La phrase-choc de Bernard Kouchner sur Haïti

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Céline Galipeau interviewait le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, présent à la rencontre de Montréal sur Haïti. Savourez l’échange:

Galipeau :Vous êtes un grand spécialiste de ces situations d’urgence, vous les connaissez sans doute mieux que n’importe lequel d’entre nous mais, quelles seraient, donc, les priorités ?

Kouchner: Qu’il n’y ait pas de tremblement de terre, madame !

Plus sérieusement, sur la question de savoir si le gouvernement haïtien avait la réelle capacité de coordonner la reconstruction, Kouchner a déclaré que les assurances du Premier ministre Bellerive à ce sujet, «c’était plus crédible que d’habitude». Intéressant choix de mots.

22 commentaires à propos de “La phrase-choc de Bernard Kouchner sur Haïti

  1. N’étant pas Haïtien moi-même je peux bien dire n’importe quoi, mais il me semble selon ce que j’entends et vois par média interposé que cette fois pourrait bien être la bonne.

    Le premier Haïtien que j’ai connu c’est au début des années soixantes. Un diplomate réduit à rien parce qu’en rupture avec son gouvernement et désavoué. Pas facile dans tous les sens, dont le fait d’être noir, au moment où plusieurs ici, à Québec, voyaient un noir pour la première fois de leur vie.

    Puis nous avons vu arriver les Haïtiens en masse. Certains et certaines sont devenus des acteurs importants dans la vie du Québec. Et fort de leur envergure et de leur fidélité à leur terre d’origine plusieurs songent maintenant sinon à retourner s’installer là-bas, du moins mettre sérieusement l’épaule à la roue. Et l’on sent dans ce qui émane de la diaspora un enthousiasme qui s’accorde bien avec ce que l’on dit en général de la résilience du peuple Haïtien.

    Je trouve ça porteur. Mais le succès de tout cela dépend beaucoup de la capacité de rassembleur de ce qui reste du gouvernement Haïtien.

    C’est peut-être un peu de ça qu’il y a dans ce que dis Kouchner.

  2. En effet, M. Bellerive semble plus «fiable» que certains autres dirigeants haïtiens dans le passé.
    Je comprends le désir des Haïtiens de vouloir se gouverner eux-mêmes mais je comprends aussi les nations qui vont payer de vouloir être capables de rendre des comptes à leurs électeurs qui paient la note en fin de compte.

  3. J’ai une belle-soeur qui oeuvrait en Haïti depuis quelques années, a passé à un cheveu d’y laisser sa peau lors du séisme…est revenue avant-hier.

    « Plus crédible que d’habitude »! Avant le séisme, 20% seulement des maîtres étaient qualifiés; des centaines de milliers de jeunes Haïtiens ne fréquentaient pas l’école. Des écoles/collèges se sont effondrés….notamment des institutions dirigées par les F.I.C. et les C.S.V, soit des religieux québécois.

    Pour être « plus crédible », ça va prendre une « Révolution Tranquille » pour former des cerveaux..
    Ce ne sera pas demain la veille!! Malheureusement!

  4. Intéressant choix de mot, en effet. Une façon très diplomatique de dire que d’habitude ce n’est pas le cas.
    Pour le bien des Haïtiens, j’espère que dans les priorités de reconstruction, le Sénat soit en dernier sur la liste, que le parlement soit reconstruit en privilégiant la procédure au lieu de seulement un « monument ». Qu’on en profite pour décentralisé le pouvoir et les institutions en mettant un régime minceur. Par ex. As ton besoin d’un Ministère des Finances occupant 7 étages pour un pays pauvre de 9 millions d’habitants?
    Qu’on fasse des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux en respectant un code de construction, pas comme actuellement dans l’anarchie totale. Et surtout en privilégiant la « campagne » Haïtienne et non Port au Prince seulement.

  5. Contrairement aux médias américains, Bernard a fait l’éloge de l’aide américaine. Eh ben!

  6. Si j’ai bien compris, M.Lisee voulait plutot attirer votre attention sur l’arrogance de Kouchner. Et c’est bel est bien le cas de cet homme qui represente bien la classe politique francaise a l’esprit colonialiste. Derriere l’image humaniste qu’il veut montrer, Kouchner est l’image meme du farouche moi-je-sais-tout et moi-francais-moi-maitre-sur-les-pays-pauvres.

