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Forces telluriques


24 Mai 2010

Les séismes et les éruptions volcaniques chamboulent le relief de la terre... et les destinées des hommes.

Chronique Livres de Martine Desjardins : Forces telluriques
Photo : Joannie Lafrenière

La récente éruption de l'Eyjafjallajökull, en Islande, a prouvé à quel point l'humanité, malgré les progrès technologiques dont elle se targue, reste toujours aussi vulnérable aux sautes d'humeur de la terre. Et pourtant, une brève étude des différents écoumènes du globe montre que les populations s'obstinent à s'agglutiner autour de ces bombes à retardement que sont les volcans.

Il faut dire que les sols volcaniques sont souvent très fertiles. C'est le cas dans la région du Llaima, le volcan le plus actif du Chili, où Mau­ricio Segura situe son nouveau roman. Le titre, Eucalyptus (en lire un extrait >>), fait allusion à l'arbre importé d'Australie que les multinationales forestières ont planté intensivement au pied du volcan. La monoculture de l'eucalyptus épuise le sol, qui « ne se régénère complètement qu'après une dizaine, voire une quinzaine d'années » - au grave préjudice des Indiens mapuches, qui revendiquent des droits ancestraux sur ces terres. Pour promouvoir leur cause, ceux-ci tentent de faire élire leur premier can­didat aux élections munici­pales. Le Llaima, comme pour les appuyer, se réveille et « expire un ruban gris et délicat, ayant la forme d'un point d'interrogation », menaçant de déverser sa lave sur les plantations.

C'est sur cette toile de fond tendue à l'extrême que Mauricio Segura, romancier solide à l'instinct infaillible, vient greffer l'histoire de Roberto Ventura, ancien député socialiste revenu vivre à l'ombre du Llaima après 15 ans d'exil politique pour exploiter la plantation d'eucalyptus que lui a léguée son père. Âme torturée par cette longue absence, qui a fait de lui un de ces retor­nados « vaguement idéalistes, clairement naïfs, singulièrement ignorants des coutumes chiliennes », Roberto est méfiant, sournois, prompt à se brouiller avec tout le monde. Après avoir maltraité ses ouvriers indiens, il tente de se racheter en améliorant leurs conditions de vie. Mais « dans le Sud, dès que tu déroges à la norme, on te regarde de travers », et ses voisins racistes lui en veulent de fréquenter ces « gens à qui on ne peut pas faire confiance ». À la mort de Roberto, ils accusent les Mapus de l'avoir assassiné en lui volant un rein et laissent à son fils la tâche ardue de départager le vrai du faux. L'enquête de ce dernier auprès du chef mapuche révélera des conspirations aussi inquiétantes qu'un feu couvant sous la cendre.

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