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Dessine-moi Saint-Ex…


18 Mai 2011

Dans ses tableaux géants, des personnalités du 20e siècle dévoilent leur fragilité d’enfant. Portrait du peintre Louis Boudreault, un Québécois qui séduit les collectionneurs d’Orient comme d’Occident.

Dessine-moi Saint-Ex…
Photo : J.-C. Lussier

La première chose qui frappe quand on entre dans l'atelier montréalais de Louis Boudreault, c'est le bruit. Un vrombissement inhabituel dans l'antre d'un peintre. Ponceuse électrique en main, nimbé de poussière blanche, l'artiste s'active devant un tableau plus haut que lui. La ponceuse lisse le visage d'un gamin, formé de multiples couches de papier collé et délimité au crayon noir. Un garçonnet aux traits vaguement familiers : regard grave, mèche rebelle et oreilles décollées. Picasso à huit ans.

Le vrombissement s'arrête. L'atelier redevient paisible et « L'aigle noir » de la chanteuse Barbara s'envole dans la vaste pièce. Tout autour, des dizaines d'enfants et de jeunes ados nous dévisagent. Des filles et des garçons en format géant (2,13 m sur 1,52 m pour les plus grands) que l'on a, d'emblée, l'impression d'avoir déjà vus. Avant de les reconnaître pour de bon en apprenant leur nom. Heming­way, Churchill, Kennedy, Disney, Luther King, Piaf, Mao, Hitchcock, Presley... « Des personnages qui ont marqué le 20e siècle et qui m'ont marqué, moi », résume Boudreault, cheveux poivre et sel, yeux bleu-vert. « Leur regard renferme déjà ce qu'ils seront plus tard. »

Intitulée Destinées, cette série, débutée en 2006, compte quelque 120 œuvres représentant 50 personnalités du siècle der­nier. Pour chacun de ces portraits, Bou­dreault a utilisé et s'est réapproprié une vieille photo qu'il a dénichée dans Internet ou en bibliothèque après de patientes recherches. Il se désespère d'ailleurs de trouver un jour Coco Chanel ou Barbara enfants. Aujourd'hui, des collectionneurs canadiens, américains, européens et asiati­ques s'arrachent ces œuvres originales. De prestigieux acheteurs, dont Boudreault tait le nom par discrétion. L'année 2011 verra s'accroître encore la renommée internatio­nale de l'artiste de 54 ans, originaire des Îles-de-la-Madeleine : il exposera Destinées pour la première fois à Paris et à Hong­kong. Puis, New York suivra en 2012.

Dans la lignée des peintres québécois Jean-Paul Lemieux (1904-1990) et Jean Paul Riopelle (1923-2002), Louis Boudreault a une vision unique. « C'est un artiste exceptionnel, un esprit libre, non conformiste », affirme James D. Campbell, historien et critique d'art canadien, auteur de nombreux ouvrages sur l'art québécois, installé à Montréal. « Ce n'est qu'une question de temps : d'ici peu, il sera connu d'un vaste public. » « Son travail intéresse d'importants marchands d'art de par le monde », ajoute Andrew Lui, propriétaire de la galerie Han Art, à Westmount, où ses œuvres sont vendues.

Situé dans le Belgo, immeuble de la rue Sainte-Catherine qui héberge de nombreuses galeries d'art contemporain, l'ate­lier de Louis Boudreault est un joyeux foutoir. Les papiers débordent de partout. Rouleaux d'emballage-cadeau et bouts de tapisserie. Retailles à 5 cents ou luxueux kozo japonais à 50 dollars la feuille. Napperons de dentelle vieillots dégotés dans un resto. Papiers paraffinés des années 1950 récupérés dans un ancien couvent...

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