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Aller à Paris pour devenir romancier ?


15 Novembre 2006

Le personnage de Jacques Godbout, semble-t-il, a eu tort de le croire. Il aurait peut-être mieux fait de lire les essais d'Yvon Rivard.

La coïncidence est étonnante, et peut-être significative. Deux personnages de roman québécois, au cours des derniers mois, décident de se lancer dans l'écriture au lieu de goûter une retraite tranquille.

Il faut dire qu'ils ne se ressemblent guère. Le premier se trouve dans le roman de Jean Larose, Dénouement, paru au début de l'année. C'est un littéraire de haut vol, maître d'une langue somptueuse, abondante en citations avouées ou non, et l'on se demande pourquoi il a passé tant d'années au Service de la faune. Au contraire, le personnage de Jacques Godbout, dans La concierge du Panthéon, retraité de fraîche date du ministère de l'Environnement, a beau dire qu'"il se sentait l'âme d'un écrivain", il semble n'avoir avec la littérature en général et le roman en particulier que des relations très ténues.

Mais tous deux, l'écrivain de Larose et celui de Godbout, semblent nous dire, chacun à sa façon, que l'écriture romanesque est l'unique nécessaire, pour emprunter la formule d'un livre célèbre, mais qu'elle appartient à l'ordre de l'après, de l'ailleurs, dans lequel on n'entre qu'après avoir satisfait aux petites nécessités de l'existence.

Jacques Godbout a fait de son personnage un naïf consommé, ce qui lui permettra de jouer avec les clichés que convoque l'image de Paris. Muni de ses rentes, Julien Mackay n'a rien de plus pressé que de monter dans l'avion pour Paris, puisque la littérature ne peut être que parisienne. Il lui faudra se loger quelque part: pourquoi pas à l'hôtel de Massa, 38, rue du Faubourg-Saint-Jacques, siège de la Société des gens de lettres? Mais cet hôtel n'est pas un hôtel au sens vulgaire du mot, comme l'en avertit le jardinier de l'établissement. Et voici Julien Mackay, toujours aussi naïf, devant le Panthéon, où logent un certain nombre de grands écrivains, mais hélas un peu refroidis, comme le lui signale la "concierge" du titre. S'ensuivent, dans de courts chapitres, une série de scènes typiquement parisiennes, dans divers cafés, chez un vieil écrivain qui se soûle et s'endort devant lui, au Louvre, où le séduit une très charmante gardienne et où s'amorce une idylle, à la Librairie du Québec, où il assiste au lancement d'un auteur inconnu, enfin j'en passe. Jacques Godbout connaît Paris comme sa poche, et nous y promène en guide aussi averti qu'ironique.

Le roman, dans tout ça? Le roman que, paraît-il, Julien Mackay passe de longues heures à écrire? On n'y croit pas une seconde, bien entendu. Julien a-t-il eu le tort de confondre Paris et l'écriture, d'imaginer que Paris, et Paris seul, pouvait faire de lui un écrivain? Jacques Godbout, qui est un maître de l'ambiguïté, ne répond ni oui ni non. Ou peut-être répond-il à la fois oui et non. En écrivant ce roman qui n'en est pas tout à fait un, un roman fait pour ainsi dire de pièces détachées, le romancier de Salut Galarneau! a pris un risque considérable. Mais un livre qui contient quelques phrases comme celle-ci: "Il s'était mis à neiger, une petite neige studieuse, polie, prudente, civilisée, qui s'incrustait sous les portails..." vaut assurément la peine d'être lu.

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