Souhaits du Nouvel An

Sous leur sapin de Noël, les Québécois trouveront cette année un nouveau gouvernement provincial. Ils auront beaucoup peiné pour se l’offrir — le choisir, le payer et ensuite le subir — et ils en attendront des bienfaits. De nombreux bienfaits. S ’ils le pouvaient, ils donneraient certainement quelques directives au nouveau grand manitou de Québec avant de commencer l’année.

par Carole Beaulieu

1. Surtout, ne pas nuire !

Si la nouvelle équipe pouvait ne pas lancer une énième réforme de l’éducation ou une ixième réorganisation du système de santé, le peuple serait content. Les élus peuvent-ils « servir » au lieu de tenter de laisser leur marque ? Ce qui ne veut pas dire freiner l’innovation. Au contraire. Il n’y a pas de mal à emprunter de bonnes idées ailleurs — si les Suédois, champions de la social-démocratie, ont des hôpitaux privés, pourquoi pas nous ? Mais on mettrait bien les grandes restructurations de côté en 2009.

2. Ne pas faire honte à la visite (du moins, pas trop souvent).

Sans avoir l’éloquence d’un Obama ou d’un Sarkozy, les nouveaux ministres peuvent-ils éviter de dire : « Ça l’a changé ma vie » ?

3. Diriger, oui, mais en sachant expliquer ses actions.

De grâce, qu’on donne un cours intensif aux nouveaux attachés de presse pour éviter les fausses pistes et les malentendus, du genre de ceux qui ont marqué la première année du gouvernement Charest, en 2003.

4. Accepter les contradictions.

La majorité des Québécois peuvent garder dans leur cerveau, simultanément, une foule d’idées en apparence contradictoires. Ils sont nationalistes, tout en se méfiant de l’indépendance. Ils sont favorables à une société « plus douce pour les faibles », tout en ayant pour héros des membres de leur tribu qui prônent le proverbe Aide-toi, le ciel t’aidera. (Ah, les Beaucerons, comme on admire votre esprit d’entreprise !) Mais ils se méfient encore un brin du patronat. Entre Mario Dumont et Françoise David, leur cœur balance. II faut gouverner en parlant aux deux côtés de leur cerveau et de leur portefeuille.

5. Ne pas se cogner la tête contre les murs.

Maria Chapdelaine, héroïne de la littérature locale, disait qu’en ce pays « rien ne doit changer ». Ce n’est plus aussi vrai qu’à son époque, mais il reste que les Québécois ont de la suite dans les idées. S’enrichir, oui, mais tout-en-atténuant-les-répercussions-sur-les-plus-pauvres. Augmenter les droits de scolarité ? Ça se discute, mais il faut protéger l’accessibilité aux études. Hausser les tarifs d’Hydro ? Oui, si on limite les conséquences sur les démunis. De grands projets ? Évidemment ! Mais il faut trouver d’avance les solutions aux incidences sur les plus faibles. Développer le Nord ? O.K. Mais en partenariat avec les Premières Nations.

6. Inclure un médecin de famille dans le bas de Noël.

Sur ce front-là, pas de « tataouinage ». Il faut un médecin de famille pour chaque Québécois. Le ministre qui aura le courage de faire ce qu’il faut pour y arriver sera applaudi. Même s’il heurte les lobbys, les syndicats, Ottawa et notre belle-mère.

7. Ça va faire, le divan du psy.

Le prochain grand manitou ne doit pas encourager la tendance de ses électeurs à se prendre pour les victimes de tout et de rien, gouvernement fédéral y compris ! Inviter les gens à se relever les manches, ça peut fonctionner tout aussi bien. Et on aura tous besoin de le faire en cette année de ralentissement économique.

Chasse-galerie

Des régions entières du Québec sont frappées par la crise forestière. L’actualité vous invite à passer Noël dans l’une d’entre elles, à Mont-Laurier. La journaliste Crystelle Crépeau y sera votre guide à compter du 5 décembre, à www.lactualite.com/forets. Les forestiers d’aujourd’hui ne se déplacent pas en canots volants comme dans la légende de la chasse-galerie, mais ils tentent de garder la forêt au cœur de leur pays.

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