Une vraie richesse pour le Québec : le non-pétrole

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Chers internautes, voici ma chronique du dernier L’actualité, avec un bonus pour vous à la fin.

J’ai un scoop. Des témoins entrés dans le bureau du ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, jurent avoir vu sur sa table de travail le document Pour un Québec libéré du pétrole en 2030, du groupe Equiterre.

Lecture obligatoire.

Lecture obligatoire.

Le ministre, vous le savez, prépare un budget qu’il voudrait ambitieux. Il cherche à trouver des sous pour le Québec de demain. Des sous dans les taxes, dans les tarifs, dans le « dégraissage » de l’État et, malheureusement, dans toute l’industrie du prêt-à-penser du moins d’État.

Mais il y a ce document. C’est un véritable gisement de richesse (je fais exprès). Car qu’est-ce que le pétrole pour le Québec ? Un gigantesque boulet. Il s’agit, et de loin, de notre principale importation. En 2007, les Québécois en ont acheté pour 13 milliards de dollars. Cela montera bientôt à 20 milliards et, s’il fallait que le baril atteigne 200$ ce qui est vraisemblable, on voguerait vers les 40 milliards par an. De l’argent qui bénéficie à l’Algérie, au Royaume-Uni, à l’Angola (nos trois premiers fournisseurs, à hauteur de 73%), certes, mais à personne, ici.

En un sens, cela tombe bien, car ici, on est devenu des champions de la production de trains et de métro. On en exporte partout. On exporte aussi de l’électricité, dont on pourrait se servir pour remplacer le pétrole. Notre production éolienne monte en puissance. On a des idées pour la biomasse et la géothermie.

Equiterre n’est pas le seul à penser qu’un plan général de réduction de l’utilisation du pétrole au Québec, et de remplacement par des énergies vertes générées chez nous, permettrait de réinvestir dans notre propre économie une partie du 13 à 20 milliards par an qu’on verse dans nos pleins d’essence. Imaginez, la moitié seulement, 10 milliards par an: un pactole. Ce serait le plus gros investissement annuel dans l’économie québécoise depuis, euh, depuis, euh, ben, depuis jamais !

À force de fréquenter des écologistes, il arrive à Jean Charest d’exprimer une vision verte. « Je voudrais, a-t-il dit dans son discours d’ouverture de l’inutile rencontre économique de Lévis, en janvier, qu’on vienne au Québec parce qu’on va être la puissance nordaméricaine des énergies propres. Par exemple, on pourrait se fixer comme objectif de devenir la première société d’Amérique du Nord à électrifier son parc automobile et ses transports publics. » On pourrait, en effet. Malheureusement, dans les conclusions de la rencontre, pas le moindre bout de commencement de projet de mise en œuvre de cette vision.

Je ne voudrais pas décevoir le premier ministre, mais le Québec n’est pas le seul endroit qui cherche à devenir exemplaire. En Amérique du Nord, San Francisco, Seattle et Hamilton, en Ontario, sont toutes à peaufiner leurs plans de transition hors de l’économie pétrolière. (Il y a même un mouvement, appelé Transition, très implanté en Grande Bretagne, qui propage la bonne nouvelle et des modes d’emploi.) Si M. Charest souhaite faire du Québec une vitrine, il faudrait qu’il commence à construire le magasin.

Les propositions sont nombreuses et impliquent toujours une réduction importante de l’utilisation du pétrole dans les transports (70% de la consommation de pétrole) et, parmi ce dernier, de la moitié qui provient du transport routier (plutôt qu’aérien ou ferroviaire).

Assez clair pour vous ? Rien de significatif ne peut être accompli sans une révolution dans les modes de transport. Et ça ne signifie pas seulement de passer de la vieille Chevy à la nouvelle hybride (j’aillais dire Prius, mais la conjoncture m’en empêche). Cela signifie cesser de s’étendre sur le territoire dans des banlieues tout-à-l’auto. « Au Québec, note Équiterre, , la proportion de travailleurs prenant une heure et demie ou plus à se déplacer pour se rendre au travail et en revenir est passée de 16 % en 1992 à 27 % en 2005 ». Avant de plafonner et de régresser, la population totale du Québec va encore augmenter d’un demi-million de personnes d’ici 15 ans. Il ne suffit pas de les convaincre de prendre le métro et le train. Il faut mettre un cran d’arrêt à l’étalement et faire en sorte qu’ils s’installent dans les zones déjà bâties. Un moratoire sur toute nouvelle construction en zone verte serait le signal d’un vrai changement. Ce ne serait que le tout premier. Le premier ministre du Québec, qui affirme vouloir se rendre à l’objectif d’un Québec exemplaire, en sera-t-il capable ? Suspense.

