La Révolution tranquille a donné des institutions à la culture. Pour Lise Bissonnette, ce n’est plus le temps de les consolider, mais d’en créer de nouvelles, où la jeune génération pourra s’exprimer.

50e anniversaire de la Révolution tranquille : des personnalités font le point...
(2e d'une série de 5)
« J'ai eu 15 ans en 1960 et j'ai découvert le monde », affirme celle dont tous ont finalement reconnu le mérite dans l'incontestable succès qu'est la Grande Bibliothèque. Lise Bissonnette accède à la vie adulte au moment où fleurit la Révolution tranquille. Chez les Sœurs grises, qui donnent les quatre premières années du cours classique à Rouyn-Noranda, elle vit les dernières heures de ce qu'on a appelé la « Grande Noirceur ». « Quand tu posais une question en classe pour savoir pourquoi telle chose n'était pas permise, on te disait de te taire », se souvient l'ancienne directrice du Devoir.
Ce sont les mêmes religieuses qu'elle retrouve en 1960 à l'école normale de Hull [aujourd'hui Gatineau], mais là, déjà, le climat change et le vieux système craque de partout. « Ça commençait à devenir facile de tricher, de se sauver, d'aller au cinéma en racontant qu'on allait faire une promenade. » Les sœurs, se souvient-elle, « étaient terrorisées » par ce qui se passait au début des années 1960. Même le rapport Parent, la bible qui a inspiré la grande réforme de l'éducation, était considéré par celles-ci comme un livre subversif. Pourtant, il se trouvait parmi ses auteurs un monseigneur (Alphonse-Marie Parent) et une religieuse (Ghislaine Roquet).
La jeune Abitibienne, ardente prosélyte des idées nouvelles, est finalement invitée par la direction de l'école normale à aller se faire instruire... ailleurs, car son influence est considérée comme « nuisible ». Lise Bissonnette se retrouve donc à Montréal, en 1964, et s'engage à fond dans le mouvement étudiant, où la grande idée était celle de la construction d'un État québécois. « L'État, c'était le mot clé pour nous. C'était l'essentiel de notre pensée sociale. On se disait socialistes. Tout devait être public. »
De ces années où s'est construit un État moderne au Québec, Lise Bissonnette a conservé le sens du service public. Elle a constamment défendu la nécessité d'avoir des institutions qui encadrent et fassent vivre la culture particulière qui est celle du Québec. C'est ce qui l'a inspirée dans la création de la Grande Bibliothèque et c'est la leçon qu'elle tire de l'expérience vécue de la Révolution tranquille.
Qu'a signifié pour vous la Révolution tranquille ?
- Je n'ai que de beaux souvenirs de cette époque. Je dis que j'ai eu 15 ans dans la noirceur et 20 ans dans la lumière. Cela a été une époque de libération. C'est la différence avec aujourd'hui, où les jeunes ont toutes les libertés. Quand tu as 17 ou 18 ans et que tu transgresses, alors c'est extraordinaire. La transgression, ça te pousse, ça te stimule. J'ai eu la chance de pouvoir me dire : je me forge contre quelque chose, je me forge intellectuellement, personnellement. C'était exaltant.






