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Les enfants du divorce, 20 ans après


1 Juillet 2001

Un mariage boiteux serait moins nocif pour les enfants qu'un divorce réussi, affirme une thérapeute américaine dans un livre-choc. Il n'en fallait pas plus pour que Micheline Lachance revisite ses Enfants du divorce...

Surprise, incrédulité, consternation... Je suis passée par toute une gamme d'émotions en parcourant le livre controversé de Judith Wallerstein, célèbre thérapeute américaine qui a observé les ravages insoupçonnés du divorce chez les enfants. Ceux-ci s'en tirent mieux avec un père et une mère qui se querellent du matin au soir qu'avec des parents divorcés et heureux, affirme-t-elle dans The Unexpected Legacy of Divorce (L'héritage inattendu du divorce).

Un mariage boiteux serait moins nocif qu'un divorce réussi? Il y a 20 ans, je signais un ouvrage, Les Enfants du divorce, qui prétendait le contraire. Plaidoyer en faveur de la belle-mère que j'étais devenue au milieu des années 70 - une de ces femmes qui, subitement et sans grossesse, étaient parachutées dans le rôle de mère en épousant le père -, mon livre tâchait de démontrer comment une séparation bien vécue, suivie de la vie dans une famille recomposée, pouvait s'avérer une expérience positive, voire enrichissante, pour les enfants.

En repensant à mon enquête, il me revient en mémoire le cri du coeur d'une mère divorcée: "Avons-nous le droit de faire ça à nos enfants?"

La liberté l'emportait alors sur le doute. Les femmes entraient massivement sur le marché du travail et, financièrement indépendantes, elles n'acceptaient plus de s'incruster dans une union intenable. L'échec du mariage n'était plus celui de toute une existence. Des milliers de personnes défiaient la tradition, décidées à rebâtir leur vie seules ou avec quelqu'un d'autre. Sans trop d'états d'âme. En dépit des blessures d'amour, des problèmes d'ordre matériel et des difficultés à gérer la vie d'enfants ballottés entre la maison de papa et l'appartement de maman.

Depuis, près de un mariage sur deux se solde par un divorce. Et les unions de fait - voie dans laquelle préfèrent s'engager 80% des couples, lesquels donnent naissance à la moitié des bébés québécois - se terminent par une rupture trois fois plus souvent que les mariages, avant même que l'aîné ait soufflé ses six bougies.

Au Québec, 27% des enfants de moins de 18 ans (soit 450 000 garçons et filles) grandissent dans une famille monoparentale ou recomposée. Selon Statistique Canada, à six ans, un enfant sur quatre né à la fin des années 80 a déjà vécu seul avec sa mère. À 10 ans, les deux tiers des enfants nés en 1983-1984 avaient subi la séparation de leurs parents. Deux ans après la rupture, 45% d'entre eux héritaient d'un beau-père ou d'une belle-mère. Au bout de 10 ans, ils étaient 85%.

"Les enfants n'ont pas besoin que leurs parents s'adorent ni même qu'ils soient polis l'un envers l'autre, écrit Judith Wallerstein. Ils ont besoin qu'ils restent ensemble."

Me serais-je à ce point trompée? J'ai interrogé Mélanie, une enfant du divorce qui, à 24 ans, respire la joie de vivre. Comme si la séparation de ses parents ne l'avait pas marquée. "Même s'ils s'engueulaient tout le temps, m'a-t-elle avoué, j'aurais préféré qu'ils ne se séparent pas."

Un point pour Mme Wallerstein, zéro pour moi.

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Commentaires (2)

