Les anglos d’aujourd’hui : le boulot et l’amour

 

par Roch Côté

Les anglophones de toutes origines ne sont plus aujourd’hui qu’une douzaine de milliers dans la région de Québec, soit moins de 2 % de la population, alors qu’ils en formaient près de 40 % au milieu du 19e siècle. Elle est bien terminée la grande époque où Québec, grâce à la construction navale, au commerce du bois et à son rôle de port d’entrée de l’immigration, était une ville internationale dans le vaste Empire britannique.

Le secteur des affaires était alors aux mains des anglophones. « Mais ils n’étaient pas tous riches, précise Louisa Blair. Ils comptaient même beaucoup de pauvres, de marins et de domestiques. » La rue du Petit-Champlain, par exemple, était peuplée d’Irlandais catholiques qui servaient de main-d’œuvre au port.

La Haute-Ville était le fief des riches, Anglais, Écossais et Irlandais protestants. Le quartier Montcalm, où se trouve aujourd’hui la très branchée rue Cartier, était anglophone à 60 % en 1861. « Encore dans les années 1930, dit Louisa Blair, il y avait beaucoup de rues, d’enseignes, de panneaux et de publicités en langue anglaise. On n’aurait pas dit que Québec était une ville française. »

Les temps ont bien changé. Les anglophones d’aujourd’hui sont bilingues à 86 % et le taux de roulement de leurs effectifs est très élevé : de 20 % à 25 % tous les cinq ans. Ce qui signifie qu’au bout d’une vingtaine d’années cette communauté s’est complètement renouvelée. « Les nouveaux arrivants nous viennent du reste du Canada et des États-Unis. C’est d’abord l’emploi qui les amène ici, mais ce sont aussi des histoires d’amour », précise Helen Walling, directrice de Voice of English Speaking Quebec, organisme sans but lucratif voué à la préservation de la communauté anglophone des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Malgré leur petit nombre, les anglos disposent de leur réseau scolaire et du cégep St. Lawrence, qui compte 850 étudiants. « De mon temps, on entendait parler anglais dans les corridors et les cours des écoles, mais aujourd’hui, c’est plutôt du français, dit Helen Walling. Beaucoup de francophones fréquentent notre dizaine d’écoles pour apprendre l’anglais. On ne s’en plaint pas, cela nous aide à les garder ouvertes. » Un regret, cependant : les employeurs de Québec, constamment à la recherche de personnel bilingue, accordent trop peu d’attention aux jeunes anglophones de la région, selon elle.

Les « Anglais » de Québec trouvent leurs lieux d’ancrage et d’échanges dans des outils culturels comme la Literary and Historical Society (qui loge au Morrin College), l’organisme Irish Heritage Quebec, l’hebdo Quebec Chronicle-Telegraph, CBC Radio et Global Television.

Le monde des affaires compte encore ses vedettes, notamment la famille Price, toujours active, et dont le nom demeure associé au seul « gratte-ciel » (18 étages !) du Vieux-Québec. De son côté, le commerçant Peter Simons, descendant de la famille écossaise qui a donné son nom à la chaîne bien connue, dont le premier magasin a été ouvert à Québec, a frappé l’imagination populaire en faisant récemment cadeau à Québec de la magnifique fontaine de Tourny, installée devant le parlement.

Une centaine de foyers réussissent à maintenir vivante la communauté anglicane autour de la cathédrale Holy Trinity. Promoteur du Québec historique et président de la fondation de la cathédrale, David Mendel incarne une nouvelle génération d’anglophones de Québec, très à l’aise en français, attachés à l’histoire de la ville et à la préservation de son patrimoine. La fondation a recueilli des dons auprès des particuliers et convaincu le ministère de la Culture ainsi que la Ville d’investir dans la restauration de l’église. Près d’un demi-million de dollars y seront consacrés. Le tiers a déjà servi à financer la restauration des huit cloches, qui s’est faite à Londres, dans l’atelier d’origine.

Le doyen de la cathédrale, le révérend Walter H. Raymond, aurait bien aimé que la reine Élisabeth II, gouverneure suprême de l’Église anglicane, soit invitée aux fêtes du 400e. « C’est un peu un membre de notre famille, dit-il avec le sourire. Mais l’intégration de la communauté anglophone est telle que la fête de la ville, c’est aussi la nôtre. On n’a aucunement le sentiment d’en être exclus. »

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