Culture

/ Livres »

Haïti rongée par les démons


15 Novembre 1993

Aristide, qui aurait pu transformer une révolution populaire en entreprise d'unification et de construction nationales a préféré l'odeur âcre de la vengeance.

Il n'y a pas, dans notre hémisphère, de situation plus tragique que celle d'Haïti. Depuis 40 ans les nouvelles de Port-au-Prince nourrissent le désespoir : assassinats politiques, corruption, coups d'État, désertification, famine, analphabétisme, rien n'est épargné à cette république des Antilles, pas même la prolifération du triste sida que l'on évoque rarement, de peur d'accabler tout un peuple.

Pendant longtemps Haïti n'a été, pour les Québécois, qu'une terre de mission où notre clergé exerçait son ministère à l'abri de l'hiver, un terrain de jeu où nos touristes allaient satisfaire leurs besoins de soleil ou de sexualité exotique, un territoire expérimental pour les techniciens de l'aide aux pays sous-développés, jusqu'à ce qu'en retour le Canada devienne, pour 50 000 exilés, l'un des principaux refuges de la diaspora.

Pourtant depuis deux ans on ne parle d'Haïti, dans les médias, qu'à l'occasion du retour éventuel, impossible, désiré, souhaitable, imminent, du père Aristide, président élu par une majorité confortable (67 % des voix), mais néanmoins à son tour déchu. Reviendra ? Restera ? Sera-t-il, à son tour, assassiné comme de nombreux autres hommes politiques depuis l'indépendance ?

Claude Moïse et Émile Ollivier nous demandent d'oublier les péripéties du héros charismatique pour tenter, dans ce contexte, de repenser Haïti. « Nous sommes des intellectuels passionnés de politique », disent-ils, et voilà qu'ils écrivent le livre le plus lucide et le plus courageux qu'il m'ait été donné de lire sur leur pays d'origine, avec le recul que leur permet plus de 25 ans de séjour au Québec.

Désormais, avant de proposer des solutions simples à une situation complexe, il sera impératif de lire ce livre pour l'analyse historique qu'il contient, mais surtout pour la description des moeurs politiques que les auteurs souhaiteraient réformer. « Nous savons que la vérité ne va pas nécessairement dans le sens des émotions collectives. »

Claude Moïse est historien, Émile Ollivier sociologue et romancier, tous deux sont professeurs et réussissent, dans cet essai politique dense et sévère, à parler comme des fils d'Haïti que l'exil n'a rendus ni ambitieux ni amers.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage