Après trois années de silence, l’écrivain toulousain revient avec Le cas Sneijder. Un roman montréalais dans lequel il brasse ses obsessions. Extraits et précisions de l’auteur.

L'épine dorsale du monde moderne. C'est ainsi que l'écrivain français Jean-Paul Dubois définit l'ascenseur - objet au cœur de son 20e livre, Le cas Sneijder, paru début octobre. À la fois sinistre et plein d'humour, ce roman décortique les absurdités de nos sociétés contemporaines et de notre vie quotidienne. Et accuse l'ascenseur, père de la verticalité urbaine et des mégapoles surpeuplées, d'en être à l'origine. « L'ascenseur a fait vivre et dormir les hommes les uns au-dessus des autres, observe Paul Sneijder, le narrateur. Il a fait naître des villes malades. »
C'est autour d'un accident d'ascenseur, dans une tour de Montréal, que s'articule l'histoire. Unique survivant, Sneijder voit sa fille périr sous ses yeux. Au sortir du coma, l'homme va peu à peu changer de vie. Il quitte un emploi à la SAQ, devient obsédé par les ascenseurs, refuse un procès qui pourrait lui rapporter gros et se fait embaucher comme promeneur de chiens à L'Île-des-Sœurs, « sorte de riche et verdoyante principauté monégasque ». Quant à son ambitieuse et dominatrice épouse, Anna, elle est responsable du laboratoire de commande vocale chez Bell et navigue dans des « univers à haut potentiel ».
Lors de notre précédente rencontre, en 2008, à la parution de ses Accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois m'avait confié qu'il n'écrirait peut-être plus jamais. Pendant ses trois années de silence, il a, comme Sneijder, fêté ses 60 ans. Il a aussi beaucoup réfléchi, bricolé et séjourné à Montréal - sa compagne, Hélène, étant québécoise. Heureux propriétaire de son temps, il a finalement répondu oui à L'Olivier, son éditeur, qui fête son 20e anniversaire cet automne et lui réclamait un nouveau titre. Rencontré à Paris, l'auteur à la crinière blanche et à l'œil pétillant a accepté de décoder quelques-unes de ses obsessions.
Ascenseur social
« Cette petite cage était un microcosme qui reproduisait les règles et les privilèges sociaux. » (Le cas Sneijder, p. 145)
« C'est le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser sur leurs pattes arrière et de se tenir debout. Avec lui est née la verticalité, qui a elle-même engendré un autre mode de vie, d'autres rapports sociaux, liés à la densification de la population. C'est le seul objet moderne à partir duquel on peut comprendre la société et en voir la fragilité. Si vous le supprimez, nos villes fondent comme une immense motte de beurre et plus rien ne fonctionne : le déplacement des gens, l'économie, la distribution des biens. Pour déstabiliser une société marchande, le véritable attentat terroriste serait de bloquer tous les ascenseurs. »
Hasard ou liberté
« Parfois il arrive que le hasard synchronise notre geste avec l'impulsion électronique. Alors se produit un petit miracle, les portes se ferment et nous sommes intimement convaincus d'avoir dirigé, dominé la machinerie, et notre foi en notre liberté, notre pouvoir, s'en trouve d'autant renforcée. » (Le cas Sneijder, p. 172)
« L'ascenseur doit gérer au mieux le flux des montées et des descentes dans un immeuble. Si vous passez 20 minutes à l'attendre, l'immeuble aura une sale réputation et sa valeur baissera. Pour optimiser le rendement, le temps d'ouverture et de fermeture des portes est désormais calculé par ordinateur. Depuis 1990, tout est automatisé et l'être humain n'a plus aucune prise sur la machine. On a toutefois laissé le bouton de commande d'ouverture et de fermeture des portes. Or, ce bouton est factice : derrière, il n'y a plus de câble ! Nous vivons entourés de tels boutons, qui nous donnent l'illusion d'avoir la possibilité d'agir sur notre vie. »





