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Jean-Christophe Grangé : écrire à mort


26 Novembre 2011

Psychopathe, Jean-Christophe Grangé ? Pas du tout ! Le maître du thriller français est parfaitement lucide. Et s’amuse à nous faire peur. Frissons garantis à la lecture de son plus récent roman, Le passager.

Jean-Christophe Grangé : écrire à mort
Ill. : G. Dubois

Sourcils épais, longues mèches poivre et sel, regard gris-bleu. Sur ses photos de promotion, l'écrivain français Jean-Christophe Grangé montre un air sombre et inquiétant, à l'image de ses thrillers. Méchant contraste avec l'homme affable et souriant qui me reçoit chez Albin Michel, son éditeur, à Paris ! Loin de ses personnages de tueurs sanguinaires et autres flics tordus, Grangé s'affirme « tout à fait équilibré ».

À 50 ans, cet auteur est l'un des plus populaires de la francophonie (plus de 500 000 exemplaires vendus de chacun de ses romans, traduits en 20 langues) et ses œuvres sont souvent adaptées au petit ou au grand écran. Il est aussi parmi les rares à recevoir un salaire mensuel de son éditeur : 30 000 euros, plus l'équivalent pour payer ses impôts. Son neuvième titre, Le passager  (en lire un extrait >>) paru en septembre et salué par la critique comme l'un de ses meilleurs, s'est vite hissé en tête des palmarès. Construit comme une série télé, ce pavé haletant de 750 pages nous entraîne dans une double enquête sur fond de meurtres inspirés par la mythologie grecque. Victime de « fugues psychiques » - des amnésies successives accompagnées de changements d'identité -, le héros devra dépister un à un chacun des personnages qu'il a incarnés : psychiatre, clochard, peintre fou, faussaire...

Père de trois enfants, deux fois divorcé, aujourd'hui fiancé à une comédienne japonaise, Grangé a lui-même vécu plusieurs vies. Avant de devenir un écrivain à succès et un scénariste recherché (notamment pour Switch, de Frédéric Schoendoerffer, et Le vol des cigognes, téléfilm tiré de son roman, actuellement en tournage), il a obtenu une maîtrise de lettres à la Sorbonne (son mémoire porte sur Flaubert), étudié le piano, composé des chansons, rédigé des pubs et arpenté la planète comme grand reporter. Son deuxième roman, Les rivières pourpres (adapté au cinéma par Mathieu Kassovitz), l'a fait connaître dans le monde entier.

Ce travailleur acharné se lève à 4 h chaque matin pour écrire, sept jours sur sept, toute l'année. Son prochain roman (l'histoire d'un flic, divorcé d'une Japonaise, dont la maison est victime d'attaques terrifiantes) est déjà terminé et il compte bien en extraire un scénario. « Une fois qu'on possède son savoir-faire et sa vocation, il faut s'y adonner au maximum jusqu'à la mort, dit-il. Écrire est une façon de vivre plus intensément, de ne pas passer simplement sur la surface de la terre. »

Sept clés pour décoder l'homme derrière la machine à best-sellers... qui laisse planer le suspense sur sa présence, ou non, au prochain Salon du livre de Montréal.

À l'origine, il y avait l'absence

« Je n'ai jamais connu mon père, qui était déséquilibré mentalement. Mes parents ont divorcé à ma naissance et le juge a interdit à mon père de me voir, considérant qu'il pouvait être dangereux. J'ai grandi dans cette absence et dans la crainte, parce que ma mère et ma grand-mère, qui m'élevaient, n'en parlaient jamais ou alors à voix basse. Cela faisait planer une ombre sur notre petite famille. »

Puis, la peur s'est installée

« Ma peur la plus profonde - et je crois que tout le monde l'a -, c'est celle de l'intrus qui entrerait chez moi la nuit pour me faire du mal. C'est le symbole de la mort, de la souffrance, de la violence. Et c'est lié à mon enfance : lorsque j'étais bébé, mon père s'est plusieurs fois glissé dans la maison pour tenter de m'enlever. Sans en avoir le souvenir concret, j'ai intégré cette menace en moi. »

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