Culture »

Amélie Nothomb : « Mes livres ne parlent que d’une chose : le rapport à l’autre »


26 Novembre 2011

Elle publie son 20e roman, mais en a écrit plus de 70 ! Rencontre avec une boulimique des mots.

Amélie Nothomb : « Mes livres ne parlent que d’une chose : le rapport à l’autre
Ill. : G. Dubois

Des piles et des piles de courrier emplissent le petit bureau qu'occupe Amélie Nothomb aux éditions Albin Michel, à Paris. Des lettres postées par des admirateurs du monde entier. « Le facteur n'est pas encore passé ce matin, mais je m'attends à ma petite avalanche ! » dit l'écrivaine, dont les romans sont traduits en 43 langues. « La plupart sont rédigées en français, mais j'en reçois aussi en langue étrangère : c'est émouvant, même si je ne sais pas si c'est une lettre d'insultes. »

Adulée par les uns, honnie par les autres, Amélie Nothomb, 44 ans, n'inspire pas l'indifférence. Chaque année, cette prolifique écrivaine publie un nouveau roman et conquiert un large public, en dépit des critiques, parfois assassines. Depuis Hygiène de l'assassin, paru en 1992, plus de 17 millions d'exemplaires de ses livres se sont vendus un peu partout sur la planète.

Son 20e et plus récent titre, Tuer le père, n'échappe pas à cette tendance. Même s'il a reçu un accueil mitigé, c'est un succès de librairie. L'histoire se déroule aux États-Unis, dans l'univers de la magie, du jeu et du festival Burning Man - mégafête artistique qui se déroule fin août dans une cité éphémère créée de toutes pièces en plein désert du Nevada. « J'y suis allée en 2010 avec mes amis magiciens, raconte l'auteure, encore émerveillée. Pour eux, ce sont des vacances de rêve. »

Fille d'un diplomate belge, Amélie Nothomb est née au Japon, qu'elle évoque notamment dans Stupeurs et tremblements, son plus grand succès, adapté au cinéma en 2002 par Alain Corneau. Elle a aussi vécu en Chine, aux États-Unis, au Bangladesh, en Birmanie et au Laos. Passionnée de latin - langue qu'elle parlait couramment à 16 ans -, elle a étudié la philologie ancienne en Belgique.

Difficile de ne pas tomber sous son charme. Durant les 90 minutes de l'entrevue, Amélie Nothomb se montrera tour à tour grave et rigolote, attendrissante et révoltée, candide et déjantée. Et toujours d'une exquise gentillesse, malgré la fatigue qui se lit sur son visage sans fard. Ancienne anorexique, affamée de mots, elle écrit chaque matin, à jeun, de 4 h à 8 h. « J'ai fait le deuil de mon sommeil, je dormirai dans une autre vie ou quand je serai morte. »

****

Vous vous dites guérie à 100 % de votre anorexie, et pourtant, vous aimez écrire dans la faim...

La faim a des effets sur le cerveau, et pour atteindre l'écriture que je souhaite, j'ai besoin d'avoir très faim. Au réveil, j'ingurgite d'un coup du thé infect, parce que beaucoup trop fort. L'idée, c'est de me faire exploser la tête avec une trop grande quantité de théine dans un estomac vide. Ensuite, je me jette sur mon cahier pour écrire.

Toujours au stylo ?

Je suis incapable de créer au clavier : pour moi, l'écriture est un acte physique que je ne veux pas dénaturer. Quand j'écris, c'est mon corps qui est en action et il faut que le contact soit direct. Et puis, je suis un zéro absolu en technologie : je n'ai ni ordinateur, ni cellulaire, ni téléviseur, ni permis de conduire...

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.5 (4 votes)

Commentaires (1)

Excellent article qui me fait

Excellent article qui me fait mieux découvrir cet étrange personnage à chapeau, finalement assez profonde et qui va jusqu'au bout

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage