Culture »

Il fait saigner la banlieue


18 Septembre 2009

Patrick Senécal signe des thrillers crus, violents, angoissants. Pourtant, « je suis le cliché du petit bonheur tranquille », assure l’auteur, dont les romans connaissent une deuxième vie au cinéma.

Photo : Jean-François Bérubé
Photo : Jean-François Bérubé

Il vit et écrit dans une maison de banlieue coquette, sise au pied du mont Saint-Hilaire. Piscine hors terre dans la cour, grande cuisine éclairée et, partout, des photos de ses deux enfants. Pas de sang sur les murs. Pas de cadavres au sous-sol, pas d'otages à l'étage. J'ai vérifié.

« Il n'y a rien d'angoissant à aller chez lui », m'avait bien dit le réalisateur Éric Tessier, qui a adapté Sur le seuil, en 2003, et qui vient de porter au grand écran 5150, rue des Ormes, le tout premier roman de Patrick Senécal, publié il y a 15 ans.

5150, rue des Ormes est l'histoire d'une famille en apparence normale, qui vit dans une petite maison de banlieue tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Mais où tout le monde disjoncte. À commencer par le père, qui s'avère psychopathe : il tue à répétition, prend plaisir à séquestrer et à... momifier ses victimes.

Ce qui a séduit Éric Tessier dans cette histoire démente, que Patrick Senécal a lui-même scénarisée ? « Le choc entre la folie totale et la normalité. » « On aura réussi notre coup si les gens regardent désormais les petites maisons de banlieue banales autrement », ajoute-t-il.

Patrick Senécal m'attendait devant la porte, bras croisés, jambes écartées, silhouette carrée. J'ai hésité avant de franchir le seuil, j'avoue. « Ne t'inquiète pas, tu es pas mal moins en danger ici qu'au 5150, rue des Ormes », a-t-il dit en pouffant. Sa patte d'homme m'a agrippée. J'ai rougi, il s'est esclaffé. Son rire m'a poursuivie jusque dans la cuisine. Un rire tonitruant.

Mais même s'il rit fort et parle fort, Patrick Senécal a un côté gamin et ne s'en cache pas. Il aime réunir ses chums autour d'une bière et d'un jeu de société. Il adore les partys, où il est le premier arrivé, le dernier parti. Il a aussi joué dans un band de musique trash et se défonce encore parfois sur sa batterie. Bref, rarement un écrivain a-t-il si peu ressemblé à ses romans.

Son petit dernier, Hell.com (éditions Alire), propose littéralement une descente aux enfers. Bienvenue dans l'univers des sites Internet illégaux, pornos et criminels, où toutes les perversités sont permises, où les fantasmes les plus inimaginables sont exploités. Patrick Senécal a mis le paquet. Et s'en félicite. « J'aime bien tester le seuil de tolérance de mes lecteurs ! » avoue-t-il.

Sa femme, Sophie, psychologue de métier, lui a déjà dit : « N'arrête surtout pas d'écrire. » L'idée est loin de l'effleurer. « Je ne dis pas que je deviendrais psychopathe si je n'écrivais pas, explique-t-il, mais je serais quelqu'un de beaucoup plus sombre. Ma noirceur, je la mets dans mes romans. »

À 42 ans, il a déjà signé sept romans, vendus au total à plus de 250 000 exemplaires, traduits en polonais, en turc, en italien, en espagnol, et bientôt (sic !) en anglais. Et les projets se bousculent au portillon. Tellement qu'il a cessé d'enseigner la littérature et le cinéma au cégep pour se consacrer à l'écriture. « C'est un luxe formidable de se lever le matin et de se dire qu'on ne va faire que ça, écrire. »

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