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Le Livre des Chevaliers


27 Mai 2009

Extrait du roman Le Livre des Chevaliers, par Yves Meynard, publié avec l'aimable autorisation des Éditions Alire.

(Extrait du chapitre 1, p. 1-10)

La plus ancienne chose dont Adelrune se souvienne était sa découverte du Livre des Chevaliers, dissimulé dans le grenier de la maison de briques à quatre étages où vivaient ses parents adoptifs.

Il était pourtant, à bien y penser, presque impensable de trouver un livre quelconque dans cette maison austère et sans joie - mis à part la Règle et ses douze volumes de Commentaires qui garnissaient une des étagères de chêne du salon. Combien de fois n'avait-il pas entendu Père répéter, d'un ton plein de suffisance, les paroles du Didacteur Mornude : « Toute la sagesse du monde se retrouve dans la Règle et ses Commentaires. Tout autre texte n'est que du parchemin gaspillé. »

Mais il avait bel et bien trouvé le livre dans la maison de ses parents adoptifs : au fond du grenier, non seulement coincé entre un énorme coffre vide et le mur arrière de la maison mais aussi camouflé par des toiles d'araignées coagulées, chargées de décennies de poussière. Il avait extrait le livre de sa cachette, l'avait posé sur ses genoux, en avait essuyé la couverture et vu les lettres dorées revenir à la vie. Une vie qui n'était que partielle, puisqu'il ne savait pas encore lire et ne pouvait donc saisir leur sens.

Il était encore à un âge où les miracles ne se distinguent pas des événements ordinaires ; la découverte ne fit naître en lui nulle crainte, nul émerveillement. Il l'accepta avec la terrible sérénité de la jeunesse et brisa ainsi le dessin de sa vie telle qu'elle avait été conçue à l'origine. Si le livre n'avait contenu que du texte, tout serait rentré dans l'ordre ; Adelrune, ayant déjà à l'âge de cinq ans appris à se montrer méthodique, se serait rapidement lassé de ces signes qui ne voulaient rien dire et aurait rangé le livre soigneusement à sa place, pour ensuite l'oublier complètement.

Mais il y avait des images. Adelrune avait déjà vu des illustrations, de grands tableaux aux couleurs vives, peints sur les murs de la plus petite des Maisons Canoniales, là où les enfants étaient emmenés pour commencer leur apprentissage de la Règle tandis que leurs parents allaient au Temple. Sur un mur, on avait peint des images qui illustraient les Préceptes de la Règle ainsi que les récompenses qui en découlaient ; sur l'autre, des portraits d'hommes célèbres dont les vies exemplaires étaient reconnues pour incarner optimalement la Règle. On avait encouragé Adelrune à examiner ces peintures tant qu'il le voulait ; mais elles ne l'avaient guère intéressé.

Les illustrations du livre étaient des gravures dont l'encre avait pâli, et elles étaient bien plus petites ; pourtant, pour Adelrune, elles étaient source d'une inépuisable fascination. En les regardant, il n'avait éprouvé au début qu'une intense curiosité : l'idée lui était venue qu'il se devait de comprendre ce que les images voulaient dire. Et à la suite de cette pensée en était venue une autre, une bien étrange réflexion de sa part : il devait garder sa découverte secrète. Il ne devait en parler ni à Père ni à Mère. Il pressentait déjà leur désapprobation.

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