Trudeau vu par…

Dans la tradition britannique, les ambassadeurs qui quittaient leur poste se vidaient le cœur dans une dernière lettre au Foreign Office. En 1984, avant de rentrer à Londres après trois ans passés au Canada, le haut-commissaire lord Moran (John Wilson), diplomate de carrière, ne déroge pas à la règle.

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Photo : Chuck Mitchell/PC

Pierre Trudeau ? « Un drôle de numéro et son propre pire ennemi », écrit-il. Il rappelle que Londres a toujours reproché à l’ex-premier ministre son passé de « riche hippie » et son refus de se battre pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le haut-commissaire craint que Trudeau, dans la guerre froide qui oppose alors Occidentaux et Russes, ne manque de conviction…

Il est peu impressionné par sa politique intérieure. « Je suis d’avis que son influence sur le Canada au cours des 16 dernières années a été néfaste. » S’il admire sa gestion de la crise d’Octobre (1970) et son rôle dans la campagne référendaire de 1980, il critique son penchant « extrêmement » centralisateur. « Il traite les premiers ministres provinciaux avec mépris et les gouvernements provinciaux comme des conseils municipaux. »

L’absence de différences idéologiques entre conservateurs et libéraux – tout le contraire de la guérilla idéologique que se livrent conservateurs et travaillistes en Grande-Bretagne – laisse le diplomate perplexe. Les deux grands partis, constate-t-il, partagent toutefois une même conception du favoritisme, phénomène qu’il résume à sa façon : « Jobs for the boys. » Cela explique probablement la médiocrité des débats aux Communes, pense-t-il. « La plupart des ministres canadiens sont peu brillants, ajoute-t-il, et quelques-uns sont franchement bizarres. »

Il trouve que les Canadiens passent leur temps à s’encenser les uns les autres. « Quiconque réussit modérément bien dans son domaine, qu’il s’agisse de littérature, de théâtre, de ski, etc. [...], reçoit vite des louanges et l’Ordre du Canada. » Cela ne l’empêche pas de trouver les Canadiens accueillants et chaleureux, sauf les hauts fonctionnaires fédéraux, qu’il considère comme « difficiles, irritables et renfrognés ».

Le texte complet de la lettre, obtenu par la BBC en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, est en ligne.                             

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