    Kamal

  7. J’ai entendu hier le fils de Paul Gérin Lajoie et je suis d’accord avec lui qu’Haiti à besoin d’une Révolution Tranquille et pas une nouvelle et 101 ième révolution violente ultra capitaliste .
    David Payne et Jean Alfred( Il se présente à la Présidence en Haiti ) deux anciens députés du Parti Québecois peuvent identifier pour ce faire un René Lévesque haitien et réaliser cette Révolution Tranquille haItienne en construisant un réel régime démocratique à trois niveaux une Caisse de Dépôts des rentes , des écoles des hôpitaux , des assurances , donc un secteur public permettant de civiliser le secteur privé .

  8. Hé hé,

    « Qu’il n’y ait pas de tremblement de terre » comme priorité peut signifier que ce séisme aurait été un choix. Et donc être interprété comme un message pour alimenter la théorie d’un tremblement de terre provoqué…

    J’ignore s’il faut être étonné de cette petite phrase dans la bouche d’un dirigeant français, en pleine polémique sur l’« invasion » de l’armée américaine et l’« annexion » de l’aéroport de Port-au-Prince.

    Ou s’il faut considérer cette interprétation comme un peu tirée par les cheveux…

    En tout cas, voici un article du Réseau Voltaire qui fait le bilan sur ces histoires : http://www.voltairenet.org/article163692.html

  9. Quand va-t-on comprendre qu’Haïti est un pays ravagé dans tous les domaines mais qui mérite qu’on s’occupe de sa population souffrante depuis si longtemps. Il est impératif que la société internationale prenne toutes les mesures nécessaires pour réduire sa douleur issue de la présente catastrophe mais aussi qu’on l’aide par tous les moyens pour assurer son avenir.

    Il faut absolument dépasser les concepts éculés mais ronflants qui ne font que démontrer une myopie politique évidente, malsaine et irresponsable. Ainsi, nous avons entendu notre ministre Cannon, et d’autres aussi, parler de respect de la souveraineté du gouvernement Haïtien. Quel euphémisme ! Le gouvernement haïtien est-il en mesure d’assurer la survie et la sécurité de sa population ? Pourquoi le serait-il plus qu’avant la catastrophe ? La communauté internationale, pour des apparentes raisons politiques devrait-elle laisser un gouvernement sans autorité, sans outils, dépourvus de tout, administrer la reconstruction complète d’un pays aux niveaux politique, social, économique, au plan de la santé et de l’éducation? Ce serait la porte ouverte, le bar ouvert vers la corruption tous azimuts et priverait certainement une population qui le mérite du droit de vivre en paix, en santé et en sécurité chez eux.

    Ni les USA, ni la France, ni le Canada, ni la Chine, ni le Brésil ne doivent s’accaparer l’autorité pour la reconstruction de ce pays dévasté par des siècles de malheur. Même la faiblesse de l’ONU semble clairement démontrée par la catastrophe Haïtienne. N’est-il pas temps de chercher d’autres solutions. En Haïti il n’y a ni pétrole ni or d’aucunes sortes. Il n’y a que des humains qui souffrent et qui meurent prématurément sous le regard de la planète toute entière.

    Si les nations de la planète se donnent réellement la main il y a moyen de significativement aider Haïti. On entend fréquemment la maxime qui dit que vaut mieux montrer à pêcher que donner un poisson. C’est vrai bien que pour apprendre à pêcher encore faut-il être en vie, avoir mangé. Mais il y a encore plus. Allons-nous laisser partir tout un peuple en haute-mer sans savoir manier le bateau, sans avoir appris à nager ni à naviguer ? Allons-nous laisser tout un chacun s’improviser capitaine de l’embarcation et décider sans connaissance où jeter les filets ?

    Alors comment soutenir un peuple dont plus de 80 % de sa population est analphabète, qui n’a pratiquement jamais eu d’infrastructure gouvernementale, qui ne peut pas compter sur un service de santé minimum ni sur un système d’éducation digne de ce nom ? Que faut-il faire pour leur montrer à pêcher ?

    Les nations de la planète, surtout les plus influentes et les plus puissantes ont aujourd’hui l’occasion d’innover : créer une structure planétaire dont la mission sera d’amener la nation Haïtienne à développer toutes les compétences nécessaires leur permettant de complètement se prendre en main, d’exercer sa pleine autonomie avec tous les outils nécessaires. Quel nom donner à un tel cheminement ? Laissons les diplômâtes trouver la meilleure expression à cet effet. Ce qu’il faut c’est de pouvoir, sur 2 ou 3 générations, instruire et éduquer la nation Haïtienne, créer et administrer les institutions requises et aujourd’hui complètement absentes. Il faut former des fonctionnaires compétents. Il faut décentraliser les activités économiques par exemple en revalorisant les terres abandonnées où la culture du riz se faisait avec succès. Il faut viser et accroître l’autosuffisance alimentaire, réduire la dégradation des sols et l’érosion destructrice partout sur le territoire. Il faut redonner sa fierté au peuple haïtien et inviter, du coup, sa diaspora à mettre la main à la pâte, d’une façon ou d’une autre.

