Culture »

Le flambeau aux jeunes


9 Juillet 2010

La Révolution tranquille a donné des institutions à la culture. Pour Lise Bissonnette, ce n’est plus le temps de les consolider, mais d’en créer de nouvelles, où la jeune génération pourra s’exprimer.

Entretien avec Lise Bissonnette : Le Flambeau aux jeunes
Photo : Mathieu Rivard

50e anniversaire de la Révolution tranquille : des personnalités font le point...
(2e d'une série de 5)


« J'ai eu 15 ans en 1960 et j'ai découvert le monde », affirme celle dont tous ont finalement reconnu le mérite dans l'incontestable succès qu'est la Grande Bibliothèque. Lise Bissonnette accède à la vie adulte au moment où fleurit la Révolution tranquille. Chez les Sœurs grises, qui donnent les quatre premières années du cours classique à Rouyn-Noranda, elle vit les dernières heures de ce qu'on a appelé la « Grande Noirceur ». « Quand tu posais une question en classe pour savoir pourquoi telle chose n'était pas permise, on te disait de te taire », se souvient l'ancienne directrice du Devoir.

Ce sont les mêmes religieuses qu'elle retrouve en 1960 à l'école normale de Hull [aujourd'hui Gatineau], mais là, déjà, le climat change et le vieux système craque de partout. « Ça commençait à devenir facile de tricher, de se sauver, d'aller au cinéma en racontant qu'on allait faire une promenade. » Les sœurs, se souvient-elle, « étaient terrorisées » par ce qui se passait au début des années 1960. Même le rapport Parent, la bible qui a inspiré la grande réforme de l'éducation, était considéré par celles-ci comme un livre subversif. Pourtant, il se trouvait parmi ses auteurs un monseigneur (Alphonse-Marie Parent) et une religieuse (Ghislaine Roquet).

La jeune Abitibienne, ardente prosélyte des idées nouvelles, est finalement invitée par la direction de l'école normale à aller se faire instruire... ailleurs, car son influence est considérée comme « nuisible ». Lise Bissonnette se retrouve donc à Montréal, en 1964, et s'engage à fond dans le mouvement étudiant, où la grande idée était celle de la construction d'un État québécois. « L'État, c'était le mot clé pour nous. C'était l'essentiel de notre pensée sociale. On se disait socialistes. Tout devait être public. »

De ces années où s'est construit un État moderne au Québec, Lise Bissonnette a conservé le sens du service public. Elle a constamment défendu la nécessité d'avoir des institutions qui encadrent et fassent vivre la culture particulière qui est celle du Québec. C'est ce qui l'a inspirée dans la création de la Grande Bibliothèque et c'est la leçon qu'elle tire de l'expérience vécue de la Révolution tranquille.

Qu'a signifié pour vous la Révolution tranquille ?

- Je n'ai que de beaux souvenirs de cette époque. Je dis que j'ai eu 15 ans dans la noirceur et 20 ans dans la lumière. Cela a été une époque de libération. C'est la différence avec aujourd'hui, où les jeunes ont toutes les libertés. Quand tu as 17 ou 18 ans et que tu transgresses, alors c'est extraordinaire. La transgression, ça te pousse, ça te stimule. J'ai eu la chance de pouvoir me dire : je me forge contre quelque chose, je me forge intellec­tuellement, personnellement. C'était exaltant.

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Commentaires (2)

Investir dans la culture,

Investir dans la culture, c'est le meilleur investissement, celui qui rapporte le plus en retombées financières, en qualité de vie améliorée et en création d'emplois dans les domaines de pointe.

L'entrevue de Mme Bissonnette

L'entrevue de Mme Bissonnette est fort intéressant. La grande bibliothèque de Montréal est une vraie réussite auprès du public, elle en a été la principale responsable et avec quelle modestie. Comme elle a raison pour l'action limitée du rayonnement culturel à l'échelle internationale. Le rayonnement de la culture d'un peuple, c'est d'abord dans le pays qu'il doit se manifester, et c'est surtout là qu'il exerce une véritable influence qui dure et se prolonge dans le temps.
Quant à la beauté du Québec, j'émets ici quelques réserves. Les paysages du Québec sont parmi les plus beaux au monde. Un travail important a déjà été fait au centre-ville de Montréal. On a d'abord arrêté de démollir inutilement. Une chose est fantastique dans la ville de Montréal : c'est son espace, mais pas suffisamment exploité. Par rapport à l'Europe, cela est fantastique. Mais il manque "tout plein d'arbres" au centre-ville alors que la ville a l'espace pour en recevoir des centaines. Je suis certaine que cela viendra. Mais une chose nuit énormément à la beauté de Montréal: ce sont les boîtes carrées et affreuses des climatiseurs . Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi laid.

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