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L'autre tête de Papineau


1 Mai 1998

Après le succès retentissant du Roman de Julie Papineau, les lecteurs étaient nombreux à en attendre la suite. Micheline Lachance raconte ses 11 années de complicité avec la femme du chef des Patriotes.

Si Mgr Paul-Émile Léger n'avait pas eu parmi ses ancêtres un Patriote de 1837, Micheline Lachance, qui a signé la biographie du cardinal, n'aurait jamais rencontré Julie Bruneau-Papineau ni vendu 60 000 exemplaires du Roman de Julie Papineau (Québec/ Amérique), un succès de librairie extraordinaire à la modeste bourse du livre québécois. Trois ans plus tard paraît L'Exil, le deuxième volume de cette biographie romancée, qui est plus une biographie qu'un simple roman.

"Tout est vrai, dit Micheline Lachance: le contenu des dialogues, les péripéties de l'exil aux États-Unis et en France, les difficultés matérielles de Julie à son retour, sans son mari, la folie de son fils Lactance, même le temps qu'il fait et la couleur du ciel! Seule la forme tient du roman."

Les dialogues, elle les a construits en utilisant les lettres laissées par les personnages eux-mêmes. La vie quotidienne, elle l'a rendue grâce aux huit volumes du journal intime d'un des fils Papineau, Amédée, ou encore grâce à celui de Jacques Viger, voisin des Papineau. Il aura fallu neuf années de recherche à la journaliste de L'actualité et ex-rédactrice en chef de Châtelaine afin de réunir la documentation nécessaire pour composer, par l'intermédiaire du personnage de la femme de Louis-Joseph Papineau, une riche fresque historique. Aujourd'hui, elle dit qu'elle serait prête à défendre ses deux livres devant n'importe quel aréopage d'historiens.

Ceux-ci, en particulier Fernand Ouellet, ont tracé un portrait peu flatteur de Julie Papineau. "On en a fait un personnage mélancolique et janséniste, dit Micheline Lachance. Une femme geignarde, obsédée par la maladie et les difficultés financières." Or, la correspondance de Julie - une centaine de lettres - a révélé une femme forte et résolue, enflammée politiquement, qui n'hésite pas à écrire qu'il faut "utiliser la violence pour libérer la nation".

Plusieurs des critiques du premier livre ont tenté de faire de Julie Papineau une féministe avant le temps. "C'est réducteur, s'insurge l'auteur. Et puis, dans son milieu, elle n'était pas exceptionnelle. Quand on creuse l'histoire, on découvre des dizaines de femmes comme elle. Je pense, par exemple, à la femme de LaFontaine, qui se rendait dans les prisons pour écrire les lettres des prisonniers."

En fait, Julie Papineau est un personnage complexe qui illustre bien les contradictions de l'époque, partagée entre le conservatisme social et la modernité naissante. "Plus j'écrivais, plus son personnage grandissait et moins celui de Papineau devenait attrayant", raconte l'auteur. Cela est particulièrement évident dans L'Exil. Le chef des Patriotes y apparaît comme un homme égoïste, têtu, imbu de lui-même, alors que Julie sort grandie de l'adversité et de la solitude qu'un Papineau insensible lui impose.

N'est-ce pas téméraire de faire revivre les morts, de prétendre décrire leurs sentiments et leurs pensées les plus intimes? Malgré une angoisse permanente, celle de se tromper et de "prêter aux personnages de fausses intentions", la journaliste d'expérience qu'est Micheline Lachance reste convaincue qu'elle n'a pas romancé le tragique destin de Julie Papineau. Elle a tout simplement remis en place les pièces d'un immense puzzle que le temps avait éparpillées dans 100 boîtes différentes.

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