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Jacques Mesrine revient au Québec


9 Juillet 2010

Non, l’as de l’évasion n’est pas ressuscité ! Mais le cinéaste français Jean-François Richet a redonné vie au cambrioleur, qui a fait la une dans les années 1970.

Jacques Mesrine revient au Québec
Photo : Remstar Films

« Vive le Québec libre ! » lance aux journalistes le gangster français Jacques Mesrine en débarquant de l'avion qui le ramène à Montréal, après son arrestation aux États-Unis, le 23 juillet 1969. Avec cette phrase célèbre du général de Gaulle, Mesrine, un des plus grands criminels du 20e siècle - qui a sévi pendant quatre ans au Québec -, montre qu'il sait s'y prendre avec les médias. Menottée à son bras, sa compagne française, Jeanne Schneider, qui l'a aidé six mois plus tôt à enlever un millionnaire montréalais et qui a été témoin de l'assassinat d'une aubergiste en Gaspésie, sourit aux photographes.

La scène est une invention du cinéaste Jean-François Richet, mais elle n'en rend pas moins la personnalité flamboyante de Jacques Mesrine. Richet lui consacre un long métrage en deux parties, L'instinct de mort et L'ennemi public no 1 (voir les bandes-annonces >>), en salle ce mois-ci. « Ennemi public no 1 », Mesrine l'est devenu au Canada bien avant de l'être en France...

Incarné dans le film par Vincent Cassel, l'homme y apparaît dans toutes ses contradictions. « C'était un criminel dangereux, sans scrupules. Pourtant, il était très souvent considéré comme une vedette. Encore aujourd'hui, des gau­chistes en ont fait une sorte de héros », commente le documentariste français Philippe Roizès, auteur de Mesrine : Frag­ments d'un mythe (Flammarion), dont les travaux ont été utiles à Jean-François Richet pour son film. Philippe Roizès a consacré trois ans de sa vie à retracer l'itinéraire du gangster, fusillé par les services de police français en pleine rue, à Paris, le 2 novembre 1979. Plus de 200 témoins directs - dont 40 au Québec - ont été interviewés pour son livre et pour un documentaire télévisé.

« Jacques Mesrine n'était pas très grand, mais il avait un charisme incroyable. Il sédui­sait tout le monde, autant par ses propos que par sa prestance », relate le criminologue André Normandeau, qui l'a rencon­tré à trois reprises dans sa cellule de l'Unité spéciale de correction, à Laval, en 1972.

Durant son séjour en prison, Mesrine convainc les gardiens de s'élever contre la direction. Suivant ses conseils, ceux-ci organisent une conférence de presse très courue par les médias.

Face à Normandeau, qui dirige un programme de recherche sur l'administration pénitentiaire, le prisonnier est cynique et provocateur. « Vous, les universitaires de la montagne, ne comprenez rien à la réalité des prisonniers », répète-t-il au jeune professeur de l'Université de Mont­réal. « Habituellement, les criminels de sa trempe sont des êtres renfermés, secrets, monosyllabiques. Au contraire, Mesrine avait un discours et cherchait la publicité », se souvient Normandeau.

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