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La maison sous les arbres


31 Juillet 2009

Par deux fois, le domaine seigneurial du père de la littérature québécoise a été la proie des flammes. L’héritage de Philippe Aubert de Gaspé revit pourtant. Grâce à l’entêtement des habitants de Saint-Jean-Port-Joli.

Photo : Louise Bilodeau

De passage à Saint-Jean-Port-Joli, j'étais restée inconsolable devant les ruines jonchant le domaine seigneurial de Philippe Aubert de Gaspé. C'était il y a trois ans, et le projet de reconstruction de son manoir, tenu à bout de bras par une poignée de résidants depuis une décennie, battait de l'aile. L'auteur des Anciens Canadiens, célèbre roman qui reconstitue une page tragique de la Conquête anglaise, allait-il disparaître de la mémoire collective ?

Eh bien non ! Les 3 500 habitants de ce village niché entre L'Islet et La Pocatière ne laisseraient pas le père de la littérature québécoise sombrer dans l'oubli. La Normandie avait son Flaubert et la Provence son Pagnol. La Côte-du-Sud aurait son Philippe Aubert de Gaspé.

Il aura fallu 20 ans d'entêtement et une bonne dose d'ingéniosité pour que renaisse de ses cendres le manoir seigneurial brûlé par les soldats de Wolfe en 1759, reconstruit peu après, puis détruit par le feu une seconde fois en 1909. Depuis un an, le joyau d'antan se dresse fièrement entre le fleuve et le chemin du Roy (route 132). Une bâtisse « à un seul étage, à comble raide, longue de cent pieds, flanquée de deux ailes de quinze pieds avançant sur la cour principale », pour reprendre la description qu'en a laissée Philippe Aubert de Gaspé. Il ne renierait pas cette réplique édifiée dans le respect des normes architecturales de son manoir.

Tout un exploit ! N'importe qui aurait pu acquérir le domaine, qui n'avait pas été classé site historique, même si un four à pain construit vers 1764 et un puits d'une rare valeur patrimoniale s'y trouvaient. Pour réunir la somme nécessaire à l'achat - 75 000 dollars -, 50 résidants ont formé la Corporation Philippe-Aubert-de-Gaspé, sans but lucratif, qui a vendu symboliquement des parcelles de terrain à raison de 10 dollars le mètre carré. Son dépliant suggérait à chaque foyer de Saint-Jean-Port-Joli de « se faire un devoir d'acquérir au moins un mètre carré ». Première étape : la restauration du promontoire d'où l'écrivain observait les oies blanches au temps des grandes migra­tions. Des fouilles archéologiques ont ensuite permis de sortir de terre plus de 35 000 artefacts - poteries, ustensiles, monnaies - et une glacière datant de 1780.

L'étape suivante s'avéra plus ardue. Où trouver le 1,2 million de dollars nécessaire à la reconstruction du manoir ? Prêteurs et donateurs ne se bousculaient pas au portillon. « Ni Québec ni Ottawa ne s'y intéressaient », dit l'historien Jacques Castonguay, biographe de Philippe Aubert de Gaspé. « Ils ont bougé quand Jean-Louis Chouinard, l'actuel président de la Corporation, a versé 250 000 dollars de sa poche. »

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