En matière de culture, Montréal est comme une ville dotée d’installations olympiques à tous les coins de rue, mais où plus personne ne fait de l’exercice, s’inquiète le président de Culture Montréal, Simon Brault. Il faut, dit-il, créer des programmes pour aider de nouveaux publics à « participer ».

Dites les mots « art », « culture », « patrimoine » et il accourt. Toujours partant pour un comité, une commission, une conférence, ici ou à l'étranger. Directeur de l'École nationale de théâtre du Canada, président de Culture Montréal, vice-président du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, « activiste culturel » passionnément montréalais, est un alliage de verve populaire, de finesse rhétorique et d'habileté médiatique. Il est si aimable qu'on le croirait en campagne électorale.
Fin septembre, il lançait Le facteur C : L'avenir passe par la culture (Les Éditions Voix parallèles), un essai sur la culture comme moteur de croissance économique et sociale. L'auteur connaît son livre par cœur, en cite à l'occasion des passages. L'actualité l'a rencontré à son bureau de l'École nationale de théâtre.
L'avenir passerait donc par la culture, si l'on en croit le sous-titre de votre ouvrage ?
- L'avenir des villes, des nations, des pays repose sur une valorisation des arts et de la culture, qui sont un facteur de formation et de définition de chaque être humain et qui lui donnent une prise sur les enjeux de civilisation à l'ère de la mondialisation.
Vous prônez la démocratisation de l'accès à la culture. N'est-ce pas aussi utopique que de réclamer la justice pour tous ?
- On ne pourra pas améliorer les systèmes de santé ou de justice, ou le secteur culturel, si on n'a pas une utopie fondatrice. Le jour où on abandonne ces idéaux-là, on devient méprisant, arrogant ou blasé, ou un fonctionnaire obtus. Il n'y a pas que le commerce dans le monde, il y a aussi des principes humanistes.
Vous incitez les gens à exprimer leur créativité. Aujourd'hui, tout le monde croit qu'il peut devenir artiste, avec une rage d'être reconnu le plus vite possible.
- Tout le monde ne veut pas être artiste. Il suffit d'examiner la condition des artistes professionnels pour s'en convaincre : au Québec, il n'y aurait que 20 % d'entre eux qui gagnent plus de 50 000 dollars par année.
Mais chaque personne aura un rapport plus satisfaisant avec la culture si elle a pris l'habitude d'entretenir un talent particulier. Les gens qui chantent dans une chorale n'envisagent pas d'en faire une carrière, mais leur engagement envers l'art est concret et profond, et il les dispose à aller voir et entendre des artistes professionnels. Il est démontré que la fréquentation culturelle entraîne une plus grande fréquentation culturelle, même dans des couloirs plus étroits que la moyenne, comme la danse et l'art contemporain.
À Montréal, l'offre culturelle, trop abondante, ne peut-elle pas décourager le spectateur le mieux intentionné ?