    Haïti n’est pas un pays en crise. C’est un pays qui a sombré. Il coule présentement dans un abime abyssal. C’est tout au plus un groupe de personnes, quelques millions à vrai dire, qui souffrent depuis des décennies, des générations. Même une partie de sa population ne fait pas confiance en ses dirigeants. Ces personnes se rappellent comment elles ont été flouées par leurs anciens dirigeants. Le respect de la souveraineté d’Haïti devrait nécessairement débuter par la reconnaissance de la limite dramatique de cette souveraineté tout à fait théorique dans les circonstances.

    Cessons de faire de la théorie politique en parlant de sa souveraineté sans objet et sans moyens. Sauver ces personnes c’est les instruire, les nourrir, les soigner et je pense sincèrement qu’il faut complètement repenser les modèles habituels, souvent hypocrites de relations internationales dont la finalité est trop souvent d’accroître l’influence d’une nation ou d’une autre en oubliant comme d’habitude l’intérêt réel de la population locale, pas de sa diaspora. Aidons ce peuple fier mais souffrant à maitriser les outils nécessaires à sa souveraineté. Il saura bien les utiliser quand il les maîtrisera. Faisons-lui confiance. Mais en attendant, ne nous défilons pas de nos responsabilités.

    Les défis sont énormes et ne peuvent se réaliser que sur le très long terme, sans doute 2 ou 3 générations, peut-être plus. L’énormité de la tâche exige qu’une autorité planétaire unique assure le déroulement du projet qui se fera sur plusieurs dizaines d’années. Si différentes nations de la Terre sont en mesure de gérer et d’opérer une station spatiale en orbite autour de la terre, pourquoi ne serait-il pas possible de gérer et d’administrer, pour un temps, une nation perdue sur une île des Caraïbes ?

    Faisons d’Haïti un modèle nouveau d’un humanisme du XXIème siècle dont toute la planète sera fière. Haïti devenue une fierté planétaire après avoir été trop longtemps un enfer.

  10. J’oublie les mots exacts :
    donne lui la ligne et montre lui à pêcher.
    Ne pêche pas pour lui.;;;;;;;
    Dans le milieu des affaires, on parle de COACHING
    Dans les sports, on parle de COACHING.
    Si tous ces haitiens talentueux qui se sont exilés revenaient au pays pour participer au coaching sous l’égide et des Nations Unis et du gouvernement haitien, ce peuple pourra alors développer de grands talents parmi cette magnifique jeunesse dont les marques de commerce sont :
    l’espoir et la résilience
    Un beau peuple qui doit devenir une Nation.

  11. Qui va reconstruire Haïti une fois les projecteurs éteints ? Les ONG ? Les divers États impliqués activement dans l’état de leurs problèmes intérieurs ?

    Haïti aura besoin de l’aide internationale pour des décennies à venir et un Gouvernement Haïtien encadré (entendre sous tutelle sans le dire) saura apporter les changements nécessaires au développement : sécurité, santé, conditions de vie de base assurés, reconstruction, éducation.

    Pourquoi Haïti mettrait-il dix ans à se développer alors que le tiers-monde est là, tout juste à côté et espère le développement depuis des décennies ?

    Il ne faut pas rêver en ce qui regarde le développement; il se fera au rythme et au gré des intérêts des développeurs. C’est à dire : buiseness as usual…

    Trembler ne change pas le monde, mais fait s’entrechoquer à chaque fois les idées qui déstabilisent l’inertie qui fige le développement.

  12. Bien d’accord avec vous affirmer qu’Haïti ne saurait se reconstruire sans tutelle… c’est à l’ONU ou autre organisme international de diriger la reconstruction et la remise en marche de l’économie… sans laisser les quelques riches ou politiciens locaux s’enrichir aux dépens des plus démunis,car les dernières décennies nous ont montré que dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète, ce sont des profiteurs qui ont accaparé l’aide internationale.
    J’ai même entendu des Haïtiens de la base implorer les organismes de secours de ne rien donner aux politiciens et d’administrer eux-mêmes les biens et services rendus.
    …et je vois hier soir au téléjournal un docte professeur d’origine haïtienne de l’UQAM se gargariser de mots et dire qu’il faut absolument que les Haïtiens soient les maitres d’oeuvre de la reconstruction, sinon ça ne fonctionnera pas… pénible!!!

