Maclean’s et la ponctuation

La rédactrice en chef et éditrice de L’actualité, Carole Beaulieu, réagit à la couverture et au dossier du dernier numéro de Maclean’s qui présente le Québec comme « la province canadienne la plus corrompue ».

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Maclean’s et la ponctuation

Mes professeurs de journalisme de l’Université Carleton – un des bastions de l’orthodoxie et de la rigueur journalistiques canadiennes-anglaises – auraient mis un gros zéro au titre de la couverture du dernier Maclean’s : « The Most Corrupt Province in Canada ».

L’article cite un professeur américain qui a estimé, en 1968, que « le Québec est peut-être la région la plus corrompue de l’Australie, de la Grande-Bretagne, des États-Unis et du Canada » ? Parfait. La règle voudrait qu’on mette sa phrase entre guillemets, sans oublier le mot « peut-être », et en la lui attribuant. C’est son opinion. Pas un fait avéré. Ce sera graphiquement moins joli, mais peut-être tout aussi vendeur.

Les Québécois ont-ils des raisons de s’inquiéter des cas récents de corruption et de népotisme dans le milieu de la construction, du syndicalisme et du gouvernement ? Oui. Et ils s’en inquiètent. Tous les sondages montrent qu’ils sont furax.

Si le Québec est la pire province, Maclean’s peut-il nous indiquer laquelle est la meilleure ? Ou nous faire part de la méthodologie employée de façon que nous puissions en juger ?

Si les causes de la corruption sont l’existence d’un État plus interventionniste ou d’un mouvement nationaliste, comme l’affirme le chroniqueur Andrew Coyne, on se demande comment les pays scandinaves ont pu se hisser au sommet du classement de Transparency International.

Puisque dans l’histoire récente, les gouvernements du Parti québécois sont ceux qui ont la meilleure réputation en matière de lutte contre la corruption, on se demande comment M. Coyne arrive à associer nationalisme et corruption, alors que le fédéral a commis des actes inélégants pour empêcher la sécession.

Quant à proposer que c’est dans la nature des Québécois d’être corrompus, disons qu’on cherche encore le scientifique qui découvrira le gène de la corruption et prouvera que les Québécois en sont porteurs, tandis que les autres Canadiens ne le sont pas.

Au Québec, des partis d’opposition, des militants sociaux, des policiers et des journalistes déterminés travaillent à mettre au jour la corruption et à l’endiguer. Peut-être pas assez vite au goût de tout le monde. Mais ils y travaillent.

Malheureusement, Maclean’s - qui fait partie du même groupe que L’actualité – semble avoir fait sienne, cette fois-ci, cette maxime ironique : « Do not let the facts get in the way of a good story. »

La discussion se poursuivra dans le blogue de Jean-François Lisée, qui signera aussi une réplique dans le prochain numéro du magazine Maclean’s.

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