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Bonus pour les internautes:

Un lecteur m’a écrit avec un peu de véhémence pour me faire remarquer que le Québec avait des ressources pétrolières et gazières potentielles et que, si on arrivait à les exploiter, cela changerait le portrait du tout au tout.

Je ne partage pas complètement son point de vue. Je suis tout à fait favorable à l’exploitation, écologiquement acceptable, de Old Harry, la structure géologique potentiellement riche en hydrocarbures située dans le golfe Saint-Laurent. Selon les estimations, il y en aurait pour 4000 et 5000 milliards de pieds cubes de gaz naturel et/ou de 2 à 3 milliards de barils de pétrole.

Un Québec qui se serait partiellement libéré du pétrole utiliserait évidemment cette ressource pour sa consommation résiduelle et vendrait le reste au prix international. A seulement 75$ le baril, et si une société nationale québécoise exploitait le gisement, on pourrait empocher 4 milliards de dollars par an ! Croyez-vous qu’on voudrait s’en passer ?

Si on peut me démontrer que le gaz naturel emprisonné dans les shistes peut être exploité sans empoisonner les sols et la nappe phréatique — ce qui n’est pas sûr — je serai également partant. Cette ressource remplacerait nos importations de gaz.

Ce qui pourrait nous arriver de mieux est de pouvoir exploiter ces gisements au moment où nous aurons pris un virage de décarbonisation de notre économie. Nous l’utiliserions alors les hydrocarbures moins, mieux, et pourrons en vendre davantage. Comme la Norvège. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

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Voir me autres textes sur le pétrole, l’Alberta et le Québec à la clé Sables mouvants

25 commentaires à propos de “Une vraie richesse pour le Québec : le non-pétrole

  1. Il faut développer au maximum l’énergie éolienne au Québec. Et Hydro-Québec devrait être le maître d’oeuvre du développement de cette énergie complémentaire.

    Il y a du vent en abondance dans les régions non habitées près des barrages et des lignes de transport existantes, de même que dans les eaux du golfe St-Laurent. C’est de ces côtés qu’il faudrait aller pour implanter les éoliennes plutôt que de défigurer nos villages et nos paysages.

  2. Le suspense «en est-il capable» ne durera pas longemps: le gouvernement Charest n’est même pas capable de construire un hôpital. Au mieux, les «grands projets libéraux» sont des coquilles vides comme le plan nord.

    Mais compétence à part, il reste des défis de taille avant d’y arriver: d’abord il faut dégager une marge de capital suffisante pour entreprendre cet ambitieux projet d’infrastructures: pour cela, il faut emprunter… beaucoup. Et pour emprunter, il faut assainir les finances (que ce soit par de nouveaux revenus tels que des hausses d’impôts ou la création de tarifs, ou encore par le désengagement de l’État dans certains secteurs). Mais les libéraux ne peuvent se permettre d’aller trop loin dans cette direction sans ouvrir la porte au PQ.

    Ensuite, il doit s’assurer de payer le moins cher possible pour ces infrastructures. Il faut donc s’attaquer de front à la corruption. Mais les libéraux, depuis longtemps au pouvoir, risquent de s’éclabousser. C’est le drame des partis remplis d’opportunistes et dépendant d’argent pour se faire réélire. Les libéraux passionnés ou les militants «par idéal» n’existent pratiquement plus dans ce parti.

    En plus, il y a quelques projets prioritaires qui dorment depuis très longtemps; et ils sont représentatifs de ce qui pourrait se produire à plus grande échelle. 1- Le TGV qui relierait le Québec et les États-Unis. Le commerce est «Nord-Sud» et il est grand temps d’aller de l’avant. 2-La réparation et l’agrandissement du Métro de Montréal: il permet une grande population de vivre sans voiture ou avec qu’une seule voiture. Son agrandissement à Laval et sur la Rive-Sud serait bénéfique à tous les points de vue: hausse du pouvoir d’achat des utilisateurs, impact écologique réel, développement urbain concentré le long des lignes, etc.

