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25 ans dans la vie du Québec: 25 ans... de littérature


15 Septembre 2001

Éclatée, diversifiée, la littérature québécoise est enfin devenue une littérature "normale", où les romanciers ont supplanté les poètes à l'avant-scène.

Quoi de nouveau, durant ce quart de siècle? Ceci: "Vers 8 h un matin d'avril, Médéric Duchêne avançait d'un pas alerte le long de l'ancien dépôt postal "C" au coin des rues Sainte-Catherine et Plessis lorsqu'un des guillemets de bronze qui faisaient partie de l'inscription en haut de la façade quitta son rivet et lui tomba sur le crâne. On entendit un craquement qui rappelait le choc d'un oeuf contre une assiette et M. Duchêne s'écroula sur le trottoir en faisant un clin d'oeil des plus étranges."

C'est du Balzac, ou presque; avec, peut-être, un soupçon d'ironie, un "clin d'oeil", comme dit le texte. Un auteur entreprend de nous raconter une histoire qui ne sera pas la sienne propre, mais une histoire pleine d'inventions, de péripéties, d'accidents, d'événements heureux ou malheureux, de personnages divers. Il y en aura pour longtemps, un grand nombre de pages. Et le succès sera énorme, un succès comme jamais un roman écrit et publié au Québec n'en avait obtenu auparavant.

On a reconnu, bien sûr, Le Matou, d'Yves Beauchemin, publié en 1981, qui accomplit dans le roman québécois ce qu'on pourrait appeler - sans mépris, faut-il le préciser, car il s'agit là d'un roman tout à fait remarquable - la révolution de l'abondance. Le nombre de pages veut dire quelque chose. Beauchemin n'est d'ailleurs pas le seul à la faire, cette révolution. En 1975 avait paru le premier tome des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, La grosse femme d'à côté est enceinte, de Michel Tremblay; en 1979, Pélagie-la-Charrette et son Goncourt, d'Antonine Maillet; l'année suivante, dans un genre différent mais avec une abondance presque égale, La Vie en prose, de Yolande Villemaire; en 1983 s'ajoutera Maryse, de Francine Noël.

Ce ne sont pas là des oeuvres tout simplement réalistes, faisant jouer les ficelles du romanesque traditionnel. En fait, elles en tirent parfois parti, mais, comme on vient de le percevoir chez Beauchemin, avec une ironie, une fantaisie délectables. Elles sont à la fois pleines de couleur locale et ouvertes sur les horizons les plus divers. Et elles ne lésinent pas sur l'imaginaire, voire le fantastique. Egon Ratablavatsky, le chat Duplessis, le Diable vert ne sont pas des personnages qu'on peut rencontrer souvent rue Saint-Denis ou avenue du Mont-Royal.

Pour mesurer l'ampleur et la profondeur de cette révolution, il suffit d'écrire les noms de ceux qui en avaient fait une autre, celle (très peu tranquille) des années 60: Jacques Godbout, Jean Basile, Gérard Bessette, Hubert Aquin, Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais. Des voix outrageusement personnelles, de la subjectivité à revendre, de la révolte, des expériences formelles à qui mieux mieux. Le personnage principal du Matou, lui, est un entrepreneur, proche parent des jeunes loups qui, à la même époque ou à peu près, commencent à faire du Québec inc. une réalité. C'est dire.

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