La meilleure musique de 2013 (selon ce blogueur)

Voici non pas un pas un palmarès ou un «top», mais bien une sélection — dans le désordre complet — des meilleures musiques que notre blogueur Mathieu Charlebois a entendues cette année.

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Je n’aime pas faire des listes (je laisse le reste de la planète s’en charger), mais j’aime partager de la bonne musique. Voici donc non pas un pas un palmarès ou un top, mais bien une sélection dans le désordre complet des meilleures musique que j’ai entendues cette année.

Comme il y en a beaucoup (38 pièces, 2h40 de musique), j’ai séparé le tout en trois «mix». Bonne écoute !

(Suffit de peser sur le petit bouton play dans les gros rectangles.)
(Photo de Ukulélé : xxintention, Deviantart)

« Les détours » — Chantal Archambault — Les élans

Sur son deuxième album, l’Abitibienne chante un amour physique, charnel et plein de désir. Elle le fait avec ce petit « twang » country dans la voix, celui qui fait que quand ça fait mal, ça fait encore plus mal, et que quand ça va bien… ben ça fait mal quand même. Le réalisateur Dany Placard a su tirer une redoutable efficacité des musiciens et des chansons qu’on lui a apportées. On se retrouve donc avec de petites bombes comme la chanson « Les détours » et de très beaux moments comme « Les vivaces ». Les élans est l’un des bons disques du début de 2013.

« Chainsaw » — Tire Le Coyote — Mitan

Tire le coyote, Benoit Pinette de son vrai nom, fait un country qui évoque le sable rouge, les canyons et les plaines arides. Des plaines qu’on traverse seul et mélancolique, un coyote hurlant dans le lointain. Ce n’est pas la joie, son disque Mitan, mais Pinette a une voix tout à fait adaptée à ce qu’il chante, comme un Neil Young en plus aérien.

« L’amour c’est pas pour les peureux » — Vincent Vallières — Fabriquer l’aube

Oui, Vallières a fait du Vallières. Il a son style et il ne semble pas prêt d’en déroger, mais on sent le travail, on sent la sueur, on sent l’honnêteté. Et on aime. L’homme a ce talent pour parler (oui, techniquement, il chante, mais ses chansons sont souvent comme une conversation intime entre deux personnes) simplement de choses simples. Quand il chante « Ce que je veux te dire maintenant / Compte plus que n’importe quoi / Je veux passer le reste de mes jours / Avec toi » (sur «Avec toi», quiconque a déjà connu l’amour a la gorge nouée. Là où Kaïn, pour ne nommer qu’eux, aurait fait un fromage dégoulinant, Vallières fait de la chanson.

«La bête lumineuse» — Alex Nevsky — Himalaya mon amour

Le deuxième album d’Alex Nevsky débute sur quelques bombes pop, avant de passer en mode plus introspectif et dénudé, tel un disque vinyle avec une face A et une face B. Chose rare : Nevsky excelle à peu près également dans les deux genres.

«Lost It To Trying» — Son Lux — Lanterns

S’il y a un musicien à qui l’absence de Sufjan Stevens sur la scène musicale sert bien, c’est bien Son Lux. Son album Lanterns est orchestral, électronique, sensible, expérimental et accessible, tout ça en même temps.

«Girophares» — Jérôme Minière — Jérôme Minière danse avec Herri Kopter

Comme le titre ne l’indique pas du tout, il s’agit d’un album-concept autour du thème de la machine et de sa présence dans nos vies. Il s’agit donc vraiment d’un album de musique électronique : une musique faite avec des machines, oui, mais qui en parle aussi! La chanson «Quelque chose de rectangulaire», en particulier, interroge cette habitude toute moderne de fixer constamment le téléphone intelligent placé au creux de notre main. Malgré tout, le chanteur y met un peu moins de tête et un peu plus d’instinct et de groove qu’à l’habitude. Ça marche! On danse pour vrai.

«Marie les bleus» — Jimmy Hunt — Maladie d’amour

Avec son premier album, Jimmy Hunt avait fait un malheur chez les amateurs d’indie-folk un peu branchés. Sur Maladie d’amour, Hunt est encore un parolier au romantisme acide, mais le musicien pige cette fois-ci dans les sonorités et les claviers des années 1970. Juste assez, pas trop. Le changement de son surprend parfois, mais au final, il fonctionne très bien.

