Le FLQ était infiltré et la police savait où l’otage Pierre Laporte était détenu, affirme Louis Hamelin, fort de ses huit ans d’enquête sur la crise d’Octobre. Pour en avoir fait un roman plutôt qu’un essai ? lui avons-nous demandé.

Louis Hamelin a été hanté longtemps par le fantôme de Pierre Laporte, le ministre enlevé et assassiné par le Front de libération du Québec (FLQ) en octobre 1970. Obsédé par ce cadavre ensanglanté, à jamais muet sur les circonstances exactes du drame, le romancier a conçu, il y a huit ans, le projet fou de réécrire l'histoire de la crise d'Octobre. Après une minutieuse enquête, il croit avoir compris ce qui s'est réellement passé cet automne-là dans le bungalow de la Rive-Sud où le politicien a trouvé la mort. Dans un ambitieux roman, La constellation du Lynx, il pénètre au plus sombre du mystère, recréant les derniers moments de l'otage, jusqu'à son souffle ultime.
L'auteur de 51 ans a toujours rêvé d'écrire « un grand roman à l'américaine » qui s'attaque à un sujet politique majeur. Écrivain marquant des dernières décennies au Québec, lauréat du Prix du Gouverneur général pour La rage, en 1989, il est connu pour son regard caustique sur ses contemporains et pour ses puissantes évocations des paysages des Amériques. Ses œuvres ont mis en scène des expropriés de Mirabel, des autochtones du Nord québécois, une secte inspirée de l'Ordre du Temple solaire, des écolos luttant contre l'exploitation forestière.
Dans son 11e ouvrage, il braque sa plume mordante sur les événements marquants de l'automne 1970. Le 5 octobre, l'attaché commercial de la Grande-Bretagne, James Cross, est enlevé chez lui, à Westmount, par des membres d'une cellule du FLQ. Le 8, le manifeste du groupe est lu à la télé de Radio-Canada. Le 10, le ministre du Travail et numéro deux du gouvernement québécois, Pierre Laporte, est enlevé devant sa maison, à Saint-Lambert, par une autre cellule felquiste. Le 16, Ottawa décrète la Loi sur les mesures de guerre : les Forces armées sont déployées dans les rues de Montréal, des centaines de sympathisants souverainistes sont emprisonnés arbitrairement. Le lendemain, le corps du ministre Laporte est retrouvé dans le coffre d'une voiture, près de l'aéroport de Saint-Hubert. James Cross, lui, sera libéré, sain et sauf, au bout de quelques semaines.
Quarante ans plus tard, la pire crise politique de l'histoire du pays demeure un « traumatisme national jamais élucidé, dit l'écrivain ; c'est notre affaire Kennedy à nous ».
Premier grand roman sur le sujet, La constellation du Lynx a failli prendre la forme d'un essai historique. L'auteur est persuadé que sa reconstitution des faits est plus crédible que la version officielle, qu'il juge bourrée de trous et d'invraisemblances. Les machinations du pouvoir et des forces de l'ordre ont joué, selon lui, un rôle beaucoup plus important dans cette affaire que ne le reconnaissent les ex-felquistes ou les autorités. Et Pierre Laporte est à ses yeux un héros oublié.
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LOUIS HAMELIN avait 11 ans durant la crise d'Octobre. Il habitait alors en Gaspésie, et il se rappelle surtout l'avis de recherche paru dans les journaux, où l'on offrait 150 000 dollars pour la capture des felquistes - avis de recherche qui orne aujourd'hui son bureau. Il a grandi à Laval, a vécu à Vancouver et à Montréal avant de s'installer dans les forêts de l'Abitibi, où les poules qu'il élevait se sont fait manger par les lynx. Il vit aujourd'hui à Sherbrooke. Cet automne, il enseignera à l'Université d'Ottawa et il sera père pour la première fois. Octobre est son mois préféré.





