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Les dernières flèches de Karkwa?


1 Septembre 2011

Après l’année la plus triomphale de son histoire, le groupe québécois de l’heure se trouve à la croisée des chemins. Poursuivre une carrière en français ? À condition de conquérir l’autre solitude. Pas gagné…

Après l’année la plus triomphale de son histoire, le groupe québécois de l’heure
Photo : Joannie Lafrenière

Louis-Jean Cormier se prend pour Michael Jackson le temps de quelques pas de danse dans une salle de quilles presque déserte. Par un bel après-midi de mars, dans un bled du centre de l'Ontario, le chanteur de Karkwa vient de marquer trois abats d'affilée devant ses potes. L'exploit lui inspire spontanément... un moonwalk.

Les gars de Karkwa n'ont rien des musiciens ténébreux que je m'étais imaginés en allant les rejoindre en train, réécoutant dans mon baladeur leur rock mélancolique et touffu. Ils sont aussi bouffons et sans prétention dans leur quotidien que sérieux dans leur démarche artistique. Même dans la morne ville de Peterborough, au cours d'une tournée ontarienne à la fois éreintante et arrosée, il y a de quoi les dérider : deux parties de quilles, trois pichets de bière, une assiette de hot-dogs « frettes » commandés dans leur anglais massacré, et les moqueries affectueuses d'une vieille gagne de chums.

Voir le photoreportage « Karkwa en cinq portraits et une trame sonore » >>

Cette virée, leur première au Canada anglais, est ce qu'on appelle une tournée « brune » dans le jargon karkwaïen. Les bars miteux à la sonorisation déficiente où le public écoute à moitié. Les loges mal chauffées. Le genre de salles pas très hospitalières où le groupe a longtemps roulé sa bosse. Après quatre albums et 10 ans de carrière, alors qu'ils sont bardés de trophées et chouchoutés par la critique au Québec, les cinq jeunes trentenaires retournent à la case départ. À Waterloo, London, Hamilton, Peterborough, Kingston, Ottawa et Toronto. Je les rejoins à mi-chemin du périple, curieuse de voir si le groupe québécois de l'heure peut accomplir ce qu'aucun autre n'a réussi : percer en français dans « l'autre solitude ».

« Ça fait du bien de revivre ça, dit Louis-Jean Cormier, brun bouclé aux grands yeux de gamin allumé. C'est très différent du Métropolis, où les spectateurs connaissent les paroles et t'acclament. Ici, il faut que tu te battes pour les gagner. » Les bons soirs, le courant passe entre le public et la bande - Louis-Jean au chant et à la guitare, François « Frank » Lafontaine aux claviers, Martin Lamontagne à la basse, Stéphane Bergeron à la batterie et Julien Sagot aux percussions. Mais il y a des jours où la route leur semble longue, et ces efforts de défrichage, incertains.

Nous ne sommes qu'à 500 km à l'ouest de Montréal, mais on se croirait sur une autre planète. Le nom du groupe n'apparaît nulle part sur la marquise du Red Dog, taverne rustique de Peterborough. C'est un trio anglo-montréalais, Plants and Animals, qui est la tête d'affiche de cette tournée, et Karkwa chauffe la salle.

Tandis que le groupe dégaine ses guitares orageuses et ses batteries galopantes, les spectateurs bavardent. Ils ne sont que quelques dizaines, inconscients d'avoir devant eux « des musiciens de calibre mondial, qui ne pâlissent devant aucun autre groupe sur terre », pour emprunter les mots du chanteur Jim Corcoran. Dans les passages d'accalmie, la voix cristalline de Louis-Jean peine à couvrir la rumeur des conversations. Comme seul jeu d'éclairage, une télé allumée dans un coin projette des flashs de lumière crue. « Le pire show depuis 10 ans ! » me glisse Stéphane, le batteur aux lunettes carrées et aux cheveux sages.

Dès leur prestation terminée, les gars remballent leurs instruments en vitesse et, comme des déménageurs aguerris, charrient l'équipement jusqu'aux camions avec l'aide de Nicolas Beaudoin, le technicien qui voyage avec eux. Il faut laisser la place aux vedettes de la soirée. « Le promoteur n'a aucune idée de qui on est, dit Louis-Jean, sourire en coin. Au Québec, on ajouterait un ou deux zéros au cachet qu'il nous verse. »

 

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Commentaires (2)

Je suis très étonnée qu'aucun

Je suis très étonnée qu'aucun commentaire n'ait été laissé en lien à cet article que j'ai moi-même aimé au point de le relire une deuxième fois. Quel bijou. On voudrait qu'il continue jusqu'à demain de nous raconter la magie Karkwa. On voudrait aussi, comme la journaliste, se laisser bercer par leurs guitares et refrains... dans l'ombre des coulisses sombres et intimes de l'Ontario. Un groupe dont les membres maîtrisent la teneur de chaque mot et son. Longue vie à ceux-ci. Que ça se vive ici ou ailleurs, on saura bien les retrouver!

Excellent portrait du groupe

Excellent portrait du groupe et de la situation financiêre éternellement précaire dans laquelle se trouvent les artistes canadiens... Karkwa va «chercher ses fans un à un» en spectacle, comme l'un des membres du groupe le dit si bien; dans mon cas, c'est à Osheaga que Karkwa est venu me chercher, pour ne plus me quitter depuis. Longue vie à Karkwa!

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