«Armée de montgolfières» — Jason Bajada — Le Résultat de mes bêtises

Ses albums folk-pop en anglais sont très bons, mais ils se fondent dans la grande mer anglophone et peinent à se démarquer. Pour la première fois, le voici en français, avec Le résultat de mes bêtises. C’est un album riche qui, si le monde est bien fait, devrait lui amener au Québec la notoriété qu’il mérite.

«Ich schreib’ dir ein Buch 2013 (feat. Hildegard Knef)» – DJ Koze – Amygdala

«Ingenue» – Atoms For Peace – Amok

Une anomalie cette année : un album qui contient une bonne quantité de pièces incroyables, mais qui n’arrive pas à briller de façon éclatante pour autant. Étrange. N’empêche, il permet de patienter en attendant le prochain Radiohead.

«Joy» – Random Recipe – Kill the Hook

Pour leur deuxième album, Kill the hook, le quatuor a affiné sa recette (comment ne pas faire le jeu de mots?) de groove, de rap, de chant, de synthétiseurs et d’instruments acoustiques. Le résultat est plus que convaincant. Vous avez aimé le premier album? Courez acheter celui-ci. Vous n’aviez pas aimé? Courez leur donner une autre chance.

«Mon cœur» — Ludo Pin — Paris-Montréal

Ludo Pin propose une musique qui n’est pas sans rappeler une version un peu plus rugueuse de celle de son compatriote Jérôme Minière, autre Montréalais d’adoption. Un son plus rugueux et vitaminé qu’on doit en partie au travail de réalisation du musicien Navet Confit. Celui-ci lui a fait entrer plus de mélodies et des chœurs dans l’univers de Ludo Pin. Le parler-chanter du premier album (Ludo Pin, 2004) est un peu remisé pour laisser la place à des mélodies plus assumées. Le groove reste quand même bien au centre des chansons du disque. Un groove alimenté notamment par les claviers d’Ariane Moffatt, qui donne un coup de main sur une bonne partie de l’album. Décidément, le jeune homme a le don de se faire de bons amis!

«Des choses à faire» — Navet Confit — LP4 — la vérité sur Noël

Le Navet a fait paraître trois disques simultanément il y a peu de temps. Si vous devez n’en écouter qu’un seul, choisissez La vérité sur Noël.

«Le pari de Pascal» — Panache — Vie de velours

Pour ceux qui aiment leur pop sale et bruyante, mais accrocheuse, c’est le disque de Panache qu’il vous faut. En une douzaine de petites bombes un peu punk, l’album Vie de velours rend dépendant au plaisir de monter un peu le son pour chanter leurs mélodies délicieusement sucrées. Même ceux qui, normalement, n’aiment pas trop quand ça fait du bruit (je lève la main) y trouveront leur plaisir.

«Stare at the Sun» – Eleanor Friedberger – Personal Record

Cette chanson, c’est du bonbon. Du bon bonbon.

«New» – Paul Mccartney – New

Le nouvel album McCartney ne m’a pas conquis en entier, mais la pièce-titre est simplement irrésistible.

«Open» — Rhye — Woman

Si vous aimez les albums sensuels, vous aimerez cet album.

«Afterlife» – Arcade Fire – Reflektor

Un disque trop long, par des artistes qui dépassent parfois les bornes de la quête du cool et de l’aura de mystère. Un disque auquel je trouve encore bien des défauts, plusieurs semaines après sa sortie, mais à qui je commence à trouver de plus plus de qualités. Un disque qui contient «Afterlife» ne peut pas être un mauvais disque.

«Cirrus» — Bonobo — The North Borders

Sur son cinquième opus, le musicien anglais ne réinvente pas le downtempo, mais il en applique les règles avec brio. On a affaire à un album avec de l’âme, des ambiances travaillées et des orchestrations riches, très organiques. Bonobo y disperse avec doigté cordes, harpe et clarinette basse, qu’il appose à ses découpages et qu’il frotte aux rythmes, aux synthés 8-bit et aux quelques chanteurs invités. Le musicien prouve que le style qu’il pratique a encore des choses à offrir.

«When A Fire Starts To Burn» – Disclosure – Settle

L’album a plu à beaucoup de gens cette année. Pour ma part, je l’ai trouvé bien, mais pas génial. Cette pièce, par contre… cette pièce !

«Don’t Get Là» — Misteur Valaire — Bellevue

Pour ce quatrième opus, Bellevue, la troupe y va un peu plus lourdement qu’à l’habitude. Bien que plus denses et carrées qu’auparavant, les 11 pièces, majoritairement instrumentales, sont encore une fois d’une grande qualité. Pourquoi ce groupe n’est-il pas plus connu à l’international ou même ici? C’est un véritable mystère.