    L’analyse de ces deux projets (l’un touchant les paliers fédéraux et provinciaux, l’autre touchant en plus le palier municipal) permettent de voir que le courage politique n’est pas suffisant, et à quel point la souveraineté des pays est ténue dans un contexte de mondialisation: la dépendance interétatique est un frein (que ce soit le Québec avec le Canada ou le Canada avec les États-Unis ou encore dans le Canada entre provinces) et finalement la globalisation de l’économie rend la mise en oeuvre des chantiers ardue (l’élaboration d’une soumission peut durer des années, voire des décennies si on y ajoute les consultations).

    Alors oubliez-ça tout de suite. Ça se fera à la pièce selon le potetiel éloctoral de chacune des mesures.

  3. Bonjour.
    Il y a une annonce magnifique qui a déjà passé à la télévision où un père de famille qui fait de la recherche de gaz naturel partout dans le monde et voyage beaucoup et lors d’une conférence meeting staff pour trouver une solution pour comment extraire le gaz sous la nappe phréatique et qui revient chez lui avec aucune solution de la réunion de staff meeting et ensuite va prendre un repas avec son fils et lors du repas son fils fini de boire le breuvage et fait du bruit avec la paille pour extraire la fin de son breuvage dans le fond du verre et il lui dit d’arrêté de faire du bruit avec la paille et il retourne chez lui,le lendemain il repart en avion pour une autre destination et lors du voyage en avion il a un flash sur avertissement qu’il a donné à son fils lorsque il a fait du bruit avec la paille et la le déclick ce fait il refait l’image dans sa tête et voit que c’est une paille pliante et quelle va cherché le reste du breuvage et est très flexible il appelle tout de suite son fils pour lui dire qu’il est génial et pour des excuses et lui dit qu’il l’aime, voilà la solution pour aller extraire le gaz naturel . Une annonce fantastique comme quoi les solutions sont plus proche de nous des fois.

    M.Lisée comme récompense pour vos blogueurs le vidéo SVP pour 15:15.

  4. Les 2 ou 3 priorités émises sont simples et évidentes. Il est salutaire que JFL ait résumé en des gestes clairs, faciles à comprendre et faciles à appliquer des initiative qui, autrement dites, sont complexes. Il faut poser des gestes visibles et résolus, qui montrent que le Québec avance, avec ses citoyens, vers une économie verte.

    Les petits autobus électriques de Québec qui sillonnent ostensiblement les rues pentues de Québec en sont un exemple marquant. De petites éoliennes surmontant des bâtiments « verts »: voilà une autre démonstration.

    A+ JLC, Rimouski

  5. Alors? Quel est l’avenir de la voiture électrique si on hausse les tarifs d’électricité de 50% comme le souhaiterais le Ministre des Finances?

  6. Le scénario que vous décrivez dans le dernier paragraphe tient du rêve, selon moi. Je ne vois pas comment l’exploitation d’hydrocarbures ici mènerait à une consommation réduite. L’énergie renouvelable n’est pas encore aussi rentable que les combustibles fossiles. Pas même proche. Écologiquement acceptable ou pas, l’exploitation du pétrole avance parce que le pétrole reste la façon la plus rapide de faire de l’argent. Pour vous citer: « Croyez-vous qu’on voudrait s’en passer? »

    Et est-ce qu’une région productrice de pétrole pourrait vraiment être prise au sérieux en tant que nation verte? Ne serions-nous pas un peu comme l’ivrogne repenti qui se vante de sa nouvelle sobriété avant d’offrir aux mineurs devant le dépanneur de leur acheter une caisse de douze? L’Alberta nous traiterait tout de suite d’hypocrites, et elle n’aurait pas tort.

    Je voudrais que le Québec mette ses culottes, qu’il prenne vraiment le virage vert et devienne un chef de file mondial. Je voudrais qu’il prêche par l’exemple et ne touche pas du tout à ses hydrocarbures. Mais j’ai l’impression que mes souhaits tiennent encore plus du rêve que votre évocation du modèle norvégien…

  7. Bravo monsieur Lisée! Enfin on semble commencer à realiser la fortune que l’on paye à chaque annee pour une source externe d’energie (et qui quitte l’économie du Québec).

