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100 livres qui vous racontent


1 Mai 2005

Amours, fantasmes, racines, découverte du monde... plus de 2 600 personnes ont raconté à L'Actualité comment des livres ont changé leur vie.

On dit souvent du livre qu'il est menacé de disparition; on le dit "contraire à l'esprit du temps", selon les mots de Milan Kundera; on s'inquiète de la désaffection du lectorat; on dénonce l'hégémonie d'Internet, l'omniprésence de la télévision, la vitesse de la vie moderne. Et voilà qu'à l'invitation de L'actualité plus de 2 600 lecteurs non seulement prennent le temps de s'arrêter pour réfléchir au livre qui a marqué leur vie, mais se donnent aussi la peine de motiver leur choix, à la plume - 1 165 bons de participation ont été remplis "à la main" - ou par courriel. N'est-ce pas émouvant? N'est-ce pas la plus belle réponse aux pessimistes? J'ose faire le pari que les gens auraient été moins nombreux à accepter le défi si on leur avait demandé de déterminer "l'émission de télé qui a changé leur vie" ou "le site Web qui les a le plus marqués". À lire leurs envois, on en vient à croire que le livre possède des pouvoirs plus grands que l'image. Les bouquins, surtout les premiers que l'on fréquente, s'imprègnent en nous à jamais. Ils ouvrent des horizons, reviennent tout au long de notre vie. Tandis que l'image est fugace, une plus ancienne étant chassée par une nouvelle.

"En lisant Les filles de Caleb, d'Arlette Cousture, j'ai découvert qu'il y avait d'autres choses que la télévision dans la vie. Les romans me transportent bien plus loin que les téléséries", écrit Isabelle Blais, de Rimouski.

L'enthousiasme des amants des lettres ne doit toutefois pas être aveugle. Plus de 59% des hommes québécois de plus de 15 ans et 38% des femmes avouent ne jamais ouvrir un livre, rappelle le chercheur Rosaire Garon dans un récent rapport de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec.

En un sens, la zappette demeure le principal ennemi du livre. L'adulte moyen, celui qui "n'a pas le temps de lire", consacre au moins 20 heures par semaine à la télé, et les adolescents, 2 heures par jour. Les éditeurs le savent bien. Pour faire la promotion de sa collection "Folio" au Québec, Gallimard a d'ailleurs lancé cet hiver une trousse de "décrochage télévisuel". L'ensemble comprend notamment un signet pour calculer le nombre de jours d'"abstinence" et des autocollants dissuasifs à installer sur la télé...!

Premier constat au terme du dépouillement des réponses au concours de L'actualité: le livre, au Québec, demeure l'affaire des femmes. Ce sont elles, en particulier celles de plus de 50 ans, qui constituent la majorité des lectrices, ou du moins, des répondantes. L'opération confirme une fois de plus l'immense popularité de Marie Laberge, grande gagnante avec sa trilogie Le goût du bonheur. Quiconque a déjà assisté à une séance de signatures de l'auteure dans un salon du livre comprendra aisément l'attrait que son oeuvre exerce sur les lecteurs: ils sont des centaines à faire la file devant son stand. La romancière accueille cette première place avec émotion, d'autant plus, souligne-t-elle, qu'elle lui est attribuée par le public. "J'en ai les larmes aux yeux. C'est un très beau cadeau!"

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