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Chroniques du Pays des Mères


27 Mai 2009

Extrait du roman Chroniques du Pays des Mères, par Élisabeth Vonarburg, publié avec l'aimable autorisation des Éditions Alire.

(Extrait du chapitre 3, p. 67-73)

Lisbeï va s'asseoir sur la chaise, en face du bureau. La Capte va ouvrir la porte et une vieille Bleue entre, portant un plateau où se trouvent des objets inconnus de Lisbeï, qu'elle pose un à un sur le bureau. Il y a de petites fioles, des sortes de porte-plume et des compresses blanches. La vieille Bleue dit à Lisbeï de défaire le haut de sa tunique pour découvrir ses épaules.
Lisbeï obéit.

« Ça ne fera pas très mal, murmure la vieille Bleue.

- Lisbeï de Béthély-Callenbasch, notre fille et notre soeur en Elli, dit la Capte d'une voix distante, sans regarder Lisbeï, sois la bienvenue parmi nous. »

Quand Lisbeï quitte le bureau de la Capte, elle porte les marques de ses Lignées, le triangle bleu aux lignes jaunes ondulées qui est celle de Béthély, les deux petites étoiles noires en biais dans le carré rouge qui est celle de Callenbasch. La vieille Bleue a menti ou elle ne se rappelle plus, depuis le temps : ça fait mal. Mais Lisbeï n'a pas crié, pas gémi. Tout le temps qu'a duré le tatouage, elle a regardé droit devant elle. La Capte est restée debout tout au long de l'opération, les bras croisés, et Lisbeï a regardé le ventre de la Capte, invisible dans les plis de la longue robe rouge. Le ventre où a poussé Tula. Beaucoup plus tard, elle réalisera que lors de cette première rencontre, Selva ne lui a jamais dit qu'elle était sa mère à elle aussi.

***

Lisbeï aurait pu aimer Selva. Pendant des années, elle devrait se contenter, confusément et alternativement, de la respecter, de l'admirer et de la haïr.

Le Livre de Béthély était un très gros livre large et épais, relié de cuir fauve. La couverture, comme le dos, portait la marque de Béthély gravée au fer et dorée. Les pages étaient raides. Il fallait les tourner lentement, avec précaution, avec respect. Il en émanait une odeur qui se confondrait bientôt, pour Lisbeï, avec celle de l'Histoire et plus généralement du savoir : cuir, encres, papier, colle et surtout l'odeur particulière des images et du fin papier jaune et bruissant qui les protégeait. Les images alternaient de façon irrégulière avec les pages imprimées ; c'étaient de très anciens dessins plus ou moins habiles, puis des gravures, puis, à mesure qu'on avançait dans le Livre, des images différentes : d'abord des sortes de plaques épaisses, floues et jaunies puis plus minces, plus nettes, mieux contrastées dans les ocres et les sépias : des "photographies", un mot que Lisbeï aurait longtemps du mal à orthographier. C'étaient des reproductions exactes de l'Histoire, des morceaux arrachés à l'espace et au temps, par magie, penserait-elle d'abord.

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Commentaires (1)

et bien,j'ai passé a travers

Et bien, j'ai passé a travers les 4 pages et j'ai aimé.

Pour un gars qui ne lit pas...

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