    Notes;

    1- la Toyota Rav4EV est 100% electrique et roule depuis presque 10 ans sur la pile NiMH originale (voir ‘who killed the electric car?’) Le courage politique de la Californie dans les annees 90 est a l’origine des ces vehicules et les pressions des petrolieres (et de GM) saboterent l’initiative. Les brevets brevets GM vendu a Texaco, qui fut acquis par Chevron qui s’en servit pour attaquer Toyota et Matsushita en cours, les principaux brevets NiMH de Chevron expirent en decembre 2014. Bien que plus legere, la duree de vie des piles Li n’est pas demontree a ma connaissance et elle risquent d’etre beaucoup plus cheres.

    2-Le port de Los Angeles a des tracteurs de marchandise lourd electrique.

    3- TrensQuebec a une proposition de transport par monorail suspendu fort interessant (transport de passager et de marchandises), potentiellement beaucoup plus economique et pratique qu’un TGV.

    4-L’une des solutions possible pour le transport lorsqu’il est posible de le faire, au lieu du modele gros bureau au centreville, est de favosier le development bureau satiellites regionaux relier par internet(au lieu d’un gros bureau au centreville une compagnie pourrait avoir plusieurs bureau distribuer en periferie de montreal et ainsi reduire les embouteillage sur les ponts).
    Au sujet du developement, je recommande de voir sur PBS le chapitre 13 (de 13) de l’emission Frontline : Poisoned Waters (Chapter 13: A Smart Growth Showcase What’s key to Arlington’s strategy. And even Tyson’s corner is rethinking development now) qui montre l’interet d’une approche de development Urbain different
    http://video point pbs point org/video/1114515379/

  8. Concernant la présence d’hydrocarbure dans la vallée du Saint-Laurent, il serait tout à fait sage de ne pas y toucher tout de suite. Si nous souhaitions exploiter cette ressource maintenant, les chances sont qu’on aurait alors un impact écologique négatif. Ce qui serait malheureux.

    Mais il y a plus. Dans les années à venir, le prix des hydrocarbures ne pourra faire autre chose que de monter. Alors ces gisements auront une valeur également en croissance essentiellement à cause de la diminution des stocks.

    Ainsi, pendant ce temps d’attente, les techniques d’exploitation se seront nécessairement améliorées. Plus le prix des hydrocarbures seront élevés, plus il deviendra rentable de mettre au point des procédures propres. À partir du moment où les procédés permettront une exploitation propre, alors l’exploitation pourra se faire et engranger des profits significatifs.

    En attendant nous devrions développer des alternatives à l’utilisation des hydrocarbures. Le temps travail pour nous. Nous ne pouvons pas perdre si nous acceptons de ne pas vendre la poule aux œufs d’or.

    Nos hommes et femmes politiques peuvent-elles avoir une telle vision ? Ont-ils le leadership nécessaire pour l’actualiser ? Voilà de sérieuses questions …

  9. Energies-ressouces-croissance?

    L’énergie quel provienne du pétrole, de l’hydroélectricité, du nucléaire, de la biomasse, de l’éolien, du solaire ou de n’importe quel combinaison de ces sources n’est pas le vrai problème auquel il faut réellement s’arrêter.

    Oui il yen a qui pollue plus que d’autre c’est certain mais ce n’est pas de cette angle qu’il faut regarder le problème. Seraient-elle à pollution zéro que ce qu’il faut se préoccuper c’est la somme total des ressources sous tendant l’usage de ces énergie.
    Au global, l’énergie n’est qu’un élément dans l’ensemble économique de l’activité humaine. Toutes les autres ressources métaux, bois, eau, air, terres agricoles, services de toutes sortes, nommez les tous, au total ce sont des ressources qui sont en diminution dû à la simple augmentation de la population.
    Même si il n’y avait aucune pollution dû à l’activité humaine on viendrait au même épuisement du seule effet du nombre, c’est mathématique, ayant dépassé la capacité des écosystèmes à renouveler les stocks.
    Hors l’activité humaine, toujours en croissance, pollue de façon extrême et dégrade le milieu de vie, alors devant nous soit un milieu invivable dû à la pollution ou un manque de ressources, la quelle des deux, les paris sont ouvert, si on ne change pas radicalement nos comportements( mode de vie et population) c’est un ou l’autre et il n’y a pas échappatoire.

