Réhabilitons les bâtisseurs !

Et si on importait Sarkozy ? Le président français irrite. Mais au sortir de la crise économique, la France aura deux nouveaux trains à grande vitesse (TGV) ! On ne peut pas en dire autant du Canada de Stephen Harper, qui aura une dette, mais pas grand-chose de structurant. Le récent budget fédéral met des sparadraps sur l’économie d’hier sans préparer celle de demain.

par Carole Beaulieu

Parlez-en aux gens qui prennent le train de banlieue pour venir travailler à Montréal et à qui on ne promet que quelques petites modifications.

Devant ce manque de vision, même les chambres de commerce, qu’on a plutôt connues courtoises et polies, haussent le ton pour défendre les biens collectifs. À la tête de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) — un réseau de 100 000 gens d’affaires réunis dans des chambres locales —, la fougueuse Françoise Bertrand sonne souvent la charge.

Comme elle le rappelait en février dans une lettre mordante adressée à Stephen Harper, c’est bien beau les promesses du budget, mais on attend encore le versement des sommes annoncées ces dernières années !

• 13 millions promis au Musée des beaux-arts de Montréal.
• 40 millions à accorder au Quartier des spectacles.
• Des millions prévus pour le pavillon d’éducation physique de l’Université Laval.

Cette lenteur du fédéral à signer les chèques — il y a toujours de nombreuses tracasseries administratives — n’est pas la seule source de frustrations des gens qui veulent agir, construire. Certains jours, ils ont le sentiment d’avoir la lèpre, tellement leurs idées ne semblent pas retenir l’attention.

Les promoteurs de trains à grande vitesse, de barrages hydroélectriques, de réseaux Internet à haute vitesse ne sont pas souvent invités à Tout le monde en parle. Normal, me direz-vous, c’est une émission de divertissement.

Roy Dupuis plaidant pour la préservation de la rivière Romaine, c’est plus sexy qu’un gars de la Côte-Nord faisant valoir un projet hydroélectrique. Pourtant, les enjeux économiques d’un grand chantier, qu’il s’agisse d’un terminal méthanier, d’une voie ferrée ou d’un pipeline, vaudraient tout autant d’être bien défendus auprès du grand public. Mais les artistes se font rares dans ces dossiers-là.

Depuis que Gilles Vigneault a écrit « Fer et titane », en 1964 (« Nous avons la jeunesse / Et les bras pour bâtir / Nous avons le temps presse / Un travail à finir »), ils ont été peu nombreux à chanter l’épopée des entrepreneurs et des bâtisseurs.

De guerre lasse, la Fédération de chambres de commerce a lancé en décembre 2008 un portail Internet, quebecenavant.ca, qui vise à informer le public sur l’état d’avancement des grands projets de développement.

Les bâtisseurs n’ont pas la cote au Québec. Et c’est dommage. Notre société a terriblement besoin d’eux. Il est sain qu’on s’en méfie (le monde des affaires est loin d’être parfait), légitime qu’on passe chaque concept au peigne fin. Mais doit-on ensevelir les entrepreneurs sous tellement de démarches administratives que cela retarde leur action jusqu’à la prochaine ère glaciaire ?

Oui, il faut faire des études environnementales. Oui, il faut faire des études pour s’assurer de protéger les terres agricoles. Mais ne pourrait-on pas les faire toutes en même temps ?

« Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas construire un foutu hôpital, réparer nos routes et nos écoles ? » demandait avec impatience Farouk Karim, un des participants du colloque « Bâtissons l’avenir », tenu à HEC Montréal, il y a quelques semaines, sous l’égide de Force Jeunesse et du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.

Ils étaient plus de 250, enfants multicolores de la loi 101, réunis par une même complicité et une même impatience. Je ne me souviens pas d’avoir vu dans une même salle tant de jeunes aussi informés, aussi préparés, et aussi mécontents du manque de courage et de vision de leurs aînés. Avocats, financiers, syndicalistes, ingénieurs, informaticiens, chiropraticiens, tous bilingues ou trilingues, venant d’horizons politiques parfois fort différents, ils étaient d’un pragmatisme féroce et fort réjouissant.

Leur génération devra relever un défi qui découragerait les plus hardis : inventer une économie en harmonie avec la planète, préserver la liberté des hommes tout en les amenant à respecter les limites de la biosphère. Comme l’écrit le journaliste français Hervé Kempf, leur vie ne sera pas simple, mais elle sera dense.

Et non, je ne pense pas vraiment qu’on devrait importer Nicolas Sarkozy. Le Québec, ce n’est pas son truc.

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