Il se publie au Québec quelque 4 000 titres par année, tous genres confondus. Pour m'astreindre à n'en choisir que 20, je me suis imaginé devant un étranger frais débarqué au pays. Quels seraient les livres que je lui recommanderais? Il ne s'agit ici que du choix, personnel et immensément subjectif, d'un modeste amoureux des livres. Pêle-mêle.
La génération lyrique, de François Ricard (Boréal, 1992). Ce portrait juste, voire impitoyable, de la première génération des enfants de l'après-guerre, les baby-boomers, fournit des clés essentielles à la compréhension du Québec moderne. Relire Ricard permet d'expliquer à la fois le succès des Invasions barbares et... le déclin démographique! La suite vient de paraître. C'est le Manifeste pour un Québec lucide, de Lucien Bouchard et compagnie...
Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gil Courtemanche (Boréal, 2000). Un regard de l'intérieur sur l'horreur du génocide rwandais de 1994, l'oeuvre d'un journaliste et romancier aux accents camusiens. Traduit dans 26 pays et vendu à plus de 200 000 exemplaires. Peut-on être plus ouvert sur le monde?
L'homme rapaillé, de Gaston Miron (Typo, 1998). Par la force de son souffle, ce livre sera toujours d'actualité. Il faut retourner lire les mots de Miron, le "poète national", pour remonter aux sources de l'élan culturel que connaît le Québec depuis les années 1960.
Ma vie en trois actes, de Janette Bertrand (Libre Expression, 2004). Un condensé de l'histoire de la condition féminine au Québec et de l'évolution des mentalités, par l'intermédiaire du destin peu banal d'une octogénaire qui, cela se voit, refuse de vieillir.
Mal de terre, d'Hubert Reeves (Seuil, 2004). Le quotient environnemental collectif des Québécois s'est accru de façon exponentielle depuis 10 ans. Et Reeves y est pour beaucoup. Sans jouer le cavalier de l'Apocalypse, il sonne l'appel à la mobilisation contre le réchauffement climatique causé par l'usage irresponsable de l'automobile. Sus aux VUS!
À la di Stasio, de Josée di Stasio (Flammarion, 2004). Les arts de la table ont désormais la cote au Québec. Daniel Pinard (Pinardises, Boréal, 2000) et Josée di Stasio, figures télévisuelles connues, ont beaucoup contribué à cet engouement. La génération lyrique veut vieillir en bonne santé.
Volkswagen Blues, de Jacques Poulin (Actes Sud, coll. "Babel", 2004). Pour renouer avec la part d'Amérique que portent en eux les Québécois, l'auteur nous invite dans sa Volkswagen rouillée, de la Gaspésie jusqu'en Californie, au milieu des fantômes de Jack Kerouac.
L'histoire de Pi, de Yann Martel (XYZ, 2003). On verra sous peu au cinéma l'histoire de Piscine Molitor Patel, ce jeune Indien de 16 ans, seul sur un bateau de sauvetage avec un tigre. Parions toutefois qu'il faudra revenir au livre pour saisir l'une de ses idées essentielles: "Non, la religion n'est pas une insulte à la raison." L'intérêt renouvelé des Québécois pour les questions spirituelles expliquerait-il le succès de ce roman?
Le goût du bonheur, de Marie Laberge (Boréal, 2001). Avec Gabrielle, Adélaïde et Florent, Marie Laberge a non seulement écrit les romans les plus lus de l'histoire du livre d'ici, elle a aussi refait à sa façon un documentaire sur l'histoire du Québec, des années 1930 jusqu'à 1967.
René Lévesque: L'homme brisé, de Pierre Godin (Boréal, 2005). Ce dernier tome de la magistrale biographie de Lévesque, entreprise il y a 10 ans, est le plus éclairant sur le destin de l'homme politique et sur l'option qu'il défendait.





