Dans La plus belle histoire des femmes, Nicole Bacharan interviewe trois consœurs — une anthropologue, une historienne et une philosophe —, qui nous racontent le parcours du « deuxième sexe » dans l’ordre de la hiérarchie sociale. Le livre résume bien ce que l’on a écrit depuis 40 ans sur la domination injustifiée et entêtée des hommes, de l’aube de l’humanité jusqu’à aujourd’hui.

L'ennui, c'est que Bacharan, qui mène le jeu, semble avoir attrapé aux États-Unis, dont elle est une spécialiste, un virus féministe radical qui éloignera inutilement les lecteurs masculins.
Du trio qui répond aux questions, c'est la philosophe, Sylvianne Agacinski, qui s'avère la plus moderne et généreuse, affirmant que « la tache aveugle du discours classique, y compris des discours féministes, c'est l'homme ».
L'on retrouve d'ailleurs une forme de cet aveuglement chez l'anthropologue, Françoise Héritier, pour qui la culture amènerait les garçons à jouer avec des camions, les filles avec des poupées !
La philosophe Agacinski, évoquant son expérience maternelle, en doute : « Chaque sexe est obscur pour l'autre. » Nous allons, espère-t-elle, vers un monde mixte, et il faut penser l'humanité entière, non pas la femme d'un côté, l'homme de l'autre.
Si les femmes ont commencé à se libérer en apprenant à lire, elles le font aussi désormais par le sport. La tyrannie de la mode s'affaiblit : les skieuses et les skieurs, par exemple, enfilent des combinaisons semblables. « Aux femmes, donc, de savoir comment elles veulent jouer avec les mises en scène du féminin. »
Ne pouvant trouver de traces du rôle des femmes dans les sociétés ancestrales, l'anthropologue Françoise Héritier doit se rabattre sur les mœurs des tribus primitives contemporaines. La seule certitude que nous ayons, c'est que le « privilège exorbitant d'enfanter » a eu des conséquences sur les constructions culturelles, le goût du risque chez l'homme, de la prudence chez la femme.
Les bandes d'Homo sapiens ont appris à lutter entre elles, à se voler des femmes et parfois des enfants, à contrôler l'origine de leur progéniture, à distribuer les tâches entre leurs membres. L'invention du tabou de l'inceste et d'autres règles, selon les mythes, ne serait qu'une façon de mettre de l'ordre dans le chaos de l'univers. Il n'y a jamais eu de paradis perdu, mais un monde sauvage à civiliser.
Selon Agacinski, « les religions, avec leurs tentatives de nier ou de sublimer le corps, ont toujours été une affaire d'hommes. L'histoire des femmes, jusqu'ici, a résulté du monopole masculin sur l'autorité spirituelle, intellectuelle et politique. »
Afin de remettre les choses en place, la philosophe croit qu'il faut s'attaquer à la langue, féminiser les mots pour ouvrir les esprits. On sait que c'est une entreprise plus aisément réussie au Québec qu'en France, comme l'est la recherche de l'égalité dans la sphère publique - peut-être en raison de l'influence protestante de nos voisins anglo-américains ?
En réponse aux questions de Nicole Bacharan, l'historienne, Michelle Perrot, a beau jeu : elle peut, pour raconter 2 000 ans de vie des femmes occidentales, se référer à la littérature d'imagination. Elle nous rappelle ainsi que la véritable enfance et même l'adolescence sont d'invention récente, qu'hier encore le bébé était propriété nationale : des enfants mâles, on ferait des soldats.