«Mon cou» — Alaclair Ensemble — Les maigres blancs d’Amérique du Noir
«Gruau Remix (feat. Maybe Watson, Koriass & Ogden)» – Loud Lary Ajust – Gully Plus

Vous l’a-t-on dit ? Le hip-hop se porte exceptionnellement bien ces temps-ci, au Québec. Même pour ceux qui ne pensaient jamais vouloir en écouter. Peut-être surtout pour eux, même.

«Open Eye Signal» — Jon Hopkins — Immunity

Avec ce troisième album, le musicien anglais offre un disque qui pourrait (et devrait) séduire ceux qui croient que la musique électronique est désincarnée et froide. Parce que justement, elle est tout le contraire ici. Des rythmes de club qui émeuvent? Oui, ça se peut. Il faut écouter Breathe this Air et son piano sensible intégré aux couches électros, ou alors la plus mordante Open Eye Signal, pièce fulgurante et véritable chef-d’œuvre, pour s’en convaincre.

«Jé$us» — Dead Obies — Montréal $ud

Le rap québécois va bien, preuve #3.

«Quel ami ?» — Holden — Sidération

Il a beau exister depuis 15 ans et ne proposer que des merveilles de disques, le duo français Holden (devenu trio sur ce disque) mène une carrière confidentielle. Allez comprendre. Pourtant, les chansons de Holden, c’est tout simple, surtout sur cet album, leur plus minimaliste en carrière. Les mélodies ont parfois des airs de comptine, la voix est claire et n’est souvent accompagnée que de quelques guitares. Mais quand on y plonge, ces mêmes chansons d’apparence simplette se révèlent d’une richesse fascinante, comme une série de petits objets finement sculptés qu’on peut examiner longuement à la loupe. Les petites merveilles s’empilent sur Sidération, un disque aventureux qui ne devrait pas pour autant être réservé aux aventuriers de la chanson.

«Ici hier» — Albin De La Simone — Un homme

Après le flop qu’était son album Bungalow (vous n’en avez pas entendu parler ? Très bien.), le Français Albin de la Simone propose une réussite : l’album Un homme. Avec sa voix qui ne chante pas trop fort, des textes intimes, de bonnes mélodies et des arrangements efficaces, sans trop de gadgets, de la Simone a choisi de se concentrer sur ce qu’il fait le mieux. Il en résulte ce qui est peut-être son meilleur disque.

«I’ll Be Around» – Yo La Tengo – Fade

Plus Yo la tengo vieillit, plus je les aime. Ce n’est pas leur meilleur album en carrière, mais j’en prendrais quand même un par année comme ça.

«Station Wagon» — Louis-Philippe Gingras — Traverser l’parc

Dès la première écoute de Traverser l’parc, on pense à Fred Fortin, Pépé et Dany Placard (qui réalise l’album). Ces rappels ne font pas pour autant disparaître la personnalité de Louis-­Philippe Gingras — une personnalité forte, mais difficile à cerner. Est­-ce un poète ou un comique ? Est­-il niaiseux ou tout à fait brillant ? Est-il un chanteur un peu moyen, ou un très bon qui plie sa voix à son style ? La réponse : tout ça en même temps. On l’entend sensible dans « Andromède », rigolo dans l’accrocheuse « J’ai quand même le droit de te chanter du country », pile entre les deux dans « Rouler dans l’noir ». L’amalgame de toutes ces intentions aurait pu mal virer, mais au contraire, il donne ici un premier album solide et cohérent. Décidément, le lauréat de Petite-­Vallée est un talent brut.

«Almost Everything» — Hayden — Us Alone

Depuis sept albums, Hayden chante un peu mollement des chansons qu’il enregistre en solitaire. L’Ontarien travaille en artisan, tranquillement, une chanson après l’autre. Sur son plus récent, Us Alone, il joue encore une fois de tous les instruments, dans son studio maison et confectionne un disque personnel, tranquille, parfois magnifique. «Almost Everything» est le récit de sa relation avec la musique. Un récit dans lequel plus d’un musicien se retrouvera.

«Dommage que tu sois déjà pris» — Avec Pas D’casque — Dommage que tu sois pris

Avec ce EP, on a l’impression qu’Avec pas d’casque boucle un cycle, ferme un livre. On a hâte de voir où le groupe va aller maintenant.

