Quels romans faut-il lire au secondaire? De Loco Locass à Bernard Landry, des fous de littérature nous font partager leurs essentiels.
L'écrivain Yves Beauchemin a trouvé l'expérience "cruelle". Les membres du groupe rap Loco Locass ont eu du mal à parvenir à un consensus. L'homme de théâtre René-Daniel Dubois en a discuté avec ses amis durant une fin de semaine: "Vous auriez dû entendre le débat!"
L'actualité leur avait pourtant posé une question bien simple: quels sont les cinq romans que les jeunes devraient avoir lus en terminant le secondaire? Aucune restriction géographique ou temporelle. Le problème, pour plusieurs des personnalités interviewées, fut de se limiter à cinq titres!
Tous, de Bernard Landry à Victor-Lévy Beaulieu, de l'écrivaine Marie-Sissi Labrèche à l'éditrice Brigitte Bouchard, ont répondu avec passion et générosité. Comme s'ils étaient heureux de retourner à leurs premiers émois de lecteurs, lorsqu'ils découvraient combien le monde était vaste, et qu'ils n'auraient jamais assez d'une vie pour tout lire.
Les livres choisis forment une mosaïque étonnante. D'abord en raison des absents. Harry Potter n'est pas là. Le seigneur des anneaux non plus. Et aucun "roman jeunesse" n'en fait partie, excepté un classique, L'île au trésor, de Stevenson, proposé par Yves Beauchemin.
Les personnalités n'ont pas eu peur des briques. "Grâce à J.K. Rowling et à Tolkien, nous savons que les jeunes sont capables de lire de gros bouquins", écrit l'historien Denis Vaugeois. Il a proposé un périple de 1 223 pages au coeur de l'Inde, avec Un garçon convenable, de Vikram Seth.
Chacun a choisi selon ses propres critères. Pour l'ex-ministre Joseph Facal, les romans devaient aborder des thèmes qui touchent les adolescents et être "d'authentiques chefs-d'oeuvre, pas des niaiseries cool". Il a choisi Prochain épisode, d'Hubert Aquin, et L'attrape-coeurs, de J.D. Salinger. René-Daniel Dubois, lui, a opté pour les romans qui lui ont laissé la plus forte impression quand il était adolescent, comme Demian, de Hermann Hesse, et Frankenstein, de Mary Shelley.
Les romans proposés sont français, états-uniens, latino-américains, russes, maghrébins, anglais et, surtout, québécois. Réjean Ducharme et Michel Tremblay sont cités par quatre personnes, Gabrielle Roy par trois. Le roman québécois le plus populaire? Si l'on inclut la liste que nous publions sur le Web, c'est Volkswagen Blues, de Jacques Poulin, qui entraîne le lecteur en minibus sur les routes d'Amérique.
Parmi les romans étrangers, les deux qui reviennent le plus souvent sont Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez, et L'écume des jours, de Boris Vian.
Certaines des personnalités interviewées ont triché en élargissant délibérément la définition de "roman". Ainsi, la journaliste littéraire Marie-Claude Fortin a proposé les Poésies complètes d'Émile Nelligan, et l'animatrice Sophie Durocher, L'homme rapaillé, de Gaston Miron. Le dramaturge Michel Marc Bouchard, pour sa part, n'a pu s'empêcher de citer une pièce de théâtre, Où est-ce qu'elle est ma gang, de Louis-Dominique Lavigne. Et Loco Locass a osé un essai, Raisons communes, de Fernand Dumont.