    Pour appuyer mon énoncé cette fois ci, consultez l’article de Jean Paré de l’Actualité 1er avril page 18.
    Évidemment on n’y parle pas de solution encore, alors rapidement un débat sur les solutions.
    Prenez le temps de lire et commentez s.v.p. M.LISÉE

  10. check ben les drettistes debarquer avec leur seul argument… »Ca coute trop cher »

  11. Bonjour monsieur Lizée,

    En lisant votre titre, comme Madelinot, j’ai eu un coup de cœur : tiens un allié ! Qui dit autre chose (vraiment ?) que les libéraux et les péquistes, qui sont sur la même longueur d’onde lorsqu’il s’agit d’aller pomper dans le Golfe. Les péquiste ont récemment maquillé leur discours et parlent « d’indépendance énergétique » ou de « réduire notre dépendance au pétrole… ». Pour paraître plus clean. Du même souffle, ils ajoutent…« étranger ».

    Dans votre article, vous laissez entendre que vous partagez le point de vue des écolos et vous semblez privilégier les énergies vertes, l’écodensité vs l’étalement urbain, ainsi que le transport en commun vs le tout-à-l’auto. Bravo, on s’entend là-dessus.

    Là où je deviens perplexe, c’est quand vous écrivez aux internautes, plus bas, en évoquant le message d’un lecteur : « Je ne partage pas complètement son point de vue. Je suis tout à fait favorable à l’exploitation, écologiquement acceptable, de Old Harry, la structure géologique potentiellement riche en hydrocarbures située dans le golfe Saint-Laurent.» En passant, Old Harry, c’est loin de chez-vous en titi, mais c’est à 80km de chez-nous !

    Comment pouvez-vous dire une chose à vos lecteurs et son contraire aux internautes, à quelques paragraphes d’intervalle, sur la même page de votre blog ? En effet, vous associez 2 choses incompatibles : exploitation d’Old Harry (hydrocarbures) & écologiquement acceptable.
    Connaissez-vous, monsieur Lizée, une entreprise pétrolière (ou même minière) qui exploite les ressources naturelles de façon responsable ? Si oui, vite, nommez-la-moi, que je m’empresse de l’ovationner debout. Ce que j’en sais, parce que je suis documenté à ce sujet, c’est qu’ils n’exploitent pas de façon responSABLE, mais plutôt responSALE (si vous me passez le mot).

    Dites-moi pourquoi vous pouvez imaginer, vous qui êtes si perspicace (j’évite de dire lucide !), que l’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, où j’habite, puisse se faire de façon « écologiquement acceptable » ? Ce n’est pas demain la veille et je ne verrai pas ce prodige de mon vivant (j’ai 69 ans).

    « Un Québec qui se serait partiellement libéré du pétrole utiliserait évidemment cette ressource pour sa consommation résiduelle et vendrait le reste au prix international. A seulement 75$ le baril, et si une société nationale québécoise exploitait le gisement, on pourrait empocher 4 milliards de dollars par an ! Croyez-vous qu’on voudrait s’en passer ? » dites-vous. Encore faudrait-il qu’on se libère, nous, d’abord du pétrole. Après, nos petits-enfants trouveront peut-être le moyen, eux, de tirer profit de façon « écologiquement acceptable » de cette or noir et d’en faire autre chose de plus écologique que de le brûler ?

    Vous doutez, avec raison, « que le gaz naturel emprisonné dans les shistes (sic) peut être exploité sans empoisonner les sols et la nappe phréatique ». Comment osez-vous croire qu’on puisse exploiter proprement le gaz naturel qui gît au fond du golfe, notre mer intérieure habitée non seulement par les baleines, les autres ressources halieutiques encore saines (les poissons, les mollusques et les crustacés) que vous aimez sans doute déguster (à moins que vous ne soyez végétaliste ou allergique), mais aussi par des êtres humains (aux Îles et tout autour du golfe) qui ont le droit à leur qualité de vie et d’exploiter en toute sécurité les ressources renouvelables qui leur permettent de vivre (pêches et tourisme), à l’abri des risques que comporte l’exploitation de ces dangereuses (pour nous) ressources fossiles non renouvelables ?

    Je ne vous perçois pas cependant comme un inconditionnel, comme votre correspondant. Heureusement. Et vous me rassurez lorsque vous terminez en disant :
    « Ce qui pourrait nous arriver de mieux est de pouvoir exploiter ces gisements au moment où nous aurons pris un virage de décarbonisation de notre économie. Nous l’utiliserions alors les hydrocarbures moins, mieux, et pourrons en vendre davantage. Comme la Norvège. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. »

    Il y a loin de la coupe aux lèvres, en effet.

