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L'année Vanasse


28 Mars 2011

On la verra partout en 2011. Même dans un film de Woody Allen ! Actrice de théâtre et de cinéma, productrice, l’enfant chérie des Québécois ne cesse de se lancer des défis. Mais qu’est-ce qui fait courir Karine Vanasse ?

L'année Vanasse
Photo : Keystone

Je ne l'ai pas reconnue tout de suite. Cette fille souriante qui venait vers moi, était-ce bien la comédienne et productrice de Polytechnique, que j'avais rencontrée il y a deux ans ? Crispée, tendue, elle était alors prête à défendre bec et ongles le film au sujet tabou - la tuerie de Polytechnique Montréal, en 1989 -, que le public et la critique attendaient de pied ferme. « J'étais terrorisée à l'idée qu'il soit mal reçu », admet-elle à propos de ce long métrage, unanimement salué depuis. « Aujourd'hui, tout va bien. »

Il y a de quoi : 2011 est « l'année Vanasse ». Au Québec et en France, au théâtre comme à l'écran, la comédienne de 27 ans sera partout. Elle a même tourné dans le plus récent film de Woody Allen, Midnight in Paris ! « C'est tellement incroyable, dit-elle en riant. Pour me prouver que je n'ai pas rêvé, je dois regarder les photos de paparazzi sur lesquelles on voit la vedette, Marion Cotillard, au premier plan, et moi derrière, un peu floue. »

Il suffira cependant que le magnéto se mette en marche pour que je retrouve Karine Vanasse telle qu'elle était dans mon souvenir : une perfectionniste absolue, muette sur ses failles.

Pour causer boulot et philosopher, la jeune femme est toujours prête. Elle parle même d'abondance. Mais tenter de l'amener sur le terrain des angoisses ou des rendez-vous manqués ne sert à rien. Au mieux, elle y ira d'une réponse passe-partout, comme : « Des regrets ? J'essaie de ne pas en avoir. » Le plus souvent, elle se défilera habilement. Chaleureuse, mais inaccessible.

Cette carapace, Dany Turcotte l'avait attaquée sans ménagement en 2006 à Tout le monde en parle. « T'as l'air d'une femme de 40 ans. [...] Tu te tiens-tu avec Andrée Lachapelle ? [...] As-tu déjà eu une adolescence ? Des boutons, quelque chose ? » La comédienne inoxydable était au bord des larmes. L'apparence lisse n'est qu'illusion : Karine Vanasse est un condensé d'émotions, de sensibilité et de fragilité. Maîtriser son image est devenu chez elle un réflexe de survie.

Propulsée sous les projecteurs à 15 ans par le fulgurant succès d'Emporte-moi, en 1999, cette « fille lumière » - comme la surnommait la réalisatrice Léa Pool en faisant allusion à son éclat intérieur - a vite choisi de garder sa vie privée à l'ombre pour ne pas se faire dévorer. Ses états d'âme, elle préfère les réserver à ses personnages.

La comédienne a incarné Donalda la sainte dans Séraphin : Un homme et son péché (Charles Binamé, Jutra de la meil­leure actrice en 2003), joué la résistante dans Heads in the Clouds (John Duigan, aux côtés de Charlize Theron et de Penélope Cruz, 2004), personnifié une reine dans Marie-Antoinette (Yves Simoneau et Francis Leclerc, 2006) et une pute dans Ma fille, mon ange (Alexis Durand-Brault, 2007). Sans parler du magistral Polytechnique (Denis Villeneuve, 2009), dans lequel son interprétation de Valérie lui a valu le Génie de la meilleure actrice.

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