Les séismes et les éruptions volcaniques chamboulent le relief de la terre... et les destinées des hommes.

La récente éruption de l'Eyjafjallajökull, en Islande, a prouvé à quel point l'humanité, malgré les progrès technologiques dont elle se targue, reste toujours aussi vulnérable aux sautes d'humeur de la terre. Et pourtant, une brève étude des différents écoumènes du globe montre que les populations s'obstinent à s'agglutiner autour de ces bombes à retardement que sont les volcans.
Il faut dire que les sols volcaniques sont souvent très fertiles. C'est le cas dans la région du Llaima, le volcan le plus actif du Chili, où Mauricio Segura situe son nouveau roman. Le titre, Eucalyptus (en lire un extrait >>), fait allusion à l'arbre importé d'Australie que les multinationales forestières ont planté intensivement au pied du volcan. La monoculture de l'eucalyptus épuise le sol, qui « ne se régénère complètement qu'après une dizaine, voire une quinzaine d'années » - au grave préjudice des Indiens mapuches, qui revendiquent des droits ancestraux sur ces terres. Pour promouvoir leur cause, ceux-ci tentent de faire élire leur premier candidat aux élections municipales. Le Llaima, comme pour les appuyer, se réveille et « expire un ruban gris et délicat, ayant la forme d'un point d'interrogation », menaçant de déverser sa lave sur les plantations.
C'est sur cette toile de fond tendue à l'extrême
que Mauricio Segura, romancier solide à l'instinct infaillible, vient greffer l'histoire
de Roberto Ventura, ancien député socialiste revenu vivre à l'ombre du Llaima après
15 ans d'exil politique pour exploiter la plantation d'eucalyptus que lui a léguée
son père. Âme torturée par cette longue absence, qui a fait de lui un de ces retornados « vaguement idéalistes, clairement naïfs, singulièrement
ignorants des coutumes chiliennes », Roberto est méfiant,
sournois, prompt à se brouiller avec tout le monde. Après avoir maltraité ses ouvriers
indiens, il tente de se racheter en améliorant leurs conditions de vie. Mais « dans le Sud, dès que
tu déroges à la norme, on te regarde de travers », et ses voisins racistes lui
en veulent de fréquenter ces «
gens à qui on ne peut pas faire confiance ». À la mort de Roberto,
ils accusent les Mapus de l'avoir assassiné en lui volant un rein et laissent à
son fils la tâche ardue de départager le vrai du faux. L'enquête de ce dernier auprès
du chef mapuche révélera des conspirations aussi inquiétantes qu'un feu couvant
sous la cendre.






