Un livre. Un seul et unique livre qui serait le miroir d'un pays, qui permettrait de le comprendre, d'en saisir l'âme: ne serait-ce pas le guide de voyage idéal? Même dans un fauteuil...
Quel est le livre qui résume le mieux le Québec? Une question piège...
Un livre. Un seul et unique livre qui serait le miroir d'un pays, qui permettrait de le comprendre, d'en saisir l'âme: ne serait-ce pas le guide de voyage idéal? Même dans un fauteuil...
En mai dernier, une trentaine de Québécois ont reçu du rédacteur en chef de L'actualité une lettre bien curieuse. Des écrivains, des éditeurs, des dramaturges, des professeurs de littérature, des critiques, des animateurs de télé, tous des dévoreurs de livres qui, en théorie, lisent tout, comme la traductrice Sheila Fischman, qui a transposé en anglais plus de 50 romans québécois de langue française, ou comme notre critique Gilles Marcotte, auteur d'une anthologie de la littérature d'ici en quatre tomes.
Cette lettre leur lançait un défi facile. En apparence.
«Quel est l'ouvrage de la littérature québécoise ou canadienne que vous recommanderiez à un étranger qui veut comprendre ce qu'est le Québec?»
Question piège. Il n'existe évidemment pas de réponse. Cela dit, trouvons-la!
La plupart ont accepté de jouer le jeu. La plupart ont tenu jusqu'au bout. Les règles? Un seul titre, sans restriction de genre: roman, poésie, essai, histoire, théâtre... Et la possibilité de faire deux autres suggestions, quand même, pour se consoler de l'obligation de taire des auteurs qu'on aime! On trouvera ci-dessous le choix de chacun puis, en encadré, les 20 oeuvres qui composent cette «bibliothèque imaginaire» - pour adapter le titre de Malraux -, ce «pays idéal», ainsi qu'une vingtaine d'autres titres que notre «jury» a tenu à emporter sur son île...
Certains ont décliné l'invitation: trop difficile, trop injuste. D'autres ont demandé du temps pour réfléchir et n'ont plus donné signe de vie. Que d'hésitations! Et de remords parfois. La nuit portant conseil, Marco Micone a, un matin, défait son choix de la veille. Suzanne Lévesque aussi, qui aurait bien voulu savoir si quelqu'un avait voté pour le chanoine Lionel Groulx!
«Autant me demander quel livre j'emporterais sur une île déserte», dit le dramaturge René-Daniel Dubois. Et j'entends encore la voix de Françoise Faucher, qui a mis son talent de comédienne à me lire des vers de Gatien Lapointe: «Les folles saisons de ce pays...» Et «J'ai dans mon coeur une grande souffrance...»
Aucun titre ne s'impose d'emblée. N'y aurait-il donc pas une oeuvre incontournable? «C'est bon signe, juge François Ricard, qui enseigne la littérature à l'Université McGill. Cela dénote une grande richesse.»
Les romans sont les grands gagnants et la poésie a des adeptes. Pour rendre l'âme profonde d'un pays et d'un peuple, on préfère la poésie et le roman à l'histoire, à la sociologie et à la politique. «Ça me rassure, dit Pierre Foglia. J'ai ce réflexe quand je voyage. Je cherche une oeuvre de fiction, car je sais que c'est par là que je vais entrer dans le pays.»





