Dans ses romans, François Barcelo trucide à coups de pelle, de revolver ou de parapluie. Dans la vie? Il est d'une politesse exemplaire. Mais attention! L'homme est aussi inclassable que son oeuvre.
«Savez-vous quand j'ai commencé à regretter la mort de ma mère?» Pendant un an, François Barcelo a été poursuivi par cette phrase qui ouvre son plus récent roman, Cadavres. Le personnage de Raymond Marchildon, pathétique assassin d'occasion, a parfois des remords. Pas son créateur.
Avec Cadavres, en 1998, François Barcelo est devenu le premier Québécois publié dans la célèbre Série noire de Gallimard, le summum du polar. Les 6000 premiers exemplaires se sont envolés, et on en réimprime 3000. Un second roman, Moi, les parapluies, a été intégré à la collection en juin.
En avril, François Barcelo a obtenu le Grand Prix littéraire de la Montérégie, devançant des écrivains aussi consommés qu'Arlette Cousture, Yves Beauchemin et Noël Audet. Sa première récompense, malgré une oeuvre imposante. Dix-huit livres ont paru depuis ses débuts, en 1980: du tableau de moeurs à la science-fiction, du roman d'errance à la littérature jeunesse en passant par un guide pratique pour les amateurs montréalais de course à pied.
En ce bel après-midi d'avril, François Barcelo est content. Il vient de trouver le titre d'un prochain roman: Chiens sales. «Juste ce qu'il me fallait», dit-il en m'avançant avec courtoisie une chaise de bois poli. Sa minuscule cuisine vert menthe, qu'il a lui-même rénovée, est proprette et pimpante. Tout le contraire des lieux minables que fréquentent les personnages de ses polars.
Dans Cadavres, un assisté social pas très futé trucide sa mère. Au fil des chapitres, les morts se multiplient: une fille de la pègre, un jeune curé sexy, un ministre des Finances, que l'assassin décide, avec son bon sens caractéristique, d'enterrer dans le sous-sol de sa maison miteuse. Dans Vie sans suite, le roman que François Barcelo préfère, le narrateur va jusqu'à planter sa tente sur la fosse toute fraîche de sa victime!
Un bizarre mélange de violence pudique et d'érotisme pervers, de critique sociale et d'humour, de tendresse et de cynisme. Rien à voir avec Agatha Christie. Ni même avec le polar classique. Les romans de François Barcelo sont «inclassables», dit Carole Levert, cofondatrice des éditions Libre Expression, où ont paru la plupart de ses livres.
L'homme aussi est inclassable. Il a beau avoir assassiné des dizaines de personnages à coups de revolver, de pelle et même de parapluie, François Barcelo n'a rien d'une brute. Le petit homme de 58 ans, les yeux clairs, la barbe poivre et sel, est d'une exquise politesse. Un être «mystérieux», dit Carole Levert. Et paradoxal. Car s'il défend farouchement son intimité, François Barcelo est aussi un homme communicatif. Dans ses premiers livres, il donnait son adresse aux lecteurs; aujourd'hui, on peut le joindre par l'intermédiaire de son site Internet.





