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Du côté de chez Yann


1 Décembre 1996

Débuts fulgurants pour Yann Martel, un Montréalais qui parle français avec un accent parisien... et écrit en anglais. Avec seulement quatre nouvelles et un roman à son actif, il est déjà encensé par les critiques du monde!

Selon le quotidien communiste français L'Humanité, «le plus grand écrivain vivant» de sa génération vit à Montréal sur l'avenue de l'Esplanade. Il s'appelle Yann Martel, il parle français avec des traces d'accent parisien et il écrit en anglais.

Le journal qui chanta les louanges de Georges Marchais et de Staline n'a jamais été reconnu pour son sens de la nuance, mais sa célébration du talent de Martel n'a rien en commun avec cette fâcheuse tendance qu'ont longtemps eue les communistes français: être les seuls à avoir le pas. Car à Berlin, on écrit qu'il est un «extraordinaire raconteur», à Londres, le très sérieux Guardian parle de «petit chefd'oeuvre» et au Québec, La Presse souligne un «début fulgurant». Tout cela pour quatre nouvelles publiées à Toronto en 1993 sous le titre de The Facts Behind the Helsinki Roccamatios, son premier livre, qui, traduit en français en 1994, devint Paul en Finlande (Boréal au Québec, Rivages en France).

Self, son premier roman, paru chez Knoff à Toronto en mai dernier, a été accueilli par une critique aussi élogieuse. Le livre a été lancé il y a peu de temps à Londres. Des éditions allemande et suédoise suivront sous peu.

La nouvelle ne fait pas recette. C'est un genre négligé, tant par les auteurs que par les lecteurs. Les critiques ne font pas exception. On ne lance pas une carrière avec ces courtes histoires souvent considérées comme des romans sousdéveloppés. Encore moins une carrière internationale. On ne devient pas non plus un écrivain qui vit de sa plume avec quatre nouvelles. Yann Martel y est arrivé, phénomène probablement unique dans la littérature canadienne. Il n'y a là ni hasard ni marketing génial. Seuls le talent et l'originalité de l'auteur expliquent cette carrière en forme de fusée.

Yann Martel avait choisi le café Santropol, rue Saint-Urbain, pour notre premier rendez-vous. J'avais souhaité rencontrer cet homme qu'on dit sans racines dans un endroit qu'il aime, où il se sent à l'aise. Né à Salamanque, en Espagne, en 1963, il fut bébé à Victoria (en Colombie-Britannique), enfant au Costa Rica, adolescent en Ontario et à Paris, jeune homme un peu partout. Depuis quelque temps, il vit à Montréal, qui est pour lui un port d'attache plus qu'un endroit qu'on habite et qu'on façonne de sa présence et de son action.

Le café Santropol lui convient parfaitement. Décor baroque et cosmopolite, nourriture planétaire. Il y règne une atmosphère studieuse et chaleureuse de café universitaire anglais. Selon la tradition anglosaxonne universitaire, toute différente de la française, les collèges - substituts de la famille - sont des maisons qu'on habite, professeurs comme étudiants; les cafés et les restaurants sont les salons qu'on ne peut se payer. C'est dans ce cocon intellectuel et social que Yann Martel a fait la plus grande partie de ses études secondaires et universitaires. Et dans ce café où les tranches de pain complet ont l'épaisseur d'un club sandwich, il se sent de toute évidence à l'aise.

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