Le Québec des années dures renaît sous la plume de Marie Laberge. De la crise économique des années 30 à la guerre et à la Grande Noirceur, 50 ans de lutte pour la modernité.
Gabrielle, Edward, Adélaïde, Florent, Germaine, Georgina, Reine, Nic et les autres... Tous les noms des personnages sont inscrits sur de petits papiers jaunes collés à sa minuscule table de travail. "Il me fallait une méthode pour m'y retrouver dans cette famille imaginaire", dit la romancière. Cloîtrée dans un chalet à Eastman, aux abords d'un lac aussi argenté que sa célèbre chevelure, Marie Laberge n'a surtout pas le temps de s'abandonner à la douceur de ce matin d'octobre ensoleillé. Entre deux cafés au lait, elle "surmonte" et corrige ses épreuves avec le zèle d'un bénédictin. Son roman Gabrielle, premier tome d'une trilogie intitulée Le Goût du bonheur, s'étend sur 617 pages. Il sera lancé le 29 novembre, la journée même où l'auteur célébrera ses 50 ans, quelques jours à peine après la première de sa pièce Oublier à la salle du Vieux-Colombier de la Comédie-Française, à Paris. Fait inusité dans la petite république du livre québécois: quelque 400 lecteurs et lectrices de Marie Laberge, choisis par tirage, pourront assister au lancement de Gabrielle et participer à la fête.
"Ça fait au moins 10 ans qu'elle m'en parle, de cette saga. C'était son grand projet pour l'an 2000. Pour elle, c'est une sorte d'accomplissement", dit Pascal Assathiany, directeur général des Éditions du Boréal. Le deuxième tome, Adélaïde, sera offert au public en avril 2001, à temps pour le Salon du livre de Québec. Le troisième, Florent, paraîtra en novembre 2001.
En quelque 2 000 pages, Marie Laberge y raconte en long et en large l'histoire d'une famille de la Haute-Ville de Québec. À travers le destin de Gabrielle, Edward et leurs enfants, elle brosse une fresque du Québec de l'avant-guerre. "Si certains pensent que beaucoup d'écrivains québécois manquent de souffle, ils constateront que Marie Laberge n'est pas du nombre", dit Jean Bernier, son conseiller littéraire.
Avant de se lancer dans cette entreprise titanesque, Marie Laberge s'est imposé de longues recherches historiques. "Je ne suis pas là pour enseigner l'Histoire avec un grand "H". J'espère simplement en faire sentir le passage. Je serai quand même heureuse si un lecteur ne s'attarde qu'à la trame et aux personnages. C'est déjà beaucoup."





