Le scénario bidon des élections

Les élections du 8 décembre ne feront pas recette au box-office. À moins qu’un scénariste de génie ne réécrive les dialogues. Rien à espérer côté distribution: les rôles sont déjà assignés. Il y a le-petit-frisé-qui-veut-être-seul-à-tenir-le-volant, le résistant de Cacouna et la bonne dame de L’Île-Bizard. Côté dialogues, pas d’Oscar en vue pour l’instant.

par Par Carole Beaulieu

L’histoire retiendra que les Québécois sont allés aux urnes à l’automne 2008 parce qu’une ministre des Finances avait une « grosse sacoche », que des députés transfuges « avaient fait dans leur culotte » et qu’un premier ministre « faisait la baboune » parce que ses collègues, méchants garnements, avaient refusé de nommer le président de l’Assemblée nationale qu’il avait choisi. Les nouveaux arrivants qui regardent les infos depuis quelques jours doivent se demander si les chaînes de télé ont confondu les nouvelles avec une émission pour enfants.

Maintenant que la campagne est lancée, peut-on espérer un peu de profondeur ?

La moitié des grandes villes d’Asie ont désormais des aéroports plus modernes que les nôtres. L’Europe fait mal paraître nos piètres efforts en matière d’efficacité énergétique. Des milliers de Québécois n’ont pas de médecin de famille. Le taux de décrochage des garçons frôle encore les 40 % dans certaines régions. Le Québec n’a toujours pas de politique scientifique digne de ce nom. Le tissu identitaire de Montréal s’effiloche, tout comme s’affaiblit le poids des francophones dans la fédération canadienne. Que nous proposent les grands partis ?

Jean Charest veut être seul à tenir le volant ? Grand bien lui fasse. Il a le droit de croire aux contes de fées. Il y a peu d’endroits, à part l’intérieur d’une voiture, où il est bon à notre époque qu’une seule personne soit aux commandes.

Les crises d’aujourd’hui — qu’elles soient financières, environnementales ou sociales — ne peuvent être résolues que par une concertation entre les peuples, les religions, les institutions, les États.

Savoir trouver un terrain commun entre des visions en apparence conflictuelles séparera dans l’avenir les grands leaders des mauvais comédiens.

Les Afghans, à qui le Canada demande que leurs factions ennemies collaborent, doivent être émerveillés par notre habileté à résoudre nos différends. On s’entend si bien au Canada !

Les deux tiers des Québécois souhaitaient que les trois partis tentent de gouverner ensemble. Mais qui se préoccupe de ce qu’ils pensent ? Le plan de campagne des libéraux était prêt depuis des semaines. Le discours de Jean Charest devant la Chambre de commerce de Québec, le 6 novembre, tout comme le lancement du Plan d’intégration des immigrants par la ministre Yolande James, dès le 30 octobre, n’auront été que les premières scènes d’un scénario qui a l’élégance d’un rouleau compresseur.

On tournera donc ce film onéreux : 80 millions de dollars pour aboutir peut-être à un remake sans trop d’imagination. Si on ajoute les 74 millions dépensés pour tenir un scrutin en 2007, c’est plus de 150 millions qui auront été consacrés, en deux ans, à choisir des députés provinciaux. Avec cet argent, on aurait pu réparer bien des toits d’écoles, mieux payer des infirmières québécoises épuisées, soutenir nombre de PME en difficulté. Mais c’est notre faute, paraît-il. C’est nous les idiots qui avons élu un gouvernement minoritaire. À nous d’en élire un vrai, un solide, qui durera quatre ans celui-là. Mais encore faudrait-il qu’on nous donne de bonnes raisons de l’élire, ce gouvernement majoritaire !

Pour le prix… peut-on au moins avoir un bon show ?

 

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