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Le loup dans Labergerie


10 Octobre 2007

Après un silence livre de six ans, Marie Laberge refait surface avec son premier polar. Oubliez sa saga Le goût du bonheur. Cette fois, ça va saigner !

Demandez à Marie Laberge pourquoi elle va s’encanailler du côté de la littérature de gare et vous aurez une réponse à vous dévisser la tête. « Franchement, y’a plus personne à la gare. Tout le monde est rendu à l’aéroport ! » Elle lance sa réplique comme un soufflet, flic flac, puis rugit de rire. « Quins toé. »

La star du roman québécois se fout de savoir si sa littérature est savante ou populaire. L’histoire est-elle bonne, oui ou merde ? À 56 ans, elle ose un premier polar, Sans rien ni personne. Un suspense serti d’émotion, d’humour et d’érotisme. « Je ne tiens pas aux descriptions sanguinolentes, jure-t-elle. Mais le crime doit être saisissant pour qu’on cherche à le résoudre des années plus tard. La victime excite d’autant plus notre compassion qu’elle est massacrée. Et seule... »

Le 1er juillet 1972, dans un pauvre deux-pièces de Montréal, une jeune Française se vide de son sang. Dans ses bras, son bébé mort-né ; dans son ventre, 25 coups de couteau. Trente-cinq ans plus tard, le meurtrier court toujours. Jusqu’à ce que deux enquêteurs, un Parisien et une Montréalaise, remontent cette piste froide semée de meurtres irrésolus, de Saint-Pierre-et-Miquelon jusqu’aux îles de la Madeleine.

« N’en dites pas trop. Il ne faut pas gâcher le plaisir des lecteurs », m’intime gentiment l’auteure — tête de star du cinéma en noir et blanc, sourire à lui fêler le maxillaire.

À la pâtisserie où se déroule l’entrevue, un serveur présente un plateau de crèmes glacées à déguster. Marie Laberge choisit un échantillon marbré de bronze. « Ah ! Je tuerais pour du caramel ! » Elle pique dedans une cuillère goulue, vive, imparable. On l’imagine poignardant un personnage.

Le loup est entré dans Labergerie. Étonnant ? En fait, il a toujours été là. Dans la pièce Le Night Cap Bar (1997), trois barmaids sont suspectées de meurtre ; dans le roman Le poids des ombres (1994), une jeune femme reconstitue à partir d’archives la vie de sa mère, décédée. La vingtaine de romans et de pièces de l’écrivaine débordent de viols, d’incestes, de suicides et autres joyeusetés. De mystères, aussi.

« Sans rien ni personne est tellement un roman de Marie Laberge ! s’exclame Jean Bernier, son éditeur au Boréal. Les gens qui aiment sa façon extraordinaire d’aller au fond de la nature humaine vont se retrouver dans ce suspense très réussi. »

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