie comme les Haïtiens du Québec, aux prises avec les mêmes métissages, les mêmes frictions sociales.

L’ère Obama annonce un certain protectionnisme économique, mais fait aussi miroiter la promesse d’une plus grande ouverture des États-Unis au multilatéralisme. Cependant, ce n’est encore qu’une promesse. Ce multilatéralisme ne sera possible qu’avec des partenaires résolus non pas à «tester» le géant d’hier — affaibli économiquement tout autant que ragaillardi dans ses idéaux —, mais plutôt à travailler avec lui.

En 2009, partout sur la planète, plusieurs élections cruciales pourraient donner à Obama des alliés ou des adversaires.
Trois fiefs du monde musulman iront aux urnes: l’Iran, le Soudan et l’Indonésie, la plus populeuse démocratie musulmane. Les Iraniens éliront-ils un président moins intégriste que Mahmoud Ahmadinejad? Les élections soudanaises donneront-elles au monde un interlocuteur plus pacifique qu’Omar el-Béchir, qui a contribué à mettre le Darfour à feu et à sang? Les Indonésiens se donneront-ils une voix plus forte pour freiner les radicaux du djihad? Au grand bazar pla­nétaire des t-shirts populaires, ceux d’Obama remplaceront-ils ceux de Ben Laden?

En Afrique, l’héritage arc-en-ciel de Mandela est menacé. Si Jacob Zuma, ce politicien d’origine zouloue accusé de corruption, devient président, au printemps, saura-t-il garder unis ces peuples xhosa, ndebele, afrikaner, indien, à qui Mandela a su faire oublier leurs origines ethniques? Si l’Afrique du Sud chancelle, si ses dirigeants basculent dans les affrontements interethniques, toute l’Afrique souffrira.

Ces rendez-vous électoraux feront moins les manchettes que le scrutin du 4 novembre, mais ils auront du poids dans la grande balance des destins collectifs.

Plus de 670 millions de citoyens indiens iront aussi aux urnes, en 2009, pour élire les députés du Lok Sabha (la Chambre basse). Et leur choix d’un gouvernement plus ou moins favorable au libre-échange contribuera à bâtir un monde différent pour Obama. Car tout comme Hollywood fait de plus en plus d’alliances avec Bollywood, il faudra bien que l’Amérique construise sa richesse sur d’autres secteurs que les voitures — que les Indiens construisent de plus en plus eux-mêmes. Au lieu de les voir comme des adversaires, si on les voyait comme des partenaires? Qui sait, ils ont peut-être une solution pour relancer General Motors et lui faire produire de petites voitures!

Pour le Canada, l’heure est aussi venue de prendre acte du changement d’ère. Il faudra bien accepter le fait que le voisin américain ne peut plus être l’acheteur de 80 % de nos exportations. Son économie va tellement mal qu’il a dû ajouter un chiffre de plus à l’horloge de Times Square, qui compte les trillions de la dette publique.

L’Union européenne — dont les 27 pays membres iront aux urnes en juin pour renouveler leur Parlement commun — est aujourd’hui le plus riche marché du monde. Mais les Euro­péens n’envisageront pas de libre-échange avec le Canada tant que les provinces canadiennes continueront à restreindre, entre elles, la libre circulation des biens et des personnes. Eh oui, les produits circulent mieux entre l’Allemagne et la France qu’entre l’Alberta et le Québec… Alors, qu’est-ce qu’on attend pour se mettre un peu plus au multilatéralisme économique?

À lire

Contre-jour, brillante traduction française du dernier roman de l’Américain Thomas Pynchon (Seuil,
1 200 pages). Les aventures facétieuses d’un groupe d’aéronautes, de la
révolution mexicaine à l’Orient mythique… Le pouvoir de l’imagination.

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