    Raymond Gauthier
    Aux Îles de la Madeleine

  12. Quelques réactions: je pense que le transport est important, mais le débat ESSENTIEL est sur l’aménagement urbain.

    Il faut absolument stopper l’étalement urbain et ramener des familles francophones à Montréal par exemple. Il est beaucoup moins coûteux de desservir une densité de population plus importante, c’est l’évidence, comme le constate cruellement la ville-martyre de Detroit. Il faut éviter ce genre d’erreur.

    Il faut aussi mettre un frein à notre enthousiasme délirant pour le tout-à-l’auto. Ça, c’est le rôle des taxes sur le carbone, des tarifs de stationnement dissuasifs ou incitatifs et du développement du transport en commun et de l’auto-partage (en mode hybride-électrique).

    Aménagement et transport. Voilà les priorités. Et croyez-moi, ça va coûter cher!

    Pour ce qui est de l’électricité, je pense que nous avons pris la bonne décision en relançant les grands travaux hydroélectriques et les appels d’offre éoliens. Il faut maintenir le rythme, ne serait-ce que pour remplacer Vermont Yankee et les centrales au mazout du Nouveau-Brunswick au pied levé, comme nous sommes présentement en train de faire.

    Quant à plus d’éoliennes (au-delà de l’appel d’offres en cours), je dis levons le pied. L’industrie de l’éolien doit augmenter sa productivité et réduire ses coûts unitaires si elle veut vraiment concurrencer le gaz naturel et le charbon. Les turbines ont triplé de puissance en 10 ans (de 750 kW à 2 MW). Ne serait-il pas préférable d’aménager les meilleurs sites restants (sur le plan environnemental et social) avec des éoliennes de plus gros calibre?

    Qui plus est, l’électricité est beaucoup plus efficace que le moteur à combustion. On peut faire rouler 900k voitures avec la production prévue d’Eastmain 1-A (2.7 TWh). Le métro de Montréal consomme autour de 100 GWh par an.

    Mais la priorité doit être l’aménagement du territoire et l’électrification des transports. Je pense que James Howard Kunstler exagère un peu dans ses scénarios-catastrophe, mais il me semble évident qu’on devra vivre un peu plus près de nos voisins dans une génération ou deux dans des villes qui sont à repenser. Il s’agit là d’un débat vraiment fondamental et il sera très difficile.

    PS: Pour ce qui est du pétrole et du gaz, oui mais à condition de faire comme la Norvège, pas comme l’Alberta. Les projets doivent être acceptables sur le plan environnemental, avantageux sur le plan financier et appuyés par les communautés affectées.

  13. C’est bien connu que les régimes autarciques sont les plus prospères…

  14. Il pourrait n’y avoir qu’un seul commentaire à votre billet jean-François je le dis en tout respect pour les autres, c’est celui de monsieur Gauthier, qui est plein de bon sens.

    On avait un proverbe qui disait qu’on ne parle bien que de ce qu’on connait bien.

    Devant ces perspectives de «développement économique», la sacrée expression qui comme une vache fiente dans tous nos paysages, je doute de la sagesse des «décideurs» et en particulier parmi eux les gouvernements. Parce que les gouvernements et surtout ceux de notre époque agissent de façon quasi automatique dans une perspective de court terme.

    Il ya quelques années et monsieur st-Arnaud y fait allusion, on avait publié une étude qui montrait que le Nord du Québec possède de fabuleux couloirs de vent. Ils étaient estimés selon les scientifiques à l’équivalent de la ressource pétrolière du Golfe Persique. Plus, ces gisements de vent se situent à proximité des grands barrages du Nord du Québec.

    Étrangement ce dossier est régulièrement remis en dessous de la pile des solutions chaque fois qu’il ose remonter à la surface.

    Depuis ce temps, les éoliennes se multiplient dans le sud, défont nos paysages et sèment la zizanie dans les villages.

    Pire, ceux qui font de l’argent avec ces technologies sont des compagnies privées, et ces profits fuient vers l’extérieur du Québec au lieu de tomber comme ils le devraient dans le tiroir caisse de notre compagnie d’électricité nationale, laquelle est en train de s’embourber dans des transactions ambigües avec le nouveau Brunswick.

    Conséquence, nous sommes menacés de voir gonfler nos factures d’électricités et en plus on se fait culpabiliser par les dretteux tout simplement parce qu’on chauffe nos maisons. Il fait froid l’hiver par ici sacrement c’est quand même pas une découverte! Faut le faire.

