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25 ans dans la vie du Québec: 25 ans... dans la vie des femmes


15 Septembre 2001

Les femmes ont gagné la guerre des sexes. Elles se sont instruites, ont envahi le marché du travail et les universités. Mais la plus dure bataille reste encore à livrer.

Elle avait l'oeil pétillant et le ventre bien rond, ma secrétaire. Malgré sa grossesse, elle parcourait chaque matin une heure de trajet. En autobus, puis en métro, le reste à pied. Elle arrivait au bureau essoufflée, tendue comme une corde de violon, prête à pleurer pour un rien.

Elle m'attendrissait et m'exaspérait tout à la fois.

Un jour, la nausée l'obligeait à retourner à la maison... juste avant une réunion importante. Le lendemain, c'est sa fille de quatre ans qu'il fallait emmener chez le pédiatre. Elle se sentait coupable. Moi aussi.

C'est à elle que je pensais en préparant ce bilan. À elle et à toutes les mères qui travaillent. Car ce sont les grandes perdantes de la révolution féminine. Pourtant, leur arrivée massive sur le marché du travail a constitué le changement social majeur du dernier quart de siècle.

Médecins ou infirmières, enseignantes ou vendeuses, elles courent toutes du matin au soir. De la garderie au travail, puis à la maison où, à 18 h, un autre quart les attend: souper, vaisselle, devoirs, bains...

Dire qu'il n'y a pas si longtemps les jeunes filles tournaient le dos à la vie de leurs mères, bien décidées à gagner leur place au soleil. Tant pis si le monde du travail les voyait arriver comme des voleuses de jobs, ceux des pères de famille. Il a fallu s'imposer. Je me souviens d'une prof de cégep qui enseignait à des étudiants en techniques policières. Le premier jour, l'un d'eux, en la voyant arriver, a crié: "Hey, les gars! c't'une plotte!"

Aujourd'hui, armées de baccalauréats et de maîtrises, mais aux prises avec des carrières fragilisées par la précarité des emplois et éreintées par leur double tâche, de jeunes travailleuses songent à renoncer à une carrière pour élever leurs enfants. Ou alors, elles remettent à plus tard la maternité.

Que s'est-il passé, en 25 ans, pour qu'on en soit là? Portées par les vents de la libération, les femmes d'hier scandaient: li-ber-té, é-ga-li-té. Elles voulaient tout à la fois: famille, carrière, amour, indépendance.

Les grandes luttes féministes des années 70 ont certes porté leurs fruits. Grâce à la pilule, les femmes contrôlent enfin leur fécondité. Le mot d'ordre: "Nous aurons les enfants que nous voulons." Je me revois dans les rues de Montréal, une pancarte au bout du bras, réclamant le droit à l'avortement. Cent Québécoises connues signent alors une pétition dans laquelle elles affirment s'être fait avorter clandestinement. De sa prison, le Dr Henry Morgentaler sert de phare. Cela se passe 10 ans avant qu'une jeune femme déterminée, Chantal Daigle, enceinte d'un amant violent, défie un juge moyenâgeux et aille se faire avorter en catimini aux États-Unis.

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