je viens de lire cette

je viens de lire cette article sur les enfants du divorce qui date de 2001 donc je ne sais pas si quelqu'un va me lire. Je veux vous dire que les enfants de cet article semble avoir été quand même privilégiés. Mes parents ont divorcés en 83, ma mère s'est sauvée car mon père la maltraitait physiquement, psychologiquement et était alcoolique (elle avait 32ans lors du divorce) avant elle ne buvait pas et était une mère 'normale' qui veillait sur nous (même si ma soeur et moi étions consciente de sa vie infernale). Après elle s'est mise sur le B.S, a sombrée dans la dépression et la boisson, notre père n'a jamais payé une pension et ma mère n"en avait pas pour nous (argent) et une vie chaotique s'en est suivie avec pour moi une délinquance (vol,boisson,sexe, hargne envers tous) et j'en passe. Je me suis toujours sentie comme une bombe qui est sur le bord d'explosée je me sépare de mes conjoints après une moyenne de 5 ans car je suis incapable d'aimer même après avoir essayé de me le faire croire. J'ai eue 2 enfants qui sont mes amours. Je sens toujours une rage au fond de moi et une insensibilité pour les gens qui m'entoure. J'ai quand même réussie ma vie professionnelle' je suis infirmière et ce sans l'aide de personne. Donc la vision quasi idélique que finalement tout va bien n'est pas pour tout le monde, rare sont ceux qui s'en sortent équilibré même si pour certain cela sera plus aisé. Je ne suis pas dépressive(ma soeur oui) moi j'avance avec un couteau entre les dents et ma pensée est : vois tout de suite le pire et tu ne seras pas déçue.

Salut Karine, J'ai lu les 2

Salut Karine,
J'ai lu les 2 premières pages et je suis tout de suite passée à ton commentaire. Mes parents se sont séparés en 90. Il s'était mariés en 83... après ma naissance. Et je ne peux pas dire combien de temps ça faisait qu'ils se connaissaient avant...J'avais 7 ans, mon frère 5 et ma soeur presque 3 lors de cette séparation. Mon père était alcoolique et ma mère devait partir question de vie ou de mort psychologique. Mon père avait l'idée qu'une femme devait rester à la maison, elle ne pouvait même pas faire de bénévolat. Il y avait tout compte fait des différences de valeurs. Enfin, je me suis retrouvée avec une mère selon moi en dépression et un père qui refusait la séparation: il nous demandait de prier à chaque année pour que "notre mère revienne avec lui" lorsque nous passions devant St-Anne de Beaupré...je m'en souviens clairement. J'ai bientôt 30 ans. J'ai des difficultés relationnelles. Je suis insécure, angoissée . J'ai aucunes difficultés dans mes activités professionelles bien que j'ai mis du temps à accepter mon choix de carrière qui a du être repenser (j'étudais en enseignement mais trop difficile au niveau relationnel), mais lorsque j'ai des relations amicales et amoureuses qui sont longues, je remets tout en question, je provoque et tente de rejeter...avant d'avoir mal.... Je me sens toujours divisée. Instable. J'ai pour ma part eu dernièrement une période avec un diagnostique de trouble d'adaptation avec angoisse... Je ne suis pas tombée dans l'enfer de la drogue et de l'alcool... quand mon pèreà cessé de boire... j'ai compris que je ne devrais pas toucher à ça tout de suite. Je savais qu'à l'intérieur, j'étais "faible". Aujourd'hui, j'ai de la difficulté avec ma famille. mon père s'est remarié il y a peu de temps. Je ne sens pas de lien familiale avec le reste de ma famille.Je ne me sens pas normale, je n'arrive pas à croire qu'ils comprendront le mal que j'ai vécu. J'ai pourtant le goût de me rapprocher de mon père (que je voyais 60 jours par année), mais il ya un mur. Alors j'essaie de prendre de la distance avec mon père et ma mère. Je ne sais plus quelle place leur donner dans ma vie. Je suis triste. Je me sens malheureuse car pour moi une famille c'est important... c'est l'image qui nous a été envoyé dansnotre "tendre" enfance. Toutefois, j'ai la chance d'avoir un frère et une soeur qui sont là et qui ont v.écu la même expérience que moi. Ce sont eux ma ma famille... mais je vis un malaise pour le reste de la famille qui ne sait pas ce que l'on vit. Je me dis comme toi: vois tout de suite le pire et tu ne seras pas déçue... ALORS je pense qu'il y a des contextes. Je pense que des adolescents ne vivent pas le divorce de leurs parents dela même manière qu'un enfant. Je pense que les enfants qui ont vécu un divorce dans les années 80 et les autres dans les années 1995-2000-2005-2010 ne le vive pas pareil...à cause du changement de l'image d'une famille et du développement des connaissances... Enfin, je crois que si j'avais eu un suivi avec un psychologue/thérapeute... j'aurais eu des outils pour traverser ce deuil...celui qui me fait dire aujourd'hui,parfois que je préférerais ne pas avoir de parents tellement j'en ai mal...

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