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/ La chronique de Jacques Godbout »

L'avenir de l'ours blanc


22 Décembre 2011

Un camarade m’a offert un t-shirt sur lequel on peut lire : «Fuck l’humanité, sauvons la planète !» Je pensais ce slogan ironique, mais à ma grande surprise, bien des personnes ont applaudi le message. C’est dire à quel point les discours des ONG de l’écologie perturbent certains esprits.

L'avenir de l'ours blanc
Photo : iStock

Il est vrai que les médias ne font pas dans la dentelle pour retenir l'attention, et les Al Gore de ce monde annoncent volontiers l'apocalypse pour demain.

Doit-on se désespérer ou s'adapter aux nouvelles conditions cli­matiques ? Certains lieux deviendront désertiques, d'autres subiront des inondations à répétition. Il faudra trouver des parades, changer nos habitudes. Certaines situations seront sans espoir : il semble peu probable, par exemple, que l'on puisse recréer l'environnement dans lequel gambadent les ours blancs ou celui des rhinocéros. Leur avenir s'annonce vraisemblablement être dans les jardins d'acclimatation.

Il y aura des gagnants et des perdants. C'est dommage, mais l'histoire de la planète est celle de l'adaptation des espèces ou de leur disparition. Entre la désespérance des uns et le cynisme des autres, il est peut-être temps de regarder le réchauffement climatique pour ce qu'il est, c'est-à-dire un phénomène cyclique amplifié par l'explosion démographique. Nous étions 1,5 milliard d'individus en 1900 et 6,9 milliards l'année dernière. Autant d'êtres humains qui doivent manger, se loger, se vêtir, se prémunir contre le froid, travailler, s'amuser ou voyager ne peuvent qu'éroder les écosystèmes et mettre à mal la biodiversité.

« L'homme est responsable d'une destruction massive de la biodiversité » ? Il y a trop d'idées reçues qui ne sont jamais remises en question dans le domaine de l'écologie. Christian Lévêque, docteur en sciences de l'environnement, décortique quelques-unes d'entre elles dans un ouvrage éclairant, humaniste et nourri des recherches actuelles. À l'origine de la confusion mentale de certains écologistes, croit Lévêque, se trouve le mythe du paradis terrestre, qui serait encore le nôtre si l'homme n'avait pas fauté. Les plus naïfs ont même inventé une sorte de corps mystique qu'ils nomment Gaïa, la déesse mère, devant laquelle on devrait se prosterner.

Personne, hors les créationnistes, ne va nier le réchauffement climatique. Gel, dégel, personne non plus ne peut nier l'instabilité des climats. Il y a 18 000 ans, la Scandinavie était sous les glaces, et l'Europe, on le sait, a connu un réchauffement à peu près tous les 100 000 ans. L'équilibre écologique est instable par définition et loin de s'autoréguler. Ce ne sont pas les imprécations des Cassandre qui vont diminuer les gaz à effet de serre, mais l'imagination humaine. Haïr l'automobile est moins utile que d'améliorer les systèmes de propulsion.

Aujourd'hui, l'essentiel, écrit Lévêque, consiste à protéger l'ensemble des espèces animales et végétales, cultivées ou sau­vages, car elles forment le grand marché des industries agroalimentaires, notre police d'assurance vie. Tout a commencé par des bactéries, et voilà qu'il y a 10 millions d'années, grâce à l'évolution, l'homme s'est invité dans le paysage, en compagnie de quelques espèces du genre Homo, désormais disparues. Nous faisons nous aussi partie de la biodiversité.

Après maintes théories inefficaces pour faire face aux change­ments climatiques se dessine une approche économique qui tend à mettre un prix aux écosystèmes de la planète. Les stratégies pour conserver ou préserver la biodiversité sont du domaine des sciences de la nature, la responsabilité reste celle des États, mais les grands enjeux internationaux se butent aux égoïsmes irréductiblement nationaux. Quel t-shirt devrais-je porter ?

nature-livre

 

 

La nature en débat : Idées reçues sur la biodiversité
Par Christian Lévêque
Le Cavalier Bleu, 172 p., 29,95 $.

 

 

 

 

 

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PASSAGE

« C'est vers une écologie plus dynamique basée sur le changement et non pas l'équilibre qu'il faudrait se tourner. »

 

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