  13. Je n’en suis pas encore revenue de cette entrevue. La « phrase-choc » a été la plus arrogante mais ça n’a été que ça: arrogance et suffisance. Tellement que j’ai été incapable d’accorder quelque crédibilité que ce soit aux propos de Kouchner.

  14. Il y a plein de vérité dans tous ces commentaires et dans l’immédiat, c’est effectivement du secours étranger dont Haiti a le plus besoin. Je crois par ailleurs que les meilleurs efforts n’auront aucune portée sans un effort éventuel des Haitiens eux-mêmes. Une calamité de pareille ampleur devrait déclencher une réaction de masse ou à tout le moins la volonté de l’entreprendre. Or on peut voir bonne quantité de détritus dans les rues ravagées et bon nombre de bras qui pourraient s’affairer à les ramasser, ne fusse que pour symboliser cette volonté. Pareille démonstration populaire massive s’est vue lors du tsunami en Indonésie et… c’est bon pour le moral.

  15. Kouchner a également cloué le bec de Céline Galipeau, à une question de celle-ci sur la forte
    présence des U.S.A en Haïti ! Qui a mis l’aéroport
    en état de service, qui a mis en service le port
    de mer ?(Kouchner…sic)Seul les américains avaient les moyens et la force pour remettre en état ces installations avec rapidité et une efficacité étonnante ! (Kouchner…sic) Il ne s’agit pas d’occupation par les américains mais
    d’une aide essentielle aux sinistrés !

  16. Magnifique texte de Labelle.
    Ce texte mérite d’être affiché pour être lu et relu.
    yves graton

  17. Si tous les Québecois faisait d’Haiti leur paradis de vacances Haiti pourrait alors vraiment développer toutes les infrastructures . Mais au départ il faut la sécurité pour les touristes

  18. ca me laisse philosophe …le pire c est que si nous serions dans un pays exploité comme l a été haiti ca serai nousle tiers monde !!avec la mentalité république de banane a charest …

  19. En effet Haïti serait une destination vacances beaucoup plus naturelle pour les Québécois que Cuba, la République ou la Jamaïque (les iles voisines).

    Dans les années ’70 il y a eu un mini-départ d’industrie touristique. Bien avant Cuba.

    La sécurité est le point primordial. Fidel a eu l’intelligence ou la chance d’avoir une armée et un corps de police sérieux et efficace. On se sent en sécurité partout à Cuba.

    Ensuite, il faut construire des instituts touristiques pour enseigner aux haïtiens les métiers nécessaires de gérant d’hôtel à femme de chambre et assistant aux cuisines. Cuba est exemplaire à ce sujet.

    Je sais qu’il y a beaucoup à faire avant même de penser à ces sujets mais il faut garder en tête que le tourisme est une avenue privilégiée pour sortir Haïti de la misère.

  20. Comment les Haitiens ont accueilli la nouvelle que leur dette nationalesera annuée. Foutaise ! Leur seule oreille c’est leur ventre. Ceux qui ne veule pas s’impliquer se gargarisent de mots(Kouchner) Chers Haitiens je prie pour vous Votre souffrance est à la hauteur de ceux qui ont honte de voir un coin de L’Amérique anéantie sous nos pieds . Kouchner développe ton humanité….

  21. Je n’ai pas entendu l’interview en question. Mais à propos du tourisme, il est évident que c’est une ressource qu’Haïti a eue dans le passé. Mais, comme je le disais déjà, en 1975, dans mon court roman LE SEXE MYTHIQUE, il faut que les HaïIlens puissent jouir, eux aussi, des plages de leur pays. C’était révoltant que seuls les touristes et les riches comptaient pour ceux qui s’occupaient de tourisme, les «indigènes» eux, ne pouvaient pas jouir de leur pays. Il faudra des plages pour tous, de bonnes routes pour s’y rendre, des transports publics convenables. Ici, même les gens au budget très modeste peuvent se baigner dans des piscines publiques gratuites. En Haïti, il n’y avait des piscines que dans les hôtels, donc pour les touristes ou chez les riches! Puisque on doit reconstruire Haïti, il faut donner aux Haïtiens un vrai pays, un pays normal. Ce tremblement de terre doit être l’occasion de la naissance d’une Haïti qui n’a jamais existée! NM

  22. Le mot-clé, c’est « sécurité ». D’abord pour les femmes, les enfants, les hommes qui vivent présentement à Haïti, ensuite pour les visiteurs et touristes éventuels.

    Personnellement je vois très bien la possibilité d’y pratiquer le tourisme humanitaire, peut-être à moyen-terme, espérons-le. Il y a tant à faire…faut pas lâcher!

    À Haïti comme à Québec, avant de penser à construire, logiquement faut d’abord bien dégager les ruines…