«Inutile» — Cou coupé — Chansons d’ascenseur, d’escalier et de chute libre

Permettez-moi d’écrire en majuscules, quelques instants : CECI EST LE MEILLEUR DISQUE DE 2013. C’est un véritable ovni, qui va de façon brouillonne dans tous les sens en même temps, en suivant son instinct, porté par des textes extraordinaires. En bon ovni, il échappe à toute description, c’est pourquoi je vous envoie plutôt l’écouter sur Bandcamp. Vous l’ai-je dit ? C’EST LE MEILLEUR DISQUE SORTI CETTE ANNÉE.

«Mercredi» — Marcie — Marcie

Marcie fait dans la chanson à texte d’une tradition plus souvent rencontrée de l’autre côté de l’Atlantique que dans le Saguenay natal de la chanteuse. Son premier album contient du bon, mais aussi du matériel un peu usé, malgré les arrangements. Surtout, l’album de Marcie contient cette magnifique chanson.

«Le Pardon du marié» — Galant tu perds ton temps — Soyez heureux

Galant, tu perds ton temps, ce sont cinq femmes qui chantent des chansons traditionnelles, accompagnées d’un percussionniste discret et efficace. Et Soyez heureux, c’est l’un des meilleurs disques que j’ai entendu depuis le début de l’année. Le travail d’arrangement est remarquable, créatif, audacieux et efficace. Les chansons ont été choisies et agencées pour créer des triptyques racontant les vies de cinq femmes, une bonne idée superbement appliquée. Les cinq voix ne sont pas parfaites, mais elles ont de la personnalité à revendre, et les dames sont des interprètes formidables. Je vous mets au défi de ne pas avoir le frisson, voir même le motton, en écoutant «Le pardon du marié» ou «La complainte de Sainte-Marie».

«In Kind» — Braids — Flourish //Perish

Braids, groupe de Calgary installé à Montréal, est récemment passé de quatuor à trio. Mais si c’est la claviériste qui a quitté le groupe, c’est plutôt la guitare qui est disparue sur leur deuxième album. Flourish //Perish propose des paysages électroniques minimalistes, mais complexes, sur lesquels se pose une voix claire, aérienne. Le disque compte quelques longueurs, excusées rapidement par ses moments de beauté, notamment la pièce finale, « In kind ».

«What Are They Doing in Heaven Today?» – Colin Stetson – New History Warfare Vol. 3: To See More Light

Seul en studio, toujours en une seule prise, Stetson frappe comme sur des percussions les clés de son immense saxophone basse. Tout l’instrument est mis à profit pour produire une musique des plus étranges, qu’on croirait à tort manipulée électroniquement. Or, il n’en est rien. Sur To See More Light, Colin Stetson se permet d’être un peu moins seul par moment. Des voix viennent l’accompagner sur quelques pièces, dont celle du renommé chanteur Bon Iver. Ceux qui ont beaucoup écouté New History Warfare Vol.2 trouveront peut-être que le musicien n’est pas loin de se répéter. Que voulez-vous : il y a des limites à ce qu’un homme seul avec son saxophone peut accomplir. Le disque ferme la trilogie de New History Warfare. Où ira le musicien, maintenant ? Je doute qu’il ait encore quelque chose à proposer dans le format solo qui l’a si bien servi sur ces trois disques. À entendre le résultat de ses explorations avec Bon Iver, on se prend à souhaiter un album de duo saxophone-voix.

«Song for Zula» – Phosphorescent – Muchacho

Quand on passe son temps à courir après de la nouvelle musique, quand c’est notre métier de le faire, on finit toujours avec plus de disques qu’il n’y a de temps dans une journée pour se les mettre dans l’oreille. Je n’ai donc pas eu le temps d’écouter vraiment l’album de Phosphorescent. «Song for Zula», par contre, m’a charmé à la première écoute et s’est retrouvée en rotation régulière chez moi. Ma résolution pour 2014 : écouter le reste du disque !

«What Does It All Mean» – Socalled – The Season

Sans être parfaite, la comédie musicale de Socalled avait ses bons moments, dont cette finale a capela en forme de questionnement existentiel.

Un commentaire à propos de “La meilleure musique de 2013 (selon ce blogueur)

  1. Je suis un peu surpris de ne pas retrouver de pièce de l’album de The National (Trouble Will Find Me), mais reste que j’aime beaucoup votre sélection après un coup d’œil rapide. J’écouterai les 3 mixes avec plaisir!

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