    Pour se débarasser du pétrole et passer à autre chose, c’est rien de moins que d’une révolution des esprits qu’il faut.

    Étant donné la faillite observable de Jean Charest à régler ler problèmes plus légers qui nous confrontent comme société, non seulement je doute mais je ne crois pas une minute que ce gouvernement sera capable de livrer la marchandise : proposer un nouveau paradigme et des politiques conséquentes.

    Et je prévois un désastre écologique si jamais se confirme le moindrement des gisements pétrolifères d’envergure dans le Golfe. À 80km des Îsles… Décidément le passé ne nous apprends rien!

  15. « Alors? Quel est l’avenir de la voiture électrique si on hausse les tarifs d’électricité de 50% comme le souhaiterais le Ministre des Finances? »

    Meme si les tarifs double (100%) il coutera moins cher en energie d’utiliser une voiture electrique que le petrole.

    Les voiture electrique sont enormement plus efficace que les voitures a moteur a combustion interne car ce dernier gaspille une importante portion de son energie en friction. De plus une voiture electique coute beaucoup moins chere en entretient et reparation, car le moteur a combustion a une multitude de pieces sujetes a l’usure ou au bris mechanique. Sur le plan individuel on economise beaucoup, mais collectivement c’est une fortune que l’on economiserait.

  16. Cher Stéphane.G, au risque de vous contredire, les «drettistes», comme vous dites, ont un autre argument : l’économie d’énergie et l’exploitation de nos ressources renouvelables et réellement vertes (éolien, géothermie, solaire, etc)ne rapportent pas $uffisamment aux amis et «contrôleurs» du régime actuel. C’est pourquoi ils recommandent à leur «valet» Charest de se contenter de faire semblant d’être vert, juste pour sauver la face…

  17. Suite du commentaire no.10

    Je joins l’article de M.Jean Paré dans l’Actualité.Le fond de l’histoire (par Jean Paré)

    Edward O. Wilson, biologiste célèbre, myrmécologue (Spécialiste des fourmis), Prix Pulitzer (deux fois), Prix national des sciences, médaillé du World Wildlife Fund et de la société Audubon, a expliqué il y a une douzaine d’années dans un livres essentiel la nécessaire «consilience» (convergence et synthèse) de tous les savoirs, y compris les sciences humaines et la culture, si nous tenons à survivre comme espèces.
    Une décennie plus tard, la situation s’aggrave et toujours rien ne se fait. Les politiciens? Leur horizon est de quatre ou cinq ans. La lecture de Consilience : Unity of Knowledge (en français : L’unicité du savoir) devrait être obligatoire pour tous les élus.
    «La population de la Terre est dangereusement nombreuse et deviendra encore bien davantage avant de plafonner. Dans son ensemble, l’humanité augmente sa production par habitant, sa longévité et améliore son état de santé. Mais elle y arrive en dévorant le capital planétaire, y compris des ressources naturelles et une diversité biologique accumulées sur des millions d’années. Homo sapiens approche les limites de ses réserves de nourritures et d’Eau. Contrairement à toutes les autres espèces qui ont existé avant lui, il change aussi l’atmosphère et le climat, abaisse et pollue les nappes phréatiques, rase les forêts et étend les déserts. La plus grande partie de cette pression vient directement ou indirectement d’un petit nombre de pays industrialisation des pays en voie de développement n’était que partiellement réalisée, le choc environnemental va provoquer l’effondrement de l’explosion de population qui l’à précédés.»( (Consilience : Unity of Knowledge (Alfred A. Knopf, 1998) ou l’unicité du savoir ( Robert Laffont). Ajoutons son merveilleux petit ouvrage de vulgarisation : The Creation : An Appeal To Save life on Earth ( W.W. Norton)

  18. Charest à reçu orde d’Ottawa de bloquer l’économie du Québec et de ne rien développer et c’est ce qu’il fait depuis 7 ans .
    Ce 20 milliards en pétrole nous pourrions le transformer en 20 ans en énergies propres en fondant une industrie automobile propre au Québec et un réseau de monorails sur tout notre territoire national .
    Charest à pour projet de défendre son pays le Canada en écrasantle Québec alors il ne faut pas s’attendre à quelque développement que ce soit .
    il faut qu’il laisse croire au Québecois que c’est l’Alberta qui nous fait vivre en nous payant de la péréquation et c’est ce qu’il fait
    Le Québec comme province donc comme colonie canadians est une simple vache à lait n’ayant pas droit à tous les secteurs rentables de l’économie = ports, aéroports, industries de la voiture , ambassades et alimentation .

  19. Première étape: Nous débarasser du grand saboteur.

    Ensuite: Construire le Québec du vingt-et-unième sciècle.

  20. Stopper l’étalement urbain est une bonne idée. Cela fait au moins 40 ans que c’est une bonne idée. C’était une bonne idée en 1976 quand le PQ a été élu pour la 1ere fois. C’était aussi une bonne idée par la suite, y compris au cours de 2e mandat du PQ. Mais nous parlions alors de souveraineté, sans y mettre de substance.

    L’habitat du Québec s’est développé à l’américaine sans originalité ou presque. Les banlieues se sont étalés autour des villes, avec une concentration de logements à l’hectare très faible, comme aux USA.

    La proposition de Lisée arrive bien tard alors que la population du Québec n’augmentera que d’un demi-million de personnes sur plus de 7,5 millions, soit un quinzième. Le mal est déjà fait.

    On rêvait d’un pays singulier. Pourtant le Québec avait les pleins pouvoirs en matière d’aménagement du territoire et n’a rien fait pour se distinguer du reste de l’Amérique du Nord.

  21. En passant, la technologie des paneaux solaires fait des bons importants, la peinture photovoltaique et les paneaux de captage infrarouge (genere de l’electricite jour et nuit, beau temps mauvais temps) exitent deja au stade experimental.

    Si nous arrivons a un stade où une residence pourrait repondre a ses besoins en energie en installant 300$ de paneaux, les revenus d’hydro-Quebec pourrait commencer a chutter, et des mega-emprunts pour des mega-projets qui auraient ete un bon investissement dans le passe pourraient peut-etre alors devenir des elephant blanc a-la-sauce stade olypmpique qui syphone des ressources pour 30 ans.

  22. Monsieur Lisée,

    Vous si proche du PQ, je suis étonné car vous ne semblez pas connaître cette initiative en faveur de l’indépendance énergétique du Québec http://independanceenergetique.org/ qui inclut l’indépendance face au pétrole. Vous ne parlez pas non plus du député qui en fait la promotion http://www.youtube.com/watch?v=hJwPCgZX0Ic&feature=player_embedded. C’est grâce à lui qu’on a su l’automne dernier que le fameux Plan Nord de Jean Charest existait juste dans la tête du chef libéral.

    Au lieu de harnacher ce qu’il reste de rivières pour donner l’électricité et les emplois aux américains, au lieu d’acheter une centrale nucléaire au Nouveau-Brunswick, on serait mieux de garder notre argent et notre électricité pour créer des emplois ici et réduire les GES.

    Si le PQ veut atteindre le monde, et les jeunes surtout, il serait mieux de faire plus de place à ce genre de discours. La langue, l’identité et les chicanes constitutionnelles, pu capable !

  23. Quand je vois les résultats des jeunes dans les expos-sciences je suis toujours ébahis par leur ingéniosité.Notre plus grande richesse c’est la matière grise.Voici un projet que l’on devrait proposer aux jeunes des Cegeps et Universités: les faire plancher sur une thermo-pompe plus efficace et plus économique.J’habite un immeuble qui comprend une centaine de condos alors imaginer si Hydro-Québec disait je fournis le thermo-pompe et je garde 80% des économies réalisées. Ce serait beaucoup plus efficaces que les éoliennes et cela éviterait de malmener de beaux paysages, cela éviterait d’avoir des lignes de transport qui elles aussi déguisent le paysage québécois et sont sujettes au verglas, ouragans etc.Puis en créant une pompe super performante et économique un marché extérieur s’ouvre à nous.
    Hydro-Québec devrait lancer un concours auprès des jeunes, du coup on valorise le savoir.

    Jean-Claude Dion , professeur de philosophie à la retraite.

  24. Bonjour,

    Je vous conseil à tous de visionner un excellent documentaire lié aux risque du gaz naturel. Ce documentaire se nomme « Gasland » et a été diffusé sur la chaîne HBO il y a de cela environ 2 semaines.

    http://www.youtube.com/watch?v=dZe1AeH0Qz8

    Bon visionnement.