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Le roman de Lady Cartier


1 Octobre 2004

George-Étienne Cartier a voulu réussir deux unions: celle du Haut et du Bas-Canada, et son mariage avec Hortense Fabre. Son couple ne tiendra pas le coup! Par l'intermédiaire du portrait de Lady Cartier, Micheline Lachance fait revivre un pan de notre histoire.

Il est rare qu'un auteur se rappelle l'instant précis où l'idée d'un roman lui est venue. Il est plutôt de bon ton de respecter l'aura de mystère qui entoure la création. Micheline Lachance se souvient pourtant parfaitement du jour où Hortense Fabre, épouse du célèbre homme d'État George-Étienne Cartier (1814-1873), est entrée dans sa vie. C'était un samedi de juin 1998, au manoir Papineau, à Montebello. Assise sur un banc de bois devant la rivière des Outaouais, l'écrivaine et journaliste répétait son exposé pour le lancement du Roman de Julie Papineau. Chagrine à l'idée de se séparer de ce personnage, elle se demandait quelle serait sa prochaine héroïne, quelle serait celle qui occuperait ses pensées.

"Tout à coup, j'ai vu, comme si la scène se déroulait réellement sous mes yeux, un vapeur remonter la rivière avec, à son bord, le prince Édouard. À ses côtés, George-Étienne Cartier et sa femme, Hortense, qui l'accompagnaient à Ottawa. Le bateau s'arrêtait devant le manoir. J'ai imaginé une ombre dans le regard d'Hortense Cartier, comme un chagrin. Je me suis demandé ce qui la rendait si triste. Elle ne m'a plus quittée."

Ce fut le point de départ de Lady Cartier, roman historique de 536 pages qui paraît cet automne aux Éditions Québec Amérique, six ans après cet éclair sur un banc de bois, à Montebello.

Dès son retour, la romancière a entrepris ce travail de "détective" qu'elle affectionne tant. Sans pour autant négliger le journalisme et tout en terminant une maîtrise en histoire à l'Université du Québec à Montréal, elle s'est donné comme mission de tout savoir sur George-Étienne Cartier et son épouse, Hortense, de même que sur leur temps. Elle a passé de longues journées aux Archives nationales du Québec à éplucher des documents d'époque, lu des dizaines d'ouvrages d'histoire, parcouru des récits de voyages, décrypté et recopié les journaux intimes de Joséphine et de Marie-Hortense (les deux filles du couple Cartier), et multiplié les promenades dans le Vieux-Montréal pour mieux s'imprégner de l'univers de ses personnages. "Je veux tout avoir vrai. Je vis avec la hantise d'un anachronisme. C'est la raison pour laquelle l'étape de la recherche est si importante pour moi", explique-t-elle.

Au sommet de son art, Micheline Lachance affirme avoir "trouvé sa voie" dans le roman historique. "Moi qui aurais tant aimé vivre au 19e siècle, j'éprouve un grand plaisir à raconter, à me mettre dans la peau de mes personnages", dit-elle. Il faut croire que les lecteurs apprécient aussi ce genre. Vendu à plus de 150 000 exemplaires, son Roman de Julie Papineau (publié en deux tomes) a été l'un des plus grands succès d'édition des 25 dernières années au Québec. Avec Chrystine Brouillet, auteure de la trilogie Marie LaFlamme (Flammarion), Micheline Lachance a fait école et contribué à lancer la jeune tradition du roman historique québécois. Bon an, mal an, les éditeurs d'ici publient une dizaine de titres appartenant au genre. Tous ne trônent cependant pas en tête des listes